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La loi dite d’égalité réelle abandonne la jeunesse réunionnaise

Pas de remise en cause des politiques menées jusqu’à présent

Manuel Marchal / 14 octobre 2016

Lors de sa dernière conférence de presse, le Parti communiste réunionnais a évoqué la situation difficile des jeunes dans notre île. Maurice Gironcel a rappelé les données communiquées lors de la dernière commission sur la transparence des emplois aidés. 37.000 jeunes Réunionnais n’ont pas de diplôme, parmi eux, seulement 7.000 ont un emploi.

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Lors des manifestations contre le projet de loi travail, les jeunes étaient au premier rang, car ils sont menacés par la précarité à vie. La loi dite d’égalité réelle ne va pas les rassurer.

Mardi dernier, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture le projet de loi sur l’égalité réelle outre-mer. L’ambition initiale de ce texte était de fixer un cadre pour les 20 années à venir, avec comme objectif une convergence avec l’état de ce que sera la France dans 20 ans dans les domaines sociaux et économiques.

Mercredi, le Parti communiste réunionnais a publié une déclaration donnant son point de vue sur le texte voté par les députés. Le PCR constate que le projet de loi n’atteindra pas ses objectifs, car il met de côté plusieurs points essentiels. Le premier est l’absence de bilan des politiques menées depuis 70 ans à La Réunion et outre-mer. En effet, La Réunion est un département depuis la loi du 19 mars 1946. L’article 1 de cette loi réglait la question de son statut, et l’article 2 indiquait quel était les conséquences de ce statut : l’application à La Réunion de toutes les lois existant en France à compter du 1er janvier 1947.

Triste bilan

Cet article 2 précise donc que l’égalité avec la France devait être effective à cette date. Force est de constater que quand le gouvernement propose une loi dite d’égalité réelle, cela part du constat que cette égalité n’existe pas encore 70 ans plus tard. D’ailleurs, le contenu des mesures votées mardi inclut notamment l’extension à La Réunion de droits qui existent déjà en France, mais qui ne sont pas appliquées dans notre île.

Il est certain que l’application de l’article 2 de la loi du 19 mars 1946 aurait considérablement changé la situation. Ce refus de respecter la loi, venant des gouvernements qui se sont succédé à Paris, n’est pas étranger à la crise que subit notre île depuis des décennies. Elle se traduit en particulier par un chômage de masse, avec plus de 180.000 personnes inscrites à Pôle emploi au mois d’août. Les jeunes sont particulièrement touchés.

La jeunesse oubliée

Au cours de sa dernière conférence de presse mercredi, le PCR a donné un coup de projecteur sur la situation des jeunes non-diplômés. Ils sont 37.000 à La Réunion, selon les chiffres de la dernière commission sur la transparence des emplois aidés. Parmi eux, seulement 7.000 ont un travail, la plupart du temps précaire. Sur les 30.000 privés d’emploi, la moitié est totalement abandonnée. L’administration ne sait pas où ils sont. Cette situation ne va pas s’améliorer avec l’arrivée en fin de contrat des premiers bénéficiaires des emplois d’avenir. Ils sont près de 1.500 jeunes à se retrouver sans solution cette année après avoir travaillé trois ans.

Quelle cohésion sociale à La Réunion ?

Ces faits très graves font partie du bilan de ces 70 dernières années. L’abandon de la jeunesse est une conséquence des politiques menées jusqu’à présent. Or le projet de loi dite d’égalité réelle ne remet pas en cause ces politiques. Il propose de continuer sur la même ligne. Il apparaît pourtant évident qu’une remise à plat est nécessaire pour imaginer des solutions de rupture. Faute d’une nouvelle politique, la jeunesse sera encore plus abandonnée, ce qui menace de fragiliser encore plus la cohésion de la société réunionnaise.

M.M.


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