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La Région bato fou

Conférence de presse de l’Alliance

Geoffroy Géraud-Legros / 3 juin 2011

Outre qu’elle n’a engagé aucune avancée, la visite de Marie-Luce Penchard souligne les incohérences d’une année de gestion régionale par l’UMP.

« Grand causeur, ti faiseur », s’exclame le conseiller régional Philippe Jean-Pierre à l’adresse du président de la Région Réunion. Et d’énumérer les incohérences de ce dernier dans une série de domaines-clefs de la vie économique du pays, alors que, nous explique l’élu et économiste renommé, « tous les indicateurs sont alarmants : alors que l’Europe commence un peu à émerger, nous demeurons en récession ». Un arrière-plan de marasme qui souligne l’absurdité de « l’abandon des grands chantiers », et pointe le manque de fond de la visite de Mme Penchard, venue, ironise Philippe Jean-Pierre, « sauver le soldat Robert ».

« Publicité mensongère »

Celle-ci n’a « pas daigné rencontrer les acteurs économiques et sociaux », souligne sa collègue, le Dr Catherine Gaud, qui, à l’instar de l’universitaire, dénonce le « manque de vision » général de la Direction régionale. « Gouvernance illisible, absence de programmation pluri-annuelle des investissements, uniquement de la communication et des pages achetées dans les journaux » : pour l’économiste, « l’arbre de la com’ ne peut plus masquer l’absence d’action ». Communication qui, ajoute Michel Lagourgue, « s’apparente à de la publicité mensongère ». Comment peut-on, s’indigne ce juriste, « montrer aux Réunionnais des projections, des beaux dessins représentant une route à 8 voies, alors que le projet, qui d’ailleurs ne se réalisera pas, n’en compte que 6. On montre des bandes d’arrêt d’urgence qui n’existeront pas », ajoute-t-il. L’avocat s’interroge aussi sur les « manipulations de chiffres : comment un projet peut-il perdre 100 millions de coûts en quelques semaines dans les estimations ? Tout cela », précise Michel Lagourgue, n’est que volonté d’affichage, et rien d’autre. Ira-t-on jusqu’à poser des grues en 2013, pour faire croire que les travaux ont commencé ? ».

« Ils ne voient rien, n’écoutent rien, ne vont nulle part »

La cohérence n’est pas plus présente dans les choix culturels, constate Aline Murin-Hoarau. La conseillère régionale, enseignante et militante culturelle de premier plan, rappelle la « campagne de dénigrement mené contre la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise » (MCUR). Le candidat Didier Robert et ses proches, dont Jean-François Sita, l’actuel vice-président chargé de la Culture, « n’ont cessé, en campagne, de refuser toute solution muséale. L’argument, qui n’avait d’ailleurs guère de sens, était de ne pas “enfermer la culture réunionnaise” ». « A entendre l’UMP, la culture devait se répandre partout, dans les rues. Or, on apprend aujourd’hui que des crédits équivalents à ceux de la construction de la MCUR seront investis dans la rénovation de Stella Matutina, à Saint-Leu, et de la Maison du Volcan, au Tampon. Donc, la Région s’en remet finalement aux solutions muséales, qu’elle avait tant décriées auparavant. On peut s’en réjouir. En revanche, pourquoi avoir focalisé tous ces crédits, autant d’argent, sur deux établissements qui ne résument que des aspects limités de notre culture ? Pour le même coût, la MCUR couvrait l’essentiel des pratiques culturelles, de l’histoire passée, vivante, mais aussi de la vision de La Réunion de demain. Sans compter, ajoute Aline Murin-Hoarau, la désorganisation et l’absence de transparence de toutes ces initiatives. Ces tendances ont été soulignées par mes collègues dans les domaines de l’aménagement du territoire et de la politique économique. Je dois dire qu’elles sont aussi à l’œuvre dans le domaine culturel. On ne sait pas où on va. Ainsi, la Région a décidé de donner 400.000 euros au Sakifo. Sans explication pour cette grosse dépense. Et il n’y a pas eu de compensation des billets, dont auraient pu profiter les plus pauvres. La visite de Marie-Luce Penchard, ajoute-t-elle, « n’a rien apporté dans le domaine de l’enseignement. Alors que nous sommes minés par l’illettrisme, qui touche environ 120.000 personnes, il n’y a pas de dialogue sur le problème des fermetures de classes. Le gouvernement est à l’image de ses représentants ici : il n’écoute pas, ne voit rien, ne va nulle part ».

