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La misère coloniale en 1945

Risham Badroudine

Témoignages.re / 23 octobre 2009

Dans quelle situation se trouvait La Réunion sur le plan économique et social ? Éclairage de Risham Badroudine.

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Risham Badroudine

Avant la guerre, l’économie réunionnaise était au service du pays colonisateur, c’est-à-dire la France, et non pour satisfaire les besoins vitaux de la population, notamment les besoins alimentaires. Qu’est-ce que La Réunion exportait ?

Sucre Rhum Vanille Essence de
géranium
Principale exportation en tonnes 113.000 29 .000 64 106

Il faut savoir que La Réunion importait une bonne partie de ses denrées alimentaires notamment de Madagascar. La Guerre a entraîné le blocus presque total. Dès lors, tout manque, à commencer par le riz aliment de base.

En 1943, La Réunion qui compte 225.000 habitants a évité de peu la catastrophe alimentaire grâce à l’arrivée de plusieurs milliers de tonnes de riz et de légumes.

Les exportations souffrent également du blocus : le sucre s’entasse dans les hangars de stockage. Les cannes sont arrachées pour être remplacés par le manioc et les patates douces afin que la population puisse se nourrir. À partir de 1946, le manioc va devenir l’aliment de base des Réunionnais et pour plusieurs années.

Les aliments étaient rationnés sur notre île.

Ration de protéines (viandes et poissons par habitants et par an en kilos)

1938 1943 1946
15 Kg 12 Kg 9 Kg

La ration alimentaire des Réunionnais déjà réduite avant la guerre est désastreuse au lendemain de celle-ci.

Sur le plan financier, La Réunion subit de grandes difficultés car le budget de la colonie ne suffisait plus à la couverture des dépenses. La diminution des exportations entraîna une baisse importante des recettes douanières et une augmentation de la charge fiscale (multipliée par 3 entre 1939 et 1942).

La faiblesse de la production agricole, la carence en engrais et machines constituèrent autant de facteurs aggravants.

L’industrie dut se diversifier et installer des petites unités économiques (huilerie, savonnerie) pour satisfaire les besoins courant de la population.

Les tickets d’aimantation distribuée aux familles fixaient les rations en fonction de critères définis tels que l’âge ou la profession.

Au niveau social, la carence alimentaire entraîna des conséquences graves sur le plan de la Santé publique : la variole, le paludisme (33% de la mortalité), la tuberculose, la diphtérie et le tétanos constituèrent autant de fléaux supplémentaires et le taux de mortalité infantile battit des records.

Sur le plan démographique, comme le souligne André Scherer, « la plus navrante misère physiologique atteignait la quasi totalité de la population. Si le taux de natalité était élevé (40 pour mille), la mortalité était excessive (22,1 pour mille) et surtout la mortalité infantile inquiétante (145 pour mille). Cette mortalité était due à un état sanitaire déplorable ».

Situation

1946 2009
Population 241.000 habitants 870.000 habitants
Routes bitumées 130 Km 6.000 Km
Passagers aériens 6.650/an 1.600.000/an (arrivée + départ)
Logement équipés en électricité 12% ≈ 100%
Logement équipé en eau courante 10 % ≈ 100%
Nombre de professeurs 100 16.640
Mortalité infantile 180 pour mille 6,6 pour mille
Espérance de vie 48 ans 77 ans


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