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La mémoire, héritage militant

Témoignages.re / 26 octobre 2012

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Le 31 Octobre 2009, Paul Vergès inaugurait une stèle aux esclaves morts sans sépulture, dans le cimetière dit du « Père-Lafosse », à Saint-Louis. Il était alors Président de la Région, et il y avait affluence, notamment d’officiels et de membres d’associations aidées par le Conseil Régional. L’année suivante, nous n’étions plus qu’une poignée à assister à cette cérémonie, toujours en compagnie de notre camarade Paul, d’élus communistes, de quelques membres de l’Alliance, ainsi que d’acteurs culturels et d’intellectuels démocrates. Les alimentaires avaient dégagé le plancher et c’est tant mieux. Et cela montre que la reconnaissance culturelle est un combat.

Pour que l’ignoble ne se reproduise plus

Je voudrais rappeler ici l’origine militante de ce combat : lorsque, avec quelques camarades, nous organisions des célébrations informelles dans ce lieu riche d’histoire de la libération réunionnaise qu’est le cimetière du Père Lafosse. Là, la mentalité populaire révère les esclaves morts sans sépulture, c’est-à-dire sans les rites et sans la dignité minimale qui font que, dans la mort, on est considéré comme un homme ou une femme, et non comme un outil qui a cessé de servir et qu’on remise aux oubliettes. 
C’est, dans cet esprit, notre camarade Pierre Vergès, alors maire du Port, qui a en 1991 inauguré une stèle aux Réunionnais qui n’ont jamais connu leur île… parce que morts au cours du voyage sur les bateaux négriers, véritables camps de concentration flottants. La stèle de Saint-Louis a poursuivi et amplifié cette oeuvre de mémoire ; en s’adressant à tous nos ancêtres tombés sans avoir eu droit au moindre égard et au moindre respect, elle montre que les Réunionnais assignent une borne et un jalon de civilisation. L’ignoble ne peut, ne doit plus se dérouler dans notre pays. En tant que militant communiste, je suis fier que mon Parti ait porté cette cause. Et je pense que, dans le cadre de la reconstruction, il nous faut intensifier ce courant. C’est pourquoi, il nous faut dès à présent nous investir dans la célébration du 350 anniversaire du peuplement de notre île. Parce que justement, grâce à ceux qui reposent, connus ou inconnus, dans la terre réunionnaise, nous sommes un peuple.

 Yvan Dejean 


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