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La question de la responsabilité des Réunionnais

États généraux : en avant le projet réunionnais —8—

Manuel Marchal / 22 octobre 2009

Le 21 octobre 1945, les Réunionnais ont fait accéder leur pays au rang d’entité politique majeure. Un débat entre Réunionnais portant sur les propositions pour sortir de la crise s’est conclu par un vote. C’était la première fois que les Réunionnais ont décidé de leur avenir, et ce choix a été respecté par l’Assemblée nationale qui a accompagné la concrétisation du projet réunionnais. 64 ans après ce vote, à la veille de grandes décisions, les Réunionnais seront-ils considérés comme majeurs et responsables ?

Le 21 octobre 1945, le peuple réunionnais vote et choisit son destin : l’abolition du statut colonial. Cette décision est le résultat d’une longue lutte, et d’un débat. La question était de savoir quelle pouvait être l’avenir de La Réunion au lendemain de la Seconde guerre mondiale.
Certains prônaient le statu quo car ils refusaient de verser une petite partie de leurs énormes revenus à la Sécurité sociale, ou parce qu’ils refusaient de payer des impôts, ou tout simplement parce qu’ils avaient peur que l’arrivée à La Réunion de la scolarisation de masse permette à des enfants de journaliers agricoles d’acquérir des compétences suffisantes pour se libérer de la domination des gros propriétaires. En un mot, ils voulaient perpétuer une organisation quasi-féodale, où quelques uns arrivaient à prospérer parce que l’essentiel de la population était condamnée à la misère.
D’autres étaient en train de construire une alternative capable de sortir la population de la misère coloniale. Une possibilité existait : obtenir l’application de droit à La Réunion d’une des législations sociales les plus avancées au monde, celle de la France depuis de Front populaire. Mais il existait un obstacle à ce projet, c’était le statut colonial. Et seule une modification de la loi adoptée à Paris pouvait changer cette situation.
Autour de cette alternative, un rassemblement s’est construit, c’est le Comité républicain d’action démocratique et social (CRADS). Le projet du CRADS suscitait l’adhésion de la population, puisqu’au lendemain des municipales du 27 mai 1945, les listes conduites ou soutenues par le CRADS dirigeaient 12 communes totalisant 165.000 habitants, sur les 240.000 que comptait à l’époque La Réunion. Cinq mois plus tard, l’enjeu était d’élire les deux députés qui allaient porter le message de La Réunion à Paris. C’est donc un choix démocratique qui a signé la fin du débat. Et c’est par leur vote que les Réunionnais décidèrent d’élire les deux candidats du CRADS : Raymond Vergès et Léon de Lépervanche.
Ce vote est la conclusion démocratique d’un débat entre Réunionnais et il a donc fait de La Réunion une entité politique majeure. Paris ne s’y trompe pas et décide d’accompagner le projet des Réunionnais, c’est la loi du 19 mars qui abolit le statut colonial. Tout cela a été possible parce que le 21 octobre 1945, le peuple réunionnais a voté et choisi son destin.
64 ans après, La Réunion est à la veille de décisions importantes. Le 6 novembre, le Conseil interministériel décidera des réformes structurelles qui devront s’appliquer. Et on voit s’élargir le rassemblement autour du projet de la Région et du Département qui préconise la concertation des pouvoirs publics. Cette concertation vise à répondre aux questionnements que les États généraux de l’Outre-mer sont venus confirmer.
Lancée en février par le président de la République, ces États généraux posent la question de la responsabilité. Cette responsabilité, les Réunionnais l’ont prise le 21 octobre 1945 pour décider de leur avenir. 64 ans plus tard, les Réunionnais seront-ils considérés comme responsables ? Leurs propositions seront-elles respectées ?

(à suivre)

Manuel Marchal


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