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La longue marche des femmes

Geoffroy Géraud-Legros / 23 novembre 2012

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« La femme est le prolétaire de l’Homme ». Un siècle et demi plus tard, la formule de Friedrich Engels, co-auteur avec Karl Marx du « Manifeste du Parti communiste », saisit toujours. Elle souligne qu’au-delà des inégalités de classe, la division entre les sexes porte en elle la domination masculine, reproduite à tous les niveaux. Mais voit-on vraiment cette réalité à La Réunion ? On répète des statistiques qui finissent par ne plus être entendues : 50% de Réunionnais en dessous du seuil de pauvreté. 35% de chômeurs dont 50% sont des jeunes. Les chiffres du mal-logement… Derrière ce tableau général des fléaux sociaux qui frappent la population réunionnaise, les femmes sont les premières victimes.

Les femmes plus touchées par la crise

A La Réunion, 37,5% des femmes en âge de travailler occupent un emploi, contre 48,5% des hommes. Les femmes sont plus souvent à temps partiel que les hommes ; 25.000 femmes perçoivent un revenu annuel inférieur à 9.000 euros. Plus diplômées que les hommes, elles occupent moins facilement des emplois qualifiants et sont largement sous-rémunérées. La crise s’aggrave donc, on le dit chaque jour ; mais elle s’aggrave, d’abord pour les femmes. Un quart d’entre elles assument seules la charge de toute une famille, contre 10% en France ; 4% des jeunes mamans réunionnaises sont des filles mineures. Un chemin de maux invisible, qui s’achève régulièrement dans la violence des meurtres de femmes parsemant l’actualité du pays. Les choses ne peuvent qu’empirer. Car les politiques d’austérité, qui « coupent » dans les services sociaux de l’Etat et renforcent des secteurs tels que la police, le personnel des prisons, sont défavorables aux femmes. D’abord, parce qu’elles sont plus touchées par la précarité et la pauvreté… Mais aussi parce que les métiers sociaux sont, traditionnellement plus féminisés. On supprime des postes d’infirmières, d’assistantes sociales. Mais on crée des postes de policiers et de gardiens de prisons. A La Réunion, les femmes sont massivement employées dans la fonction publique : les suppressions de postes se font à leurs dépens.

Indispensable avant-garde

Ainsi, la question féminine s’adresse autant aux luttes spécifiques des femmes, qu’au combat pour une Réunion meilleure et… plus réunionnaise. Que faire ? Le militantisme féminin est, depuis un demi-siècle, vivant dans notre pays. On a trop peu souvent parlé de son avant-gardisme : en 1945, c’est le vote des femmes qui avait emporté la victoire de Raymond Vergès et de Léon de Lépervanche, artisans de la décolonisation. En 1958, la toute jeune Union des femmes de La Réunion (UFR) avait lancé le mot d’ordre d’Autonomie. Le Parti communiste réunionnais, fondé l’année suivante, lui avait emboîté le pas : la reconstruction d’un modèle réunionnais d’émancipation et de développement émergeait, face au dogme départementaliste et à sa violence. Et maintenant ?

Geoffroy Géraud Legros


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