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La Région Réunion doit la transparence

500 millions pourquoi faire ? Combien paiera la population ?

Manuel Marchal / 9 décembre 2011

« La Région o ki ? » Cette annonce à la une de notre journal hier a suscité des inquiétudes chez bien des contribuables, et beaucoup s’interrogent : la route du littoral se fera-t-elle ? Quelle sera la contribution de l’État ? Combien le banquier va-t-il gagner dans cette opération ? Le 28 novembre dernier, le gouvernement a demandé aux collectivités de faire la transparence sur leurs dépenses. Où est le rapport sur l’évolution des dépenses de la Région Réunion ? Celui qui paie doit savoir !

Les conséquences de la mauvaise gestion du gouvernement sont désastreuses : c’est toute la finance française qui plonge, et les collectivités avec (voir encadré). Le gouvernement a clairement désigné les pouvoirs locaux co-responsables de cette faillite, et il exige la transparence : les Régions devront publier un rapport sur l’évolution de leurs dépenses a dit le Premier ministre.
Hier, les menaces sur la perte de la note triple A de la France se sont précisées. Cette dégradation aboutit à une hausse du coût de la dette. C’est pourtant cette période d’aggravation qui est choisie par Didier Robert pour endetter les Réunionnais de 500 millions d’euros. Selon les informations parues dans le "JIR", le remboursement s’étale sur 40 ans avec un taux d’intérêt de 3,25% révisable, indexé sur le taux du livret A avec une majoration. Sur la base d’un taux fixe à 3,25%, les contribuables devront payer 1,7 milliard. Mais le « redoutable négociateur » n’a pas pu obtenir un taux fixe.

Combien va gagner le banquier ?

La première question qui se pose est la formule de révision du taux d’intérêt. Quelle est cette majoration ?
Parmi les faits qui peuvent entrer en ligne de compte figure le renchérissement quasi-certain du coût de l’argent pour la Caisse des dépôts et la Région Réunion. Car la perte du triple A français entraîne la dégradation des notes du banquier et de son client. Avec une note baissée, la CDC aura des frais plus élevés. Quelle répercussion sur les intérêts que les Réunionnais devront payer ? Autrement dit, combien le banquier va gagner dans cette affaire ?
La seconde question est celle de la santé financière de la Région. Didier Robert a plombé le budget par des dépenses clientélistes : distribution annuelle de 18.000 bons de 500 euros pour des ordinateurs, distribution de bons de réduction sur les billets d’avion, arrosage des collectivités (les prospectus publicitaires de la Région font état de 300 millions d’euros distribués aux communes), et explosion certaine du budget publicitaire de la collectivité. En effet, on ne devient pas le premier annonceur de La Réunion devant les marchands de voitures, les vendeurs de téléphones et la grande distribution sans que cela coûte en argent public.

Où est l’argent du gouvernement ?

Le gouvernement demande aux collectivités de fournir un bilan financier. Didier Robert, dirigeant UMP, ne peut pas être en deçà de la demande de son Premier ministre. Au lieu de court karté signer un papier à Paris, il a beaucoup mieux à faire : la transparence sur les dépenses de la Région Réunion est due à la population.
La troisième question concerne la route du littoral. Ce prêt est contracté par la Région, qui met donc 500 millions d’euros sur la table. Le minimum pour le gouvernement, c’est de débloquer immédiatement ce qu’il doit payer dans ce chantier. À moins que tout comme le montrent les décisions politiques de Didier Robert, l’État soit tout aussi convaincu qu’il n’y aura pas de route du littoral tant que le représentant de Sarkozy à La Réunion sera à la Région.
D’où cette question ultime : 500 millions d’euros pourquoi faire ?

 M.M. 

Pertes de crédibilité en cascade

Dans son édition datée d’hier, "Le Monde" explique que la dégradation de la note de la France aura des conséquences dans tous les domaines. La Poste, EDF, France Télécom, la Caisse des dépôts et consignations, les entreprises où l’État est actionnaire comme Air France vont connaître une baisse de leur note, et donc un coût du crédit plus cher. Le même sort sera réservé aux collectivités. Extrait :

« Le retrait du triple A provoquerait des dégradations de notes en cascade pour tous les organismes publics dits "subsouverains" : collectivités territoriales, entreprises ayant l’État à leur capital et entreprises bénéficiant de la garantie implicite de l’État. "Le triple A protège l’économie française. Il ne faut pas minimiser l’impact de son éventuelle perte", déclare l’économiste Christian Saint-Étienne.

En France, les grands émetteurs de dettes, que sont la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades), l’Unedic ou Réseau ferré de France (RFF), tous notés AAA, verraient sans doute, comme toutes les agences publiques garanties par l’État, leur note de qualité de crédit abaissée. Cela renchérirait leurs coûts de financement, au détriment de leur situation financière.

Ce serait aussi le cas de La Poste ou de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), puissant soutien financier des politiques publiques (logement, rénovation urbaine, etc.) et, dans le contexte de crise, pivot pour des opérations de sauvetage d’établissements en difficultés.

La perte du triple A de la CDC serait pour le moins malvenue, alors que l’institution doit piloter le démantèlement de Dexia — l’ex-numéro un du financement des collectivités locales, sauvé de la faillite par la Belgique et la France début octobre — et, dans le même temps, secourir l’assureur mutualiste Groupama, en l’aidant à solder ses investissements immobiliers ! Les entreprises cotées en Bourse, dont l’État est directement l’actionnaire, seraient aussi malmenées par cette perte du triple A : EDF, Aéroports de Paris, GDF Suez, Safran, Thalès, Air France KLM, EADS, France Télécom, Renault, CNP. Leurs notes pourraient être abaissées et le prix de leurs CDS, s’envoler.

De leur côté, les collectivités territoriales, dont l’État est le garant in fine, qui pour certaines se financent sur les marchés (comme la région Ile-de-France), souffriraient aussi. Et que dire des banques, dont les investisseurs considèrent, depuis la crise financière de 2008 et la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, qu’elles bénéficient du soutien d’un État "prêteur en dernier ressort" ».


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