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Trois-Bassins

Témoignages.re / 8 novembre 2013

Sandra Cillon : « Il n’y a absolument rien à Trois-Bassins »

 

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Je suis née à Trois-Bassins et c’est là que je vis. Je peux dire qu’en plus de trente ans, la mairie ne peut plus répondre à la demande de la population. Je trouve dommage que cette ville ne soit pas développée, comme mon quartier Grande Ravine les Bas qui est totalement abandonné.

Dans le temps, ils disaient vouloir créer un espace de jeux pour les enfants, mais cela fait des années qu’ils en parlent, ils n’ont toujours rien fait. Il n’y a pas d’aire de jeux, pas de commerce, pas d’espace de divertissement, ni de centre culturel. Il y a un terrain de basket et de football, mais ce n’est pas suffisant.

D’autant qu’on est obligé d’aller à La Saline ou à Saint-Leu pour pouvoir sortir, faire des courses. Pour faire les papiers, il y a une mairie annexe dans les Bas, mais elle ne permet pas de régler tous nos papiers, on est obligé quoi qu’il arrive de monter pour pouvoir régler nos affaires. Si on n’a pas de véhicule, il est difficile de pouvoir se déplacer facilement et de pouvoir faire ce qu’on a besoin de faire.

 

« C’est une ville morte »

 

Le centre-ville est quasiment vide, on n’est pas libre de faire ce que l’on veut, parce qu’il n’y a absolument rien à Trois-Bassins. C’est une ville morte. Sans emploi, j’aurais aimé rechercher un travail dans ma ville, mais rien n’est fait pour le développement de la ville. J’ai toujours travaillé comme aide ménagère, mais cela devient difficile de pouvoir trouver un emploi même dans une association à Trois-Bassins. Je peux chercher ailleurs, mais on ne peut pas dire qu’on n’a pas besoin d’aide ménagère à Trois-Bassins. Et ailleurs, il y a autant de gens dans le besoin.

J’étais dans l’association Déclic Solidarité, j’y suis arrivée en tant que bénévole, car le projet m’intéressait et je voulais faire de la couture. On nous a proposé des contrats, signés par le Conseil général, mais les dossiers ont été bloqués. Je ne comprends pas pourquoi ça bloque, alors que le Conseil général a déjà signé les contrats et l’ADI a accepté. J’aimerais bien savoir qui bloque. Par contre, je trouve ça malheureux si le problème de blocage de nos contrats vient des élus de la commune. Car normalement, tout maire d’une commune devrait être content de voir que des initiatives sont prises pour créer des emplois. Aucun projet, ni investissement, ni structure ne sont mis en place à Trois-Bassins. Il n’y a pas d’emploi, ni de développement, mais il y a beaucoup de fêtes.

Je n’étais pas politique avant, mais quand je vois que le seul parti qui se bat contre la pauvreté et qui fait beaucoup de choses, c’est le PCR, j’ai décidé d’adhérer parce que je ne vois pas pourquoi je ne serais pas dans un parti qui est prêt à aider les gens. L’important aujourd’hui est qu’il faut monter un programme avec la population pour les convaincre d’aller voter pour ce projet. Mais surtout leur dire que ce n’est pas le candidat le plus important, mais la population qui doit faire son projet et alors le candidat aura la tâche de l’appliquer. Développer un projet pour la population avec des propositions qui sont réalisables et non faire de fausses promesses.

 

 

 

Gabriel Dassachetty, 57 ans, militant communiste, planteur de tomates

 

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Militant communiste des premières heures, il ne s’est jamais caché et a toujours affiché son appartenance au PCR à Trois-Bassins envers et contre tous. Populaire, à Trois-Bassins, tout le monde connaît « Biel », le planteur de tomates. Il se définit comme étant un communiste révolutionnaire. « J’ai toujours été militant communiste, mon père lui-même était communiste ».

Gabriel Dassachetty, dit Biel, milite depuis son plus jeune âge. Né en 1956, il se souvient de ses rencontres avec Laurent Vergès : « un boug’ juste, que té pas demoune de haut », « un boug’ té donne a ou envi de suive a li, de faire la politique ».

Biel se dit fier d’être communiste même si cela n’a jamais été facile de l’être à Trois-Bassins.

Dans les années 60, une petite jeep rouge poursuivait les communistes de Trois-Bassins jusqu’à chez eux, raconte-t-il. Ce qui provoqua la psychose, la peur d’afficher son appartenance au Parti communiste réunionnais.

Il se souvient également de l’équipe de football Castor. Dans les années 80, il était vice-président de l’équipe de football Castor (qui n’existe plus aujourd’hui). Il a été exclu de la gérance du club parce qu’il était communiste.

Loin de se laisser abattre, il poursuivra la lutte et aidera celles et ceux qui ont besoin de lui. Comme dans les années 90, l’organisation d’une manifestation contre l’insalubrité de l’ancienne école maternelle centre. Action qui s’est conclue par la construction d’un nouvel établissement.

