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La récession s’installe en France

Aggravation de la crise

Céline Tabou / 16 mai 2013

Selon les chiffres de l’Institut national de la statistique, le produit intérieur brut (PIB) a diminué de 0,2% au premier trimestre 2013 par rapport aux trois mois précédents. La récession s’installe depuis 2009 en France.

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La récession montre que le plus dur de la crise est devant nous. La France est pressée par la Commission européenne de faire des choix, et dans 15 jours le RSTA est censé prendre fin. 40.000 Réunionnais vont-ils voir leur salaire diminuer ?

La nouvelle arrive au moment où François Hollande est à Bruxelles, pour aborder auprès de la Commission européenne, des réformes structurelles réclamées en contrepartie du délai de 2 ans donné à la France pour atteindre 3% de déficit. Pour le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, Paris maintiendra sa prévision de croissance de +0,1% en 2013 et son objectif d’inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année.

« Pas une surprise »

D’après Pierre Moscovici, la situation économique du pays est «  largement due à l’environnement de la zone euro » . Dans un contexte morose, le ministre a réaffirmé l’intention du gouvernement de « muscler encore nos dispositifs économiques, mobiliser toute notre énergie pour créer des emplois (...). Tout cela doit nous inciter à avoir une politique européenne qui se mobilise pour la croissance » et pour « l’emploi ».

L’exécutif anticipe un début de croissance au second semestre, « aidé par le contexte européen et les mesures prises en France  », a expliqué à l’Agence France Presse, des responsables. Ces derniers ont évoqué le pacte de compétitivité qui prévoit un crédit d’impôt pour les entreprises et les faibles taux d’emprunt de Paris. Malgré les tentatives d’apaiser la situation, l’INSEE a confirmé mercredi 15 mai, le recul historique du pouvoir d’achat des Français en 2012, à -0,9% soit plus du double de la première estimation de -0,4%.

La France aura du mal à relancer son activité économique, alors qu’elle a obtenu de Bruxelles un délai de deux ans jusque fin 2015, pour ramener son déficit public à 3% du PIB. Pour Chris Williamson, économiste en chef du cabinet Markit qui publie l’indice PMI (indicateur avancé de la conjoncture), « le recul constaté en France est moins fort que ne le suggèrent le PMI et les enquêtes de l’INSEE auprès des entreprises » ce qui « laisse présager que la santé de l’économie est dans le fond pire encore que ne le révèlent pour l’instant ces chiffres décevants du PIB ».

Le déficit public de la France (État, Sécurité sociale, collectivités locales) est évalué par l’INSEE à 4,8% du PIB en 2012 contre 5,3% en 2011. Cette amélioration est due à "une hausse des recettes plus rapide que celle des dépenses".

D’importantes conséquences à La Réunion

La Réunion devra également faire face aux conséquences de la récession en France avec notamment la diminution des dépenses publiques, à travers la fin du RSTA, de la défiscalisation et les débats autour de la sur-rémunération. De plus, la baisse de l’activité et la hausse du chômage à venir avec le nombre décroissant de créations d’entreprises devraient peser sur l’économie réunionnaise.

Parmi les inquiétudes, de nombreuses organisations ont pointé du doigt la fin prochaine du revenu supplémentaire temporaire d’activité (RSTA), dispositif dont bénéficient plus de 40.000 Réunionnais (donnée de la Caisse générale de la sécurité sociale, sur l’INSEE. 2009).

Autre point central, le débat autour de la sur-rémunération qui intervient alors que l’État souhaite faire des économies pour répondre aux objectifs de Bruxelles. En effet, les transferts publics constituent 40% du PIB, et une grande partie de pourcentage vient de la sur-rémunération.

Dans son bilan macro-économique 2000-2010, publié en avril 2013, l’INSEE évoquait « le déclin du modèle de croissance réunionnais basé sur une consommation dynamique et un investissement stimulé par des aides fiscales et une commande publique forte » . En effet, la baisse du pouvoir d’achat des Réunionnais et la remise en cause des grands travaux ont plombé l’économie réunionnaise, qui « doit ainsi faire face aujourd’hui à une rupture de son modèle économique, qui nécessite d’identifier de nouveaux relais de croissance » , a noté l’INSEE.

Dès lors pour « poursuivre l’objectif de rattrapage économique et social » par rapport à la France, La Réunion « ne doit négliger aucun axe de développement », notamment les secteurs créateurs d’emploi et d’activité, tels que le service à la personne, la protection de l’environnement, la construction, entre autres, et le co-développement. Dans sa prochaine intervention télévisée ce soir, le chef de l’État devrait évoquer sa rencontre à Bruxelles et peut-être annoncer de nouvelles mesures d’économie.

Céline Tabou

Le rôle de la consommation intérieure

L’INSEE a revu à la baisse la consommation des ménages en 2012, à 0,4%, auparavant estimée à 0,1%. Cette diminution est la première depuis 1993, mais aussi la plus inquiétante. Selon les explications de Jean-Christophe Caffet, économiste chez Natixis, cité par l’AFP, « Le moteur intérieur qui a été le principal facteur de croissance ces dix dernières années a été complètement brisé : pour des raisons fiscales, partage de revenus dans les entreprises (modération salariale et emploi qui se dégrade), crédit qui ne repart pas, marché immobilier qui s’ajuste ». De plus, « tous les facteurs qui pouvaient soutenir les dépenses des ménages — qui représentent 60% de l’activité — font que le PIB recule ». Cette situation serait les « premiers effets de l’austérité » dues aux décisions budgétaires prises par le gouvernement socialiste depuis un an, a indiqué l’économiste.

Cependant, au premier trimestre 2013, les dépenses de consommation des ménages sont quasi stables de -0,1% contre 0,0% précédemment. « Malgré un rebond des dépenses d’énergie-eau-déchets (+5,0% après –0,4%) dû à un hiver particulièrement rude, les dépenses en produits manufacturés se replient (–0,9% après +0,1%), notamment celles en automobiles (–5,8% après 0,0%). Par ailleurs, les dépenses en services sont atones (–0,1% après +0,2%), avec notamment un repli dans l’hébergement-restauration et les services de transport ».
François Hollande tentera de convaincre Bruxelles

Le président François Hollande a rencontré, mercredi 15 mai, les 27 commissaires européens, afin d’assurer la Commission européenne de la tenue des objectifs du pays. Pressé par Bruxelles d’engager des réformes en échange d’un délai de deux ans pour tenir ses engagements budgétaires, François Hollande devra revenir dans les limites de ses engagements budgétaires sans stopper sa croissance. Pour cela, le gouvernement va « assainir les finances publiques tout en préservant la croissance, en retrouvant l’emploi et en préparant l’investissement pour l’avenir », a expliqué un responsable, « où l’on entend faire de la démarche de la France un modèle européen », a indiqué l’AFP.

La Commission européenne a accordé un nouveau délai de deux ans à la France pour ramener ses déficits publics sous la barre des 3% du PIB. D’après José Manuel Barroso, la commission est en train d’analyser les récentes propositions du gouvernement et conjoncture actuelle, « le verdict tombera le 29 mai », a-t-il indiqué. La pression monte pour Paris, notamment avec les déclarations du commissaire européen chargé des Affaires économiques, Olli Rehn, qui a exhorté début mai le gouvernement français à mettre en oeuvre des actions « audacieuses ». Celles-ci se traduisent par une « stratégie budgétaire de moyen terme crédible doit s’accompagner de réformes structurelles substantielles en matière de marché du travail, de système de retraites et d’ouverture des marchés », selon Olli Rehn.


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