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La nouvelle route du littoral : un « projet monstre »

Lettre ouverte de Bruny Payet au président de la Région

Témoignages.re / 16 septembre 2011

Mercredi, Bruny Payet a adressé un courrier au président de la Région dans laquelle il lui fait part de ses doutes concernant les informations diffusées dans le numéro spécial de Région MAG’ consacré au projet de future route du littoral. L’ancien conseiller régional constate que la Région ne tient absolument pas compte des « avis prudents » et des « alertes du public ». Sachant que les « les réponses techniques proposées ne sont pas probantes », et les réponses en matière financière du président de la Région pas rassurante, Bruny Payet demande à ce dernier de s’engager personnellement sur deux points : l’absence de risque marin lié aux variations climatiques, une garantie personnelle de maîtrise du budget prévu. Voici la lettre :

LETTRE OUVERTE (1)
à Monsieur le Président de la Région
à propos de son numéro spécial MAG’ n°3
sur son projet de route en mer

Trois mois après votre consultation du public du 1er au 31 mai 2011 sur votre projet de digue et viaduc, la Région consacre un numéro spécial de sa revue trimestrielle « Réunion MAG’ » à sa nouvelle route du littoral. Il n’était pas dans mon intention de revenir sur ma contribution remise à cette occasion tant je pensais que la sagesse du public se serait imposée.

Votre projet précisé « digue viaduc », sera nous dit on, non seulement « respectueux de l’environnement » mais en outre « sécurisé, moderne, gratuite » pour la modique somme de 1,6 milliard d’euros !

Vous me pardonnerez d’en douter...

1) Les réponses techniques proposées ne sont pas probantes contrairement à ce qu’affirme la revue de la Région

a) Absence de modélisation d’ensemble : La sécurité de l’ouvrage n’est toujours pas assurée (absence de modélisation d’ensemble et de scénarios de variation du sens de houle, d’effet de rebond aux configurations particulières de l’ouvrage)
b) Hypothèse non crédible : Le risque cyclonique centennal repose uniquement sur les observations passées de Météo France qui se garde de spéculer sur les effets du réchauffement climatique attendu.
c) De ce fait l’ouvrage reste toujours exposé à un risque réel de destruction partielle ou totale. Son entretien demeurera un problème récurrent. L’écroulement du viaduc causé par la ruine d’une pile ou d’une travée serait une catastrophe pour La Réunion.

Toutefois, on est heureux d’apprendre que la Région et les communes de Saint-Denis et de La Possession doivent s’accorder pour résoudre les problèmes d’entrée et sortie de ville.

2) Vos réponses en matière financière ne sont pas rassurantes

Le projet en mer est un « projet monstre » dont le coût et les conséquences sont imprévisibles au départ et dont la réalisation s’imposera quel qu’en sera le prix humain, environnemental ou de la dette financière pour le contribuable. La Réunion connait déjà un projet « monstre », celui de l’actuelle route en pied de falaise. Votre projet de route en mer est l’illustration du dérapage non maitrisé de cette route littorale tant décriée.

Des exemples de perte de contrôle de projet existent tel le Centre hospitalier Sud Francilien (Corbeil Essonnes). Il est aujourd’hui réceptionné mais toujours non opérationnel alors que son coût final excessif, endette déjà les contribuables sans service rendu ! Contrairement à votre certitude de clore définitivement le débat sur le financement, notre crainte est totale de voir le Réunionnais porter non seulement l’énorme dette régionale que vous nous laisserez mais en plus un péage obligatoire pour couvrir les travaux supplémentaires. D’ailleurs les expertises « géophysiques et géotechniques sur les fonds marins et mesures bathymétrique complémentaires », nécessaires avant travaux pour chaque pilier du viaduc, conduiront à l’explosion du coût de ces travaux supplémentaires.