« Les ministres passent, et rien ne change »

Pas plus d’écoute du côté des étudiants, affirme Béatrice Leperlier, qui évoque la grave question de la fermeture des filières lettres-sciences humaines au Tampon. « C’est une sorte de rituel : un ou une ministre vient à La Réunion, il ou elle se défile lorsque nous voulons lui parler. On envoie systématiquement aux jeunes des conseillers ou je ne sais quels collaborateurs. Lesquels “écoutent”, mais ne disent rien, ne proposent rien, et d’ailleurs ne sont absolument pas au fait des dossiers. C’est lamentable ». Du côté de la Région, « pour voter des motions, ça, on vote des motions. Mais pour se mobiliser réellement, il n’y a personne. Et la véritable question demeure posée : comment feront ceux qui ont entamé un cursus au Tampon et devront passer à Saint-Denis ? Personne ne s’en inquiète, en revanche, on n’est pas avare de commentaires douteux : on a entendu certains se moquer des étudiants qui veulent “la Fac à 5 minutes de chez eux”. Quel mépris pour les étudiants qui n’auront pas les moyens de leur mobilité ! Le fond du problème est le désengagement de l’État, de plus en plus affirmé… Et la rupture d’égalité, le recul dans la démocratisation des enseignements. Les ministres passent… et rien ne change ».

GERRI, emballage vide

Au final, le manque de cohérence, d’application et de prévoyance est aussi présent du côté ministériel que du côté régional, rebondit Maya Césari. Dans le domaine énergétique, rappelle cette biologiste, enseignante à l’Université de La Réunion, « il est surréaliste de voir Mme Penchard venir faire la promotion de GERRI, alors que son gouvernement l’a vidé de son sens. GERRI a été conceptualisé en 2007 rappelle-t-elle. Nous sommes en 2011, et on ne peut pas dire que le gouvernement ait fait diligence ».
Autre incohérence de taille, « la suppression de la géothermie par l’UMP locale, validée par Paris. Comment ne pas trouver invraisemblable que dans une île volcanique, on s’interdise volontairement d’utiliser l’énergie thermique ? ». Cette majorité, martèle la jeune femme, « s’est construite sur le refus populiste de tous nos projets. Elle les a dégradés, caricaturés dans l’opinion, avant de les démanteler ».
Revenant sur GERRI, Maya Césari s’interroge sur le remplacement à la présidence de Jacques de Châteauvieux, « qui a préféré démissionner que d’endurer le mépris tel que celui affiché par M. Sarkozy lors de sa visite », par Guy Dupont. « Oui, nous soutenons M. Dupont. Mais que pourra-t-il bien faire ? Il est déjà très occupé, et surtout, GERRI n’est qu’un emballage vide, un paquet-cadeau sans contenu ».

Geoffroy Géraud-Legros


« On ne peut admettre que la situation soit volontairement dégradée »

Rejoignant les élus, Paul Vergès a rappelé avec quelque ironie les déboires de Marie-Luce Penchard. « Un séjour dans des conditions éprouvantes : sortant d’un débat avec les parlementaires de l’Outre-mer qui a tourné en véritable réquisitoire contre sa politique, la ministre est accueillie ici par deux pages de récriminations dans la presse, formulées par la plus forte organisation patronale du pays ». Un contexte qui n’a pourtant pas incité la ministre à la prudence verbale, puisque, rappelle le président de l’Alliance, « elle a abordé entre deux portes le problème-clef de la sur-rémunération. Une question-clef, qui recouvre non seulement les revenus de la fonction publique, mais aussi des conventions collectives, comme dans le secteur des banques. Mme Penchard dit : “après 2012, on règle le problème. Ce sera un séisme. Un tsunami” ».
Moins de conséquences encore du côté de Didier Robert « qui, au moment où sa ministre parle de supprimer la sur-rémunération, au moment où les rabotages se font plus douloureux encore, lui dit qu’il faut augmenter de 53% les salaires dans le privé ». « Tout cela n’a pas de sens ».
Interrogé par la presse, celui qui fut l’architecte du Protocole de Matignon a rappelé l’impossibilité technique, et financière, qui frappe la construction de la route littorale : « la Région a renoncé à la clause de révision, qui permettait de faire assumer les inévitables surcoûts par l’État. La route du Littoral ne verra pas le jour. Le Trans-éco-express est mort. Où sont les chantiers ? On gaspille l’argent du protocole. Des priorités, on fait des retards. On ne peut pas admettre que la situation soit ainsi dégradée, et qu’elle le soit volontairement ».


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