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La nouvelle route du littoral au cœur de la campagne des régionales à La Réunion

Paul Vergès a brisé la conspiration du silence

Manuel Marchal / 12 septembre 2015

Le 25 août dernier, Paul Vergès avait annoncé l’imminence de l’éclatement d’un scandale lié à l’enquête sur l’attribution des marchés de la nouvelle route du littoral. Toute la campagne électorale des régionales s’est retrouvée bouleversée à La Réunion. L’union de la droite se fissure, et le chemin de fer devient la proposition obligatoire de tout candidat.

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L’attribution des marchés d’un chantier pharaonique pose question.

Depuis le 25 août, la donne a changé pour les élections régionales à La Réunion. Ce jour-là, Paul Vergès a tenu une conférence de presse pour annoncer l’imminence d’un scandale lié à la route en mer. En novembre et en janvier, des enquêteurs sont venus à la Région Réunion pour tenter d’obtenir des renseignements sur l’attribution d’un ou plusieurs marchés. La réponse de la Région Réunion a alors été très étonnante. Dans un communiqué adressé à certains médias, elle a dit en substance que ce type de procédure est normal, compte-tenu des sommes en jeu. Rappelons que le coût initial de la route en mer est annoncé à 1,6 milliard d’euros. Les marchés de la digue et du viaduc, attribués au même groupement, sont pour l’heure estimés à 1,2 milliard.

Mais cet argument ne résiste pas à la réalité. Depuis que la Région Réunion existe, elle a été maître d’ouvrage de nombreux chantiers. Les plus importants ont été réalisés sous la mandature de Paul Vergès. Ce sont en particulier la route des Tamarins, plus de 1 milliard d’euros, le boulevard Sud de Saint-Denis, plus de 300 millions d’euros, les déviations de Saint-Benoît, Sainte-Marie et Grand-Bois. L’équipe de Paul Vergès avait également lancé la construction du nouveau pont de la rivière Saint-Etienne pour un montant de plus de 100 millions d’euros. L’attribution des marchés de ces chantiers très importants n’ont fait l’objet d’aucune enquête.

Communication très discrète

Depuis lors, la Région Réunion était restée silencieuse. Cette discrétion tranchait avec le comportement habituel de cette collectivité si prompte à communiquer dans tous les domaines susceptibles de construire la popularité de son président, Didier Robert. Ce qui la place dans le peloton de tête des annonceurs publicitaires à La Réunion.
Le 25 août, Paul Vergès a donné un coup de pied dans la fourmilière, annonçant de nouveaux développements pour l’enquête dans les semaines à venir et prédisant l’explosion de l’union de la droite. Il proposait à Didier Robert une issue pour sortir de la crise par le haut : se porter partie civile dans ce dossier. La seule réponse apportée par la présidence de la Région Réunion est la promesse du dépôt d’une plainte en diffamation contre Paul Vergès.

Le 5 septembre, le sénateur a marqué de nouveaux points. Il a annoncé que les éléments dont il dispose lui permettent de conclure à la présence d’enquêteurs et d’un juge venus de Paris pour travailler sur le dossier de la nouvelle route du littoral.
Le 7 septembre, Zinfos974, Imaz Press Réunion et Réunion Première confirment les propos de Paul Vergès. La Région Réunion annonce alors qu’elle porte plainte en diffamation contre Imaz Press Réunion et Réunion Première. Le démenti du Parquet de Paris ne sera communiqué que lundi dans la soirée.

Où est l’union de la droite ?

Ces ripostes n’ont pas empêché que l’opinion constate les premières fissures dans l’union de la droite. Un plan B excluant Didier Robert est avancé dans la presse. Toujours lundi dernier, lors de la conférence de presse de lancement de la candidature du président sortant, plusieurs absences ont été remarquées. La différence était flagrante avec les conférences de presse de l’union de la droite lors de la campagne des élections départementales où la présidente Nassimah Dindar, le sénateur Michel Fontaine et l’ancien député René-Paul Victoria avaient pris la parole. Cela a fait ressortir l’isolement du président sortant de la Région Réunion. Didier Robert a accentué le trouble en annonçant que son premier grand meeting aura lieu seulement le 18 octobre, soit plus d’un mois après tous ses concurrents les plus sérieux. Sur la papier, l’union de la droite détient la Région, le Conseil départemental et l’essentiel des communes dont Saint-Paul, Saint-Pierre et Saint-André. Elle peut donc avoir la garantie de mobiliser fortement et rapidement lors d’un meeting. Pourquoi donc repousser aux calendes grecques l’occasion de faire cette démonstration de force de l’union ?

Tous pour le train

Le second bouleversement entraîné par les révélations de Paul Vergès est contenu dans les programmes des candidats. Tous sont pour une voie ferrée. La route en mer à 6 voies promise par Didier Robert a un coût final qui n’est pas évalué. Si comme il faut s’y attendre, les 1,6 milliard sont dépassés, alors il n’y aura plus d’argent pour financer la construction d’un chemin de fer. C’est bien la preuve que personne n’est convaincu que la nouvelle route du littoral version Région Réunion pourra se faire aussi facilement, et qu’il est donc nécessaire d’avoir un moyen de transport alternatif.



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  • A propos de la comparaison entre les ouvrages d’art réalisés à la réunion et ceux réalisés en France que j’ai faite dans ma dernière intervention , les informations diffusées sur le net par Wikipédia indiquent que le Pont de Millau a couté en réalité 320 millions d’euros , que sa longueur est de 2460 m entre les culées et de 3204 m au total . Que sa hauteur depuis le sol jusqu’au tablier est de 278 m et la hauteur totale est de 344 m , et qu’il comprend bien 6 voies ( deux fois deux voie de circulation deux voies de secours )
    Ceux qui feront la comparaison entre ce pont et le pont Saint - Etienne à Saint louis, qui aurait couté 100 millions d’euros pour une longueur d’à peine un Kilomètre et des piliers de 6 mètres de hauteur du sol au tablier se rendront bien compte que les caractéristiques techniques des deux ouvrages ne sont pas comparables alors que le prix au kilomètre est comparable.
    Quant à la déviation de Saint benoit, si elle a couté 300 millions je pense que dans ce coût il faut inclure les deux ponts réalisés sur la Rivière des marsouins et la Rivière des roches . Mais malgré tout, même si ces deux ponts ont coûté 150 million d’euros ,les 150 millions pour financer les 6 kilomètres de route à travers les champs de canne me paraissent quand même excessifs .
    Le fait de se rendre compte que l’on a dépensé beaucoup trop d’argent dans les travaux routiers déjà réalisés sur l’île de la réunion devrait inciter les responsables politiques à être plus vigilants. Mais la vigilance des maitres d’ouvrages publics est quelques fois endormie par les nécessités électorales .Si bien que malgré l’autonomie qui a été donnée aux collectivités locales par les lois de décentralisation ,à mon avis , l’Etat devrait garder quand même un oeil plus inquisiteur sur les marchés dépassant une certaine somme , peut être en réinstallant un contrôle à priori sur ces marchés ou peut être en les faisant surveiller plus étroitement par une brigade financière spécialisée dans le contrôle des marchés publics. Mais peut être en mettant en place les deux dispositifs qui travailleraient en étroite collaboration . Les résultats de ces deux mesures pourraient déboucher sur des milliards d’économie sur l’ensemble du territoire national .

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  • la déviation de Saint Benoit, n’est pas faite, encore moins les ponts, ont attend toujours et il y a toujours autant d’embouteillages sur Saint-Benoît. Oui en effet, l’état devrait avoir un œil, afin de parer à toutes éventualités de magouilles.

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