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« La Région va droit dans le mur »

L’Alliance vote contre le Budget 2013

Céline Tabou / 15 décembre 2012

Les conseillers régionaux se sont réunis hier vendredi en assemblée plénière pour voter le budget primitif 2013 et l’ouverture d’une autorisation de programme de la Région jusqu’en 2022 — sur les 10 prochaines années — pour le financement des travaux de la future route du Littoral. Une autorisation de programme d’un montant de 1,6 milliard d’euros.

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« L’année 2013 apparaît comme celle de tous les dangers » , a déclaré Catherine Gaud. En effet, la crise économique et financière en Europe et dans le monde entraîne des « perspectives les plus pessimistes » , pesant sur les finances de l’État, des collectivités et des ménages. De plus, le flou autour du prochain budget européen et des accords de partenariats économiques pour La Réunion, laissent planer des doutes sur l’avenir des Réunionnais.

Un budget basé sur la nouvelle Route du Littoral

Le budget primitif 2013 présenté par Didier Robert s’oriente principalement autour du financement de la nouvelle route du littoral, dont le montant est fixé à 1,632 milliards d’euros. Les élus de l’Alliance ont expliqué que la faisabilité de cette route était compromise notamment, suite aux dernières données publiées par la Banque Mondiale sur le changement climatique. Remarque raillée par les élus de la majorité qui ont insisté sur la faisabilité de la nouvelle route et de son coût inchangé. Cependant, les élus de l’Alliance ont rappelé que ce coût était «  irréaliste, au regard des aléas inévitables inhérents à un tel chantier  », tels que la hausse des prix des matières premières, des retards de chantiers, etc. De plus, si la Région tient à respecter jusqu’à 2021 « une hausse moyenne annuelle de dépenses de fonctionnement de 1,8% » , la collectivité « ne pourra mobiliser ses propres fonds ainsi que ces capacités d’emprunts » .

Les élus ont mis en évidence la sous-estimation des dépenses, «  en 2012, les dépenses de fonctionnement avaient également augmenté de 13,1% par rapport à 2011. On peut donc douter de la capacité de la Région à rompre avec l’évolution observée depuis deux ans et à freiner ses dépenses de fonctionnement durant les sept prochaines années afin de respecter les prévisions affichées par le plan pluriannuel d’investissement  ». De plus, comme l’a rappelé Didier Robert, le montant des investissements ne devrait pas dépasser 172 millions d’euros par an à partir de 2014, hors route du littoral, aéroports et Trans Eco Express. L’Alliance a noté qu’au budget 2013, « c’est 342 millions d’investissements hors route du littoral qui sont prévus. Comment croire que le volume annuel des investissements sera contenu au-dessous d’un plafond de 172 millions, surtout en l’absence du recensement des investissements programmés et des arbitrages à opérer ? ».

Des prévisions pas crédibles

Ces prévisions alarment l’opposition qui dénonce « une gestion irréaliste » , d’autant que la diminution de l’épargne de la collectivité pourrait couper les moyens à la Région de faire face à des aléas inévitables. D’ailleurs, les élus de l’Alliance craignent que «  toutes les capacités financières de la Région risquent d’être absorbées par le financement de la nouvelle route du littoral » , alors la Région «  n’aura plus les moyens de maintenir un haut niveau d’investissement » , moyen de créer de l’activité et des emplois à La Réunion. L’Alliance a indiqué que «  les prévisions budgétaires de la Région n’apparaissent pas crédibles. Leur sincérité ne pourra être sérieusement appréciée que si la Région remplit deux conditions : une évaluation réaliste de la nouvelle route du littoral dans le PPI et la communication aux élus du recensement et l’identification des dépenses annuelles de fonctionnement et des opérations d’investissements prévues chaque année jusqu’à 2021  ».

Les élus de l’Alliance ont voté contre le budget primitif 2013. Ils n’ont pas eu de réponses à leurs interrogations, notamment sur la temporalité des aides de l’État pour la route du littoral, le montant disponible sur le solde antérieur de 2004, quel est l’engagement des banques vis-à-vis de ce financement, quelle capacité bancaire allouée pour la route du littoral ? Au delà de ces questions sur la route du littoral, d’autres questions sur le budget ont été posées, notamment la résidence Cadjee allouée à qui ainsi que le bâtiment Foucque et où en étaient les projets 2.000 bus et la géothermie ?

Céline Tabou

Un « budget prévisionnel fantaisiste »

Dans un avis des commissions du Conseil Economique, Social et Environnemental Région (CESER) sur le projet de budget primitif de la Région Réunion pour 2013, les conseillers ont regretté avoir reçu les différents documents relatifs au budget que « tardivement et parfois même de manière incomplète » . Le conseil a réitéré sa demande de disposer de l’ensemble des documents afin d’émettre un avis complet. En ce qui concerne le secteur « affaires générales et financières », le CESER a pointé une évolution de +13,6% en fonctionnement et une diminution de 3,4% des investissements en crédits de paiement. Ce constat a entraîné la réaction de Camille Sudre, qui a dénoncé un « budget prévisionnel fantaisiste » , car la diminution de l’investissement au profit du fonctionnement s’avère «  dénaturer la structure budgétaire de la Région » , a indiqué l’élu.

Dans la suite des avis donnés par le CESER, les élus de l’Alliance ont dénoncé une « détérioration de la structure budgétaire » pour l’année 2013. Ces derniers ont donné l’exemple de la hausse des dépenses de fonctionnement, notamment des frais généraux passant de 40 millions en 2010 à 53 millions en 2012 et 65 millions en 2013, ainsi que les coûts de rémunération du personnel, passant de 20,5 millions en 2011 à 30,2 millions en 2013. En ce qui concerne le niveau « médiocre » d’investissement met en évidence des crédits de paiement pour l’investissement passant de 636 millions d’euros en 2010, contre 448 millions d’euros au Budget primitif de 2012. L’Alliance a également dénoncé la stagnation des recettes fiscales et des subventions, nécessitant à un recours à l’emprunt de 205 millions d’euros.


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