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La ligne Debré battue dans son sanctuaire

Un renversement qui fera date

Manuel Marchal / 4 octobre 2011

Avant d’être le plus farouche adversaire du PCR et des démocrates réunionnais, Michel Debré a été, avec le général de Gaulle, le principal auteur de la Constitution de la Cinquième République. C’est dans l’enceinte même d’une assemblée dont il a défini l’existence, que la ligne défendue par Michel Debré vient de subir une défaite qui restera dans l’Histoire : Paul Vergès préside le Sénat avant d’être applaudi debout par tous les parlementaires.

En 1958, Paul Vergès et Raymond Mondon sont députés de La Réunion. Élus sur une liste de rassemblement qui a recueilli deux ans plus tôt 52% des suffrages à La Réunion, ils sont membres également de la Fédération communiste.
En 1958, la majorité des députés en France décide de confier le pouvoir au général de Gaulle. Ce dernier va mettre en chantier une nouvelle Constitution, celle qui fondera la Cinquième République. Michel Debré est, avec le général de Gaulle, l’inspirateur de ce texte fondamental.
Cette Constitution marque le retour du Sénat. Elle provoque aussi de nouvelles élections législatives. Envoyé deux ans plus tôt à La Réunion par le gouvernement socialiste, le préfet Perreau-Pradier organise la fraude électorale qui permet aux conservateurs de rafler tous les sièges à La Réunion. L’année suivante, le peuple réunionnais se dote d’un nouvel outil pour faire respecter la démocratie, c’est la création du Parti communiste réunionnais.

Debré tente de faire disparaître le PCR

En 1963, c’est Michel Debré en personne qui arrive à La Réunion pour briguer un mandat de député. Il amène avec lui une équipe de tournage sensée réaliser un film à la gloire d’un des pères de la Constitution. La campagne prétendument triomphale se transforme en fiasco à un point tel que les cinéastes décident de faire du film prévu une œuvre de dénonciation de la fraude électorale. En cautionnant le vote des morts et le bourrage d’urnes, un des plus prestigieux personnages de la République va déshonorer sa fonction en marchant sur la démocratie.
C’était en 1963, et l’année suivante, Paul Vergès était contraint à la clandestinité pendant que Michel Debré dirigeait La Réunion. Grâce à l’appui de l’État et à la fraude électorale, l’ancien Premier ministre s’est maintenu un quart de siècle à l’Assemblée nationale sous le titre de député de La Réunion.
Durant cette période, il n’eut de cesse de combattre le Parti communiste réunionnais en empêchant les Réunionnais de s’exprimer démocratiquement. Les élections étaient constamment marquées par la fraude, le PCR était interdit de radio et de télé, et les propos du PCR étaient déformés par Debré pour tromper la population. Ce dernier point n’est pas sans rappeler les méthodes de Didier Robert et ses amis, dénoncées par l’Alliance.
L’objectif de Michel Debré était clair : il voulait faire disparaître le PCR, et à plusieurs reprises il a annoncé la mort de l’organisation. Mais sa communication n’a pas résisté à la réalité des faits.

La défaite ultime

53 ans après la fondation de la Cinquième République sur la base d’une Constitution écrite par Michel Debré, c’est Paul Vergès qui assume une fonction historique dans une institution de ce régime politique. Le dirigeant réunionnais est chargé de présider la séance du Sénat qui doit aboutir au premier renversement de majorité de cette assemblée depuis le début de la Cinquième République.
Samedi, durant 15 minutes à la tribune de la présidence du Sénat, Paul Vergès a exposé les thèses résultats de plus d’un demi-siècle de luttes. Ce sont tous ces arguments que Michel Debré et ses partisans n’ont cessé de combattre. Et samedi, le Sénat s’est levé pour applaudir le discours de Paul Vergès, consacrant la défaite ultime de la ligne Debré au cœur de son sanctuaire.

Manuel Marchal


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