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La raffinerie enterrera le développement durable

Didier Robert veut installer une industrie dangereuse et dépassée

Manuel Marchal / 18 juin 2013

Lors de son voyage en Inde, le président de la Région a signé une déclaration d’intention avec Indian Oil. Si jamais l’intention devenait réalité, la situation serait catastrophique pour notre île. Pendant des décennies, les Réunionnais seraient obligés de supporter le coût sanitaire et environnemental d’une raffinerie de pétrole !

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La raffinerie Ultramar dans la ville de Lévis au Québec. Malgré toutes les précautions, 30 accidents en 2009 dont un qui aboutit à un rejet d’eau polluée dans l’environnement. Voilà la solution de Didier Robert pour faire baisser les prix des carburants.

Depuis quelques semaines, la centrale thermique du port Est fonctionne. Cette installation sera là pour plusieurs décennies, comme l’a montré la précédente dans la ville du Port. Autrement dit, ceux qui ont décidé de construire cet équipement à La Réunion ont engagé les générations futures. Même si La Réunion arrive à atteindre l’autonomie énergétique dans 20 ans au plus tard, cette centrale thermique sera toujours là, et ce sont les Réunionnais que 2030 qui auront à la gérer.

À La Réunion, un responsable politique a signé un papier qui prévoit de laisser en héritage aux Réunionnais quelque chose de bien plus explosif. Lors de son dernier voyage en Inde, Didier Robert a signé une déclaration d’intention. Souhaitons que ce document ne débouche sur rien comme la déclaration d’intention avec l’Australie du Sud. Car s’il se concrétise, c’est la mort du développement durable à La Réunion, par la fin de l’autonomie énergétique et l’installation dans notre île d’une industrie très polluante.

En effet, la Région explique que le texte prévoit d’ « engager la réflexion pour l’implantation d’une raffinerie pour l’ensemble de l’océan Indien ».

Un tel projet, c’est tout d’abord la fin de l’autonomie énergétique. Ce type d’installation produit des carburants fossiles pour les automobiles. C’est donc un encouragement pour continuer sur le modèle actuel, alors qu’il est évident qu’il mène dans l’impasse. Il révèle donc qu’à la Région, la préoccupation c’est d’importer des énergies fossiles.

Ensuite, il est important de savoir qu’une raffinerie de pétrole, cela nécessite du foncier. L’installation a aussi besoin de beaucoup d’eau, et ses rejets font peser une menace permanente sur l’environnement. Les informations du gouvernement du Québec sont à ce sujet édifiantes (voir encadré)

Voici pourquoi la construction d’une raffinerie de pétrole serait un véritable scandale qui ne manquera pas d’être dénoncé.

Manuel Marchal

« Une raffinerie pour l’ensemble de l’océan Indien… »

Ce que prévoit la déclaration d’intention signée entre Didier Robert et Indian Oil :

« Les deux parties ont décidé de marquer cette première étape avec une déclaration d’intention intégrant les points suivants :

- faciliter la présence à La Réunion d’Indian Oil pour l’importation le stockage et la distribution de produits pétroliers (carburants, gaz...) 

- élaborer une "joint venture" 

- engager la réflexion pour l’implantation d’une raffinerie à La Réunion pour l’ensemble de l’océan indien

Il a été décidé la création d’un comité technique en vue de la préparation du cadre général (question foncière, portuaire, fiscales ; visas ...)  "Certaines priorités ont été identifiées ce matin pour donner un services de qualité à des prix très compétitif aux réunionnais (sic)"a rappelle le Président d’Indian Oil ».

(Source : regionreunion.com)
500 litres d’eau pour traiter 1.250 litres de pétrole

Alors que l’eau est une ressource précieuse, une raffinerie a des besoins considérables. Que restera-t-il aux Réunionnais ?

L’eau est indispensable aux multiples activités d’une raffinerie de pétrole. En fait, il faut un baril d’eau douce pour traiter deux barils de pétrole brut.

En conséquence, Il faut 65,89 litres d’eaux usées par baril de pétrole raffiné, ou 0,488 mètre cube d’eaux usées par tonne de pétrole raffiné.