Ou encore la dénonciation dans la presse locale contre un pont inexistant, mais nécessaire pour la commune : le pont de la Petite ravine.

 

« Les planteurs ont toujours eu besoin de soutien »

 

Toujours dans les années 90, il se trouvait en surcroit de production et s’était installé devant la mairie, ce qui n’avait pas plu à la municipalité en place qui lui ordonna de quitter les lieux. Pour se révolter face à cette injustice, il déversa 40 caisses de tomates dans le hall d’entrée de la mairie. « Puisque je ne pouvais pas écouler ma production, j’ai intenté cette action pour montrer le manque de soutien de la part de la municipalité envers les agriculteurs en difficulté », ajoute-t-il.

 

« Il faut se tourner vers l’avenir »

 

« Les communistes de Trois-Bassins doivent être libres, ne plus supporter de pressions quelle qu’elles soient. Il faut qu’ils aient le droit de s’exprimer, de se rassembler sans craindre quiconque. Une section communiste a été créée, et cela est une très bonne chose. L’avenir, c’est les jeunes et ils ont toute leur place au sein de la Section de Trois-Bassins. Pour ma part, je souhaite qu’un candidat communiste se présente aux prochaines élections municipales », conclut-il.

 

 

 

Guito Galaor : « Il faut que la population porte un projet »

 

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En 50 ans de vie à Trois-Bassins, je peux dire qu’il n’y a pas grand-chose qui a changé dans la commune. La vie personnelle des gens s’est améliorée par rapport à avant où il y avait beaucoup de misère, mais rien n’a avancé. Je suis passé par une situation d’extrême pauvreté. Cependant, il y a de plus en plus de difficultés. Même s’il y avait de la misère, on vivait bien. Maintenant, ce n’est plus le cas, parce qu’il y a « l’esclavage moderne ». La pauvreté est un esclavage moderne. D’un côté, il y a les "gros" qui ont des moyens et, de l’autre, les "petits" qui n’ont rien. J’ai vécu dans la misère, c’est pourquoi je me bats aujourd’hui pour les plus démunis. Cette situation m’attriste, il y a des gens qui vivent dans la misère aussi ici à Trois-Bassins, on ne les voit pas, mais il y a des cas extrêmes dans certains endroits.

Mes grands-parents étaient adhérents au PCR. Ils nous ont mis sur le chemin, parce que c’était le parti qui défendait les malheureux. Un “gros” vole un bœuf, il ne va pas en prison. Un “petit” vole un œuf, il va en prison. Le PCR s’est battu pour la liberté. Quand Valéry Giscard d’Estaing était président, c’était la droite, on avait l’argent carnet avec 50 francs dessus par mois et par enfant, et en plus un sachet de lait qu’on allait chercher au dispensaire. Quand François Mitterrand a été élu, on a eu droit à 500 francs par mois et par enfant. Les petits malheureux ont commencé à vivre. C’est pour cela que je me suis engagé au PCR. Quand on a créé la Section à Trois-Bassins, je n’ai pas hésité à adhérer. 

 

« Le plus important, c’est la population »

 

Mais la situation est de plus en plus difficile. Avant, on était libre de pêcher, de nourrir notre famille et d’avoir une petite monnaie, mais aujourd’hui, c’est interdit. La zone est devenue rouge, on ne peut pas pêcher, ni même se baigner parce que soi-disant on détruit le corail.

Quand on était pauvre, on pouvait encore manger, vivre bien, mais aujourd’hui, il n’y a plus moyen d’acheter ni du poisson, ni de la viande. La vie est devenue trop chère. Avec 500 euros par mois, une fois toutes les factures payées, il ne reste plus rien. C’est dommage. C’est aussi pour cela que la situation va s’aggraver et qu’il y aura de plus en plus de violence et de délinquance à Trois-Bassins.

Il n’y a rien à Trois-Bassins et le foncier est aussi un problème. Il faudra résoudre ce problème parce qu’il n’y aura pas de développement, dans le cadre de l’aménagement, l’adaptation de Trois-Bassins. Je suis en politique pour que Trois-Bassins avance et ne recule pas. Il faut réellement faire un travail d’écoute et sortir Trois-Bassins du “fé noir”.

Il faut que la population porte un projet. Mais pour cela, il faut voir les difficultés, changer les choses et avancer. Le plus important, c’est la population, il faut prendre en compte l’avis des gens et travailler avec eux. Il faut être franc et vrai, parce que quand on ne peut pas faire les projets, il faut le dire et arrêter de mentir.

Il faut quelqu’un de compétent à la tête de la mairie. Une personne qui a des compétences dans le fonctionnement et la gestion d’une collectivité et un vrai projet de développement pour Trois-Bassins.

La population en a assez souffert comme ça. Il faut arrêter avec les fausses promesses.

 

 


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