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La Région i occupe nout culture

À la Commission permanente…

Geoffroy Géraud-Legros / 22 octobre 2010

Lors de la Commission permanente d’avant-hier, la direction de la Région a présenté son programme d’actions dans le domaine culturel. Coûteux et décevant.

La Commission permanente d’avant-hier a livré bien des pépites. Il y a eu la validation des kilomètres parcourus par Didier Robert, Jean-Louis Lagourgue, Fabienne Couapel-Sauret, Dominique Fournel, partis accompagner Didier Robert à Matignon : pas donné.
Il y a eu l’octroi d’une aide à l’entreprise « Mobius », détenue à 66% par Yann de Prince, patron du MEDEF-Réunion, contre l’avis du service chargé d’examiner sa conformité par rapport aux règles en vigueur. Motif : la subvention est réservée aux entreprises qui n’ont pas licencié. Mobius a licencié, et n’y est donc pas éligible. La direction UMP est passée outre et a octroyé tout de même l’aide à la société de Yann de Prince. Tarif : 121.000 euros. Mais c’est dans les dossiers de la culture et du tourisme que l’on trouve les plus belles perles.

De “la Ronde des Régions” à Adélaïde…

L’opinion a gardé en mémoire “la Ronde des Régions” de juin dernier, où une association proche de la mairie du Tampon avait obtenu une somme rondelette en un temps record, grâce à quelques lignes sur courrier simple. Destination : Montélimar, ou en fait de « promotion » de notre île, les participants ont eu droit à un peu de folklore et aux fautes d’orthographes et d’expression de Jean-François Sita. Budget : près de 300.000 euros. “La Ronde des Régions” a continué à tourner. “Témoignages” y reviendra. Mais l’une des propositions les plus frappantes est celle du voyage à Adélaïde, projet ficelé il y a peu par M. Sita au terme d’un — très — long voyage préparatoire en Australie.

…. la Région sans La Réunion

But revendiqué de l’opération : promouvoir La Réunion en Australie, à l’occasion du “French Festival”. Un simple examen du dossier prévisionnel montre que le contenu donné par la Région à cette manifestation ne légitime en rien les sommes considérables qui y sont investies. Mis à part les concerts de musiciens reconnus (dont certains semblent réellement avoir les faveurs de la direction de la Région), les actions étalées sur 10 jours se limiteront à des dîners, à des présentations de « l’art de la table français » par des élèves du CENTHOR. Seule dimension intéressante, le voyage de 25 lycéens et 4 apprentis. Grand absent de ce déplacement de Réunionnais sur l’île-continent : la culture réunionnaise. Ainsi, l’action 11, “cuisine et pâtisseries françaises” ne laisse aucune place à l’art culinaire réunionnais. Au menu : bœuf bourguignon, veau marengo, fricassée de volaille, poulet chasseur, lapin à la moutarde. Dessert : bavarois aux fruits, tartes aux fruits, variantes sur pâte à choux. La Réunion n’est présente que dans les jus qui serviront à faire les cocktails suivant : Blue lagoon, Gin Fizz, Pinacolata. En guise de pousse-café : une « activité formative » d’« apprentissage de l’art de la table à la française », dont « les règles de préséance ». On ne voit pas bien où se situe la promotion de notre pays et de ses particularismes dans ce programme…

Geoffroy Géraud-Legros



Gaspillage de fonds publics

Avec environ 160.000 euros sur un total de 289.000 euros, le projet prévoit de faire financer plus de la moitié du projet par le POCT, issu des fonds européens du FEDER obtenus par la précédente mandature de 2007 à 2009. Des moyens financiers normalement destinés à soutenir le co-développement, c’est-à-dire l’échange de compétences, de savoir-faire et la création de partenariats gagnant-gagnant dans l’environnement géographique réunionnais. Au cours de la crise que nous traversons, le co-développement est effectivement l’une des pistes à privilégier pour parvenir à la reprise. Malheureusement, le déplacement d’Adélaïde n’a pas grand-chose à voir avec le co-développement. Tout cela à plutôt l’allure d’un voyage organisé, dont la pratique de la langue anglaise sera sans doute le seul point positif pour la formation des jeunes participants. Une utilisation bien légère des fonds européens, à l’heure où chaque euro compte…



Un déficit de transparence bientôt réparé grâce à Fabienne Couapel-Sauret ?

En 2007, la signature du Protocole de Matignon proprement dit n’avait coûté qu’un seul billet d’avion à la région, celui de Paul Vergès. Pour signer les accords modifiés, la collectivité a financé les déplacements de 5 de ses membres. Sans doute, aussi, leur hébergement. Nous écrivons « sans doute », parce que mis à part la validation des ordres de mission, rien ne transparaît de ces opérations. Il n’y a pas si longtemps, Fabienne Couapel-Sauret, alors dirigeante d’une association qui demandait la transparence et la vérité, exigeait une transparence complète des dépenses publiques et des revenus des élus. Sans doute, ne tardera-t-elle pas à mettre au point un dispositif permettant de rompre avec l’opacité qui prévaut aujourd’hui sur ce chapitre… et à rendre publics ses propres revenus et ses dépenses de déplacement.



Lo rhum la pa bon mèm

L’une des actions proposées dans l’opération Adélaïde se rapproche un peu plus de la valorisation de notre patrimoine que le veau marengo. Il s’agit d’une dégustation de nos rhums, à l’intérieur d’un stand aux couleurs d’un fabricant local. Problème : selon le document prévisionnel « la possibilité de vendre du rhum sur place semble difficile ». Solution : faire une dégustation (payante, s’interroge-t-on) et « s’associer à un distributeur local disposer à revendre [les bouteilles] en dehors du “French Festival” ». On va donc se rendre à un festival avec des bouteilles de rhum, sans pouvoir les vendre et peut-être même sans pouvoir le faire goûter aux festivaliers. C’est bien la peine d’y aller…


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