(Source : "Bilan de conformité environnementale des raffineries du Québec)
Des rejets très toxiques

« Les principaux contaminants trouvés dans les effluents des raffineries de pétrole sont des hydrocarbures, des phénols, des composés soufrés, des composés azotés, des matières en suspension (MES) et, dans une moindre mesure, des métaux. On peut également trouver des produits particuliers, tels que des cyanures, des fluorures, des phtalates, des agents tensio-actifs, du phosphore et de l’éther méthyltertiobutylique (MTBE), dans les eaux usées de certaines raffineries qui utilisent ou fabriquent ces produits.

On sait depuis longtemps que l’ammoniac, les sulfures et les phénols, seuls ou combinés, ont des effets toxiques aigus sur les poissons. Les connaissances sur les effets des hydrocarbures sont cependant moins avancées, car beaucoup plus complexes. Des recherches portant sur les effets de toxicité chronique des effluents de pétrole ont permis de démontrer leurs effets mutagènes et cancérogènes sur les organismes aquatiques. Les génotoxines de ces effluents se trouvent majoritairement liées aux MES, plus spécifiquement aux composés organiques hydrophobes (COH), et peuvent, sous cette forme, avoir des répercussions à long terme sur la qualité du milieu récepteur.

Certains hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), dont le benzo[ a ]pyrène, sont particulièrement toxiques pour la vie aquatique. Les HAP sont des molécules persistantes en raison de leur faible biodégradabilité dans l’environnement.

Les métaux sont naturellement omniprésents dans les milieux aquatiques. Certains d’entre eux, dont le cuivre, le sélénium et le zinc, sont nécessaires aux organismes vivants, mais en très faibles quantités ; d’autres, dont le mercure, l’arsenic, le cadmium et le plomb, sont en tout temps toxiques.(…) Dans les eaux usées des raffineries, les métaux ont surtout tendance à s’adsorber aux matières organiques en suspension, ce qui diminue leur biodisponibilité dans la colonne d’eau, mais augmente leur concentration dans les sédiments, qui deviennent alors une source de pollution potentielle.

D’autres hydrocarbures, dont le benzène et le toluène, font partie du groupe des composés organiques volatils (COV). Ce type d’hydrocarbures s’évapore rapidement à partir des eaux de surface ou demeure emprisonné dans les eaux souterraines sur une période plus ou moins longue. Dans un cas comme dans l’autre, en raison de leur nature toxique et leurs multiples voies de pénétration dans les organismes (inhalation, absorption par la peau ou ingestion), ces hydrocarbures portent atteinte aux organismes du milieu dans lequel ils se trouvent.

(Source : "Bilan de conformité environnementale des raffineries du Québec)
Des dizaines de fuites par an

Le Québec est un pays hautement développé. Le principe de précaution est donc une valeur fondamentale. Cela n’a pas empêché les trois raffineries de ce pays de connaître des dizaines d’accidents en 2009. Voici un aperçu relevé par le gouvernement du Québec :

« Pétro-Canada/Suncor Énergie

Relativement à la raffinerie Pétro-Canada et à ses dépendances (parcs de réservoirs, quai, corridors de pipelines, etc.), 24 événements ont été rapportés au Ministère. De ce nombre, cinq ont nécessité un suivi environnemental par le Ministère.

Shell

Relativement à la raffinerie Shell et à ses dépendances (parcs de réservoirs, quai, corridors de pipelines, etc.), 76 événements ont été rapportés. De ce nombre, dix ont nécessité un suivi environnemental par le Ministère et dix concernent des débordements d’eaux pluviales non traitées dans le fleuve.

Ultramar

La raffinerie Ultramar a rapporté 30 événements liés à des fuites et à des déversements de produits pétroliers et d’autres substances toxiques relativement à ses installations de Lévis. Précisons que 16 de ces événements ont nécessité un suivi environnemental par le Ministère. Un de ces événements concerne un débordement d’eaux pluviales non traitées dans l’environnement. »


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