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La Libye : d’ancien acheteur potentiel à cible réelle du Rafale

Les turpitudes d’un échec commercial de la France

Manuel Marchal / 27 avril 2011

D’acheteur potentiel et courtisé, la Libye devient un terrain de promotion d’armes fabriquées en France et jusqu’à présent invendables dans un autre pays.

Durant trois ans, les marchands de canons français se sont mobilisés pour tenter de vendre l’avion Rafale au gouvernement libyen. Le pouvoir politique en France n’a pas ménagé sa peine pour soutenir cette demande, en invitant notamment le colonel Kadhafi en grandes pompes à l’Élysée. Mais au bout de plus de 2 ans de négociations, la Libye n’avait pas encore donné suite.
Maintenant, le Rafale est utilisé pour larguer des bombes sur la population libyenne. D’acheteur potentiel, la Libye est devenue une cible bien réelle du complexe militaro-industriel français. Mais nul doute qu’en cas de changement de gouvernement en Libye, le gouvernement tentera à nouveau de vendre le Rafale à ce pays. Voici un aperçu de cette dramatique chronologie.

M.M.


• 10 décembre 2007 – Agence France Presse (extrait)

« La Libye envisage d’acheter 14 avions Rafale (Élysée) »

La Libye envisage d’acheter à la France 14 avions Rafale, ainsi que 35 hélicoptères et d’autres équipements militaires, pour un montant total de 4,5 milliards d’euros, a annoncé lundi soir à l’AFP une source informée à l’Élysée.
Les deux pays ont signé “un mémorandum d’intentions” fixant une liste d’équipements, dont les Rafale et les hélicoptères, et qui doit « faire l’objet d’une négociation exclusive d’ici au 1er juillet », a-t-on précisé de même source, au premier jour de la visite en France du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.
Cette liste comprend « 14 Rafale, 35 hélicoptères, dont des Tigre et Fennec, 6 navires, des véhicules blindés, des radars de défense anti-aérienne, et la remise à niveau des Mirage F-1 » qui avaient été vendus à la Libye, a-t-on précisé. (…)

• 22 juin 2008 - "Nouvel Observateur" (extrait)

« Vente de Rafale : six mois pour discuter le contrat »

En marge d’une conférence de presse du ministre de la Défense, Hervé Morin, le PDG de Dassault Aviation, Charles Edelstenne, a indiqué que la France et la Libye se « sont données six mois pour négocier » sur les détails du contrat de vente de 14 avions Rafale à la Libye, ajoutant que « ce chiffre de 14 est a priori acquis ».
« Les deux gouvernements ont signé un “memorandum of understanding” dans lequel figure l’ouverture d’une négociation pour l’achat de 14 Rafale par le gouvernement libyen jusqu’au 1er juillet 2008 », a rappelé Charles Edelstenne en marge d’une conférence de presse d’Hervé Morin consacrée au soutien des exportations d’armement françaises. Le chiffre de 14 avions est « a priori acquis, il a reçu l’imprimatur du Guide » libyen Mouammar Kadhafi, a souligné Charles Edelstenne.
Selon le PDG de Dassault Aviation, maître d’œuvre de l’avion de combat français, Dassault et ses partenaires — Thales pour l’électronique et Snecma (groupe Safran) pour les moteurs — mettront à profit « ces six mois » pour « négocier physiquement afin d’aboutir à un contrat signable par les deux parties ».

• 23 juillet 2010 - agence "Reuters" (extrait)

« Possibles contrats français en Libye, dont des ventes de Rafale »

Paris (Reuters) - Dassault Aviation, Thales et le fabricant de missiles MBDA, filiale de BAE Systems, EADS et Finmeccanica, négocieraient toujours une vente du Rafale à la Libye, parmi d’autres contrats de défense aérienne.
Ces groupes sont à Tripoli depuis deux semaines pour négocier avec le patron des achats d’armement libyen, le général Abdurahman Ali Alsead, écrit le quotidien économique “La Tribune”, citant plusieurs sources concordantes.
Un système de défense anti-aérienne non armé serait également en négociation, tout comme un projet de modernisation de la marine libyenne, précise “La Tribune”.
Les négociations pourraient déboucher sur la signature d’un contrat avant le 11 août, mais le calendrier reste très imprévisible, explique le quotidien.
Personne n’était joignable dans l’immédiat chez Dassault Aviation pour commenter ces informations.
L’achat de Rafale par la Libye, évoqué lors de la visite de Mouammar Kadhafi à Paris, en décembre 2007, ne s’est pour l’instant pas concrétisé.
Le Rafale est un avion de combat qui a peiné à s’exporter ces dernières années. (…) Le ministre de la Défense français, Hervé Morin, a indiqué à la mi-juin que la vente des 60 avions de combat Rafale aux Émirats Arabes Unis était en cours de finalisation.
La France espère également remporter une victoire au Brésil en plaçant 36 avions de combat Rafale, Brasilia devant se prononcer d’ici fin juillet sur un appel d’offres de renouvellement de sa flotte d’avions de combat.

• 22 mars 2011 – "Nouvel Observateur" (extraits)

« La Libye, potentielle planche de salut commercial du Rafale »

Les frappes aériennes en Libye offrent à l’avion de combat Rafale une occasion inattendue de faire la démonstration de son efficacité, au moment où son fabricant français Dassault tente de convaincre plusieurs acheteurs étrangers, selon des experts. (…)
La Libye « peut être une façon de faire de la publicité au Rafale grâce à un retour d’expérience au combat », résume Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS).
« Le Rafale est certes déjà engagé en Afghanistan, mais ce conflit n’est pas populaire. Les industriels hésitent donc à communiquer sur leurs matériels », dit-il. En Libye, l’enjeu affiché est de libérer le peuple du joug de Mouammar Kadhafi.
Considéré comme une réussite technique française, le Rafale est un échec commercial : il n’a jamais été vendu à l’étranger. Début février, le PDG de Dassault Aviation, Charles Edelstenne, avait toutefois déclaré que le Rafale avait des chances d’être exporté dans huit pays.
L’appareil est notamment en lice au Brésil contre le F-18 de l’Américain Boeing et le Gripen du Suédois Saab. Mais le contrat, présenté par Paris comme acquis fin 2009, n’a jamais été signé.
La France négocie parallèlement depuis 2008 avec les Émirats Arabes Unis la vente de 60 exemplaires. L’avion de chasse a en outre été proposé à l’Inde, au Koweït, à la Suisse, à la Grèce, et même... à la Libye.
Dans ces négociations jusqu’alors infructueuses, l’intervention en Libye « va nous aider à le vendre », estime un responsable français sous couvert d’anonymat.
« Un conflit permet de démontrer véritablement les capacités d’un appareil. La Libye représente une vitrine technologique », commente Christophe Ménard, analyste chez Kepler Capital Markets. Selon lui, c’est un test grandeur nature « à condition qu’il n’y ait pas de perte d’appareil ».
Mieux, les Français étant amenés à travailler avec les Qataris, il est plus facile de convaincre les acheteurs potentiels, ajoutent les deux experts


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