3) Le choix du tracé de route en mer reste une mauvaise solution

De l’exposé précédant nous en tirons les conséquences qui suivent :
a) Votre solution de route en mer ne garantit pas le maintien dans le temps de la liaison Saint Denis Possession. L’usager devra donc encore prévoir de transiter par la Montagne puisque tout en prétendant « conserver la route actuelle pour une utilisation en secours », vous prévoyez sa « déconstruction partielle selon un phasage dit pertinent ».
b) La route en mer crée un problème d’accès à La Grande Chaloupe. C’est un problème qui ne se pose pas aujourd’hui alors qu’un projet de tunnel maintiendrait sa desserte actuelle dans les deux sens de circulation. Le site devra recevoir bien sûr un aménagement pour sa mise en valeur et sa protection. La méthode de préservation que vous proposez par une limitation d’accès depuis La Possession seulement est inacceptable.
c) Votre solution de route en mer n’est pas plus sécurisée pour l’usager puisque le concepteur admet des franchissements de vague. Il ne peut non plus écarter le risque d’un affouillement sous marin progressif d’un pilier du viaduc ou d’une partie de la route en remblai.
d) Le coût inflationniste des travaux, non partagé par l’État, et celui de l’entretien ou des réparations se révéleront hors de portée des capacités de la Région et du contribuable réunionnais : un vrai « projet monstre » !

4) En conclusion la Région s’entête à ignorer les avis prudents et les alertes du public

Pour notre part, nous maintenons que la solution la meilleure reste les tunnels que votre majorité s’obstine à ignorer voire à dénigrer en la présentant dans votre revue comme moins sûre pour l’usager que votre projet en mer. Les nombreux ouvrages d’art d’exception que vous prenez en référence dans MAG’, en soutien à votre ambition, ont été réalisés dans des conditions qui n’ont rien à voir avec les nôtres (climat tropical et cyclonique, hauts fonds instables et courants marins non continentaux).

En revanche de nombreuses réalisations ou projets actuels tendent à prouver que la solution de tunnels reste plus pertinente pour franchir des massifs montagneux, à l’abri des risques climatiques. Cette dernière solution offre naturellement une meilleure protection de l’environnement et de la biodiversité, comme l’absence d’atteinte aux paysages.

Les tunnels contemporains opérationnels ou projetés sont plus sûrs au vue des quelques exemples ci après

• Le tunnel du Mont Blanc (routiers) 11,6 km 1965, réhabilité/sécurisé 2002
• Le tunnel du Gothard Suisse (routier) 16,9 Km 1980 (double sens à proscrire)
• Le tunnel sous la Manche (ferroutier) 50,5Km 1994
• Le tunnel de Zhongnanshan en Chine 18 Km 2007, plus long tunnel routier à deux tubes au monde, deuxième plus long tunnel routier au monde (derrière le tunnel de Loerdal de Norvège 24,5Km).
• Le tunnel sous marin ferroviaire de Gibraltar ou Afrotunnel, 37,7 Km projet en cour de validation économique

Nous aurions aimé allonger notre liste avec les 12 km du tunnel du ti train (le plus long du monde à l’époque) qui a servi La Réunion sous roches nues pendant près d’un siècle. L’avez-vous expérimenté ? Ceux qui l’on fait s’en souvienne encore !

Monsieur le Président, êtes vous prêt à vous engager personnellement sur :

1. l’absence de risque marin lié aux variations climatiques (2), sur votre projet,
2. une garantie personnelle de maîtrise du budget prévu ?

À défaut de tels engagements, ce projet se révèlera comme un « projet monstre ».

Bruny Payet
Ancien Conseiller régional

(1) Nous confions cette « Lettre ouverte » aux bons soins de la presse quotidienne en souhaitant que chaque ménage réunionnais ait reçu l’un des 300.000 exemplaires de La Réunion MAG’ n°3 édité par la Région pour que chacun puisse faire son opinion.
(2) Variations climatiques cycliques saisonnières mais aussi celles dues au "réchauffement".


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