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La prise de conscience de l’opinion réunionnaise

Vers la fin des énergies fossiles

Céline Tabou / 17 février 2012

Paul Vergès président de l’Alliance, Elie Hoarau, conseiller régional et Gilles Leperlier de l’Alliance des Jeunes pour la Formation et l’Emploi à La Réunion ont tenu une conférence de presse afin de réagir aux derniers évènements marquants dans l’île. Une des questions à l’ordre du jour, c’était les premiers enseignements de la mobilisation pour la baisse des prix du carburant de 25 centimes.

Parmi eux, les mouvements des transporteurs et ses résultats ainsi que la nécessité de l’adaptation pour faire face au changement climatique, particulièrement après le cyclone dévastateur, Giovanna, qui s’est abattu sur Madagascar.

La fin d’une période

La question des carburants a pendant deux jours paralysé la vie des Réunionnais et mit en avant l’incapacité des autorités à répondre aux attentes des transporteurs, agricultures et usagers. Introduisant la conférence de presse, Elie Hoarau a expliqué que la problématique des carburants était une « répétition, de ce qui s’est passé en 2008, avec une différence fondamentale : la prise de conscience de la population que les énergies fossiles sont des problèmes graves et durables ». En effet, ce dernier a indiqué qu’« on a senti dans l’opinion publique des réactions de gène mais aussi de solidarité » vis-à-vis des contestataires. « Il y a eu une réflexion de la part de l’opinion, qui est que l’on est arrivé à la fin d’une période, celle de l’énergie fossile » a expliqué Elie Hoarau.
Rappelant le mot d’ordre lancé par Paul Vergès en 1998, l’autonomie énergétique, Elie Hoarau a expliqué que « tout devait aller vers l’autonomie d’ici une quinzaine d’années », mais « les orientations politiques différentes » sur le plan national et régional ont conduit à « des stratégies qui ont stoppé tous les projets » d’autonomie énergétique. La question des carburants a également mis en avant la possibilité de développer les ressources naturelles à La Réunion telles que le photovoltaïque, l’éolien, la géothermie, énergie marine, biomasse... Car « Dans un territoire aussi étroit, on possède des ressources énergétiques qui peuvent répondre aux problèmes actuels et à venir », a précisé Paul Vergès.

Une nécessité : la transparence

Elie Hoarau a également expliqué que « si l’on veut que l’opinion s’approprie ce problème, les Réunionnais doivent obtenir la clarté sur les prix à la base », ainsi les négociations pourront s’entamer et « on verra quels sont les efforts que peuvent fournir chaque acteurs de la filière pétrolière et gazière ». Ce dernier pose la nécessité d’un débat public sur la question des carburants et de l’autonomie énergétique, car « la population doit s’approprier ce débat », afin que les Réunionnais comprennent pourquoi est ce qu’ils paient un tel prix du carburant.
« L’important est que tout les acteurs de la société aient les cartes en main
 » pour comprendre la filière entière et trouver des solutions pour tous a conclut, Elie Hoarau.

La responsabilité des politiques

Paul Vergès et Elie Hoarau ont indiqué qu’au-delà des transporteurs, les taxis, agriculteurs et les usagers ont décidé de s’engager dans ce mouvement, qui touche tous les secteurs de l’économie. « Tout le monde est concerné par la hausse du prix des carburants » ont ils indiqué, d’où la présence de Gilles Leperlier, président de l’Alliance des Jeunes pour la Formation et l’Emploi à La Réunion (AJFER), qui a appelé tous les jeunes à soutenir les mouvements, car « écoliers, collégiens, lycéens et étudiants n’ont pu se rendre en cours, lundi et mardi, faute de transports individuels et scolaires ».
De son côté, Paul Vergès a pointé du doigt les « orientations prises dès le départ montrant le peu de préoccupation de la part des responsables politiques ». Ces derniers ont décidé de faire porter le prix du gaz sur les contribuables en allouant un fonds pour réduire le prix de la bouteille de gaz. Les tensions sur les carburants ont également mis en exergue la limite du pouvoir du préfet, qui a expliqué « ne pas pouvoir contrôler le prix du pétrole, bien que ce dernier en fixe les prix ». « Le préfet dit que pour baisser de 25 centimes, il faut prendre en compte l’itinéraire de la filière, qui va de Singapour à La Réunion » a expliqué Paul Vergès. De fait, « si l’État ne peut pas contrôler les prix, c’est donc à La Réunion de trouver des sources pour pouvoir diminuer le prix de l’essence. Le Conseil Régional, le Conseil Général et les Mairies ont donc annoncé qu’elles étaient prêtes à payer la différence ».
Cette situation risque de devenir récurrente, car « dès le moment où l’on a dit qu’il y a une solution, il faudra subventionner à chaque hausse des prix du carburant et du gaz » a déclaré le président de l’Alliance. Face à la hausse du pétrole, « les collectivités acceptent de répartir cette hausse sur les contribuables, qui paieront ».

Céline Tabou



Faudra-t-il attendre encore 4 mois ?

Face à l’invitation du préfet, Michel Lalande, de mettre en place un débat qui devrait aboutir dans quatre mois à des solutions, Elie Hoarau s’est dit « surpris », particulièrement « quand l’état dit ne pas connaitre le prix du carburant à la source (Singapour, ndlr) et qu’il veut quatre mois pour s’informer et prendre connaissance de la filière entière ».

Comme l’a expliqué ce dernier, la situation économique et sociale de La Réunion demande des réactions rapides et efficaces pour diminuer le prix des carburants. De plus, le délai imposé par le préfet, Michel Lalande, « coïncide étonnamment avec les rendez-vous électoraux » de cette année.

Mais « les consommateurs réunionnais n’attendront pas quatre mois, car la mécanisation de la crise va fixer de nouvelles raisons qui vont rendre la situation sociale insoutenable » a expliqué Paul Vergès. Ce n’est pas sans rappeler les manifestations contre la vie chère en Guadeloupe et à Mayotte, qui sont survenues après des hausses de prix exorbitantes et ne pouvant être assumées par les consommateurs. « Les problèmes économiques, sociaux et politique vont déboucher sur les élections, cette crise est au cœur du système économique réunionnais, et ne s’arrêtera pas, mais elle va plutôt s’aggraver » a conclut Paul Vergès.

« Trouver une alternative au tout automobile »

Chaque année, 25.000 voitures intègrent le parc automobile réunionnais, la question du carburant est majeure dans l’île. En effet, au-delà de l’épuisement et du coût des énergies fossiles, telles que le charbon, le pétrole et le nucléaire, La Réunion possède des ressources énergétiques viables et saluées par tous les responsables politiques nationaux, européens et internationaux. Face à cette situation, le « tout-automobile » n’a plus de raison d’être, notamment avec la possibilité de réaliser un Tram-Train, moyen écologique, économique et accessible à tous.

Dans cette optique, Gilles Leperlier a tenu à signaler que la situation actuelle a des conséquences sur les jeunes, dont 60% est au chômage. Ces derniers ont besoin d’un transport pour trouver un emploi ou encore se déplacer et exercer les différents activités qu’ils leurs incombent.

Face aux difficultés des jeunes, mais également de tous les Réunionnais, le président de l’AJFER a appelé les dirigeants à « trouver des réponses pour sortir La Réunion de la crise ». « Nous avons un message à faire passer aux jeunes. Chacun doit être concerné et solidaire car c’est notre avenir et celui des générations futures qui est en jeu. Nous ne pouvons plus dépendre des problèmes de carburants et d’énergies fossiles » a-t-il conclut.


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