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La Région veut-elle relancer l’affrontement institutionnel ?

Après la prise de position sur le prix des carburants

Manuel Marchal / 3 septembre 2012

La prise de position du Conseil régional au sujet du prix du carburant montre que cette collectivité est clairement dans l’opposition au gouvernement. Jusqu’où ira cette attitude ?

Au cours de la campagne de la présidentielle en France, le prix des carburants était une question centrale. Chaque hausse renforçait l’impopularité de Sarkozy et de son gouvernement. Car pendant que le pouvoir d’achat du peuple baissait, les bénéfices des actionnaires des compagnies pétrolières augmentaient.

À La Réunion, le représentant de Nicolas Sarkozy durant la campagne était le président de la Région. Fin janvier, Didier Robert accompagne l’ancien président de la République en Guyane pour participer à la cérémonie des vœux à l’Outre-mer. À son retour, il imite le chef de son parti en présentant lui aussi ses vœux. Dans son discours, il annonce que le prix de la bouteille de gaz va baisser pour être gelé à 15 euros. Ce seront les fonds publics qui paieront la différence aux compagnies pétrolières. Il est clair que cette mesure visait à préparer la visite électorale de Sarkozy. Mais aussitôt, le président de la Région a été débordé, sommé qu’il était d’apporter une solution à la revendication de baisse de 25 centimes du prix du litre de carburant.

Subvention sans compensation en mars

Le mouvement des automobilistes et des transporteurs a ensuite brutalement évolué vers des émeutes dans la moitié des communes de La Réunion. Alors que le peuple manifestait devant la préfecture, la Région et le Département ont décidé de tenter de ramener le calme en subventionnant des prix. Didier Robert a ainsi décidé de faire financer par la Région un gel des prix des carburants. Cet engagement était sans contrepartie. Le président de la Région aurait pu demander à l’État de financer ce gel. Car en 2009 aux Antilles, l’État était intervenu pour subventionner la baisse des prix des carburants. Ce sont des dizaines de millions d’euros qui ont ainsi été transférés des caisses de l’État vers celles des compagnies pétrolières.
Rien de tout cela à La Réunion : la Région allait assumer seule la facture sans rien demander à Paris. Le délai du gel recouvrait toute la période électorale de la présidentielle et des législatives : du 1er mars au 31 juin.

Cette décision eut une conséquence : à la différence de la France, la question du prix des carburants n’était pas un des facteurs décisifs de la campagne présidentielle. Malgré ce cadeau fait à Sarkozy, ce dernier a été laminé, et l’UMP n’a eu aucun député. Dès le 1er juillet, le prix des carburants est revenu au centre des débats.

En France, le nouveau président s’était engagé sur un gel des prix le temps que toute la structure des prix des carburants soit remise à plat. Cette mesure ne venant pas, l’impatience grandit à chaque hausse.

En urgence, une solution a été trouvée la semaine dernière. Le ministre de l’Économie a annoncé une baisse financée pour moitié par les pétroliers, et pour moitié par l’État via une diminution des taxes de 3 centimes.

Demande de compensation aujourd’hui

À La Réunion, ce n’est pas l’État mais la Région qui encaisse les recettes fiscales des carburants. La totalité des taxes sert à financer des actions relevant de la compétence des collectivités, en particulier l’amélioration du réseau routier et la construction de nouvelles infrastructures de transport.
Immanquablement, Didier Robert a été sollicité, au même titre que les pétroliers. Mais cette fois, il a refusé catégoriquement la moindre intervention de la Région, sauf si l’État compense à l’euro près.

Cette attitude démontre l’orientation partisane de la direction de la Région. C’est en fonction de la couleur politique du gouvernement que la décision est prise.

Alors, quand cette collectivité doit donner son avis sur un projet de loi du gouvernement, il n’est pas étonnant que sa direction cherche toutes les astuces pour s’y opposer. Cette attitude sera-t-elle systématique ou va-t-elle évoluer ? Autrement dit, va-t-on vers l’affrontement institutionnel ou le partenariat entre une collectivité et un gouvernement qui ne sont pas de la même tendance politique ?

 M.M. 

La violence institutionnelle pour conquérir la Région

Il ne faut pas oublier que toute la campagne de conquête de la Région a été sous le signe de l’affrontement institutionnel dans lequel l’État a été au service d’un parti.

Moins d’un an après la victoire de Sarkozy à la présidentielle, l’UMP est ramenée à la réalité de son influence lors des cantonales et des municipales de 2008. Elle perd la majorité du Conseil général et désormais ne contrôle plus que quelques communes.

C’est le début d’un changement de cap. Il y eut l’épisode de la bouderie avec Paris, jugé responsable de la perte du Conseil général, puis celui de la séance des déchirements de carte UMP et de création d’Objectif Réunion. Mais après ces moments de flottement, l’UMP et le pouvoir ont lancé l’offensive. L’objectif était clair : conquérir la Région, seul rempart capable de faire vivre un projet alternatif. Car depuis janvier 2007, l’État et la Région étaient engagés dans deux grands projets, tram-train et route du littoral. Le premier remettait clairement en cause les monopoles du tout-automobile et des compagnies pétrolières. Il fallait donc abattre la Région.

L’affrontement institutionnel a commencé par Paris. C’est le secrétaire d’État à l’Outre-mer qui allume la mèche, en accusant la Région de mal gérer le dispositif de continuité territoriale alors que c’est l’État qui a accumulé du retard dans le versement de la subvention.

Cela a été ensuite le lancement de GERRI, une initiative visant clairement à refaire de l’État le chef de file de la politique énergétique dans le pays alors que la Région avait lancé l’objectif d’autonomie énergétique pour 2025.
Il y eut ensuite en novembre 2008 le blocus de toute La Réunion, puis de la Région Réunion par des transporteurs, avec la compréhension du préfet alors que la responsabilité du représentant de l’État est de protéger les institutions de la République.

Six mois plus tard lors de la visite du Premier ministre, c’est de nouveau le blocus de la Région en toute impunité, avec en prime une banderole insultant les élus mise en évidence au moment du passage du cortège officiel à la sortie de l’aéroport, puis sur la grille de la Région.

En décembre 2009, ce fut le détournement de la colère des anciens salariés de l’ARAST vers le Conseil général. Avec la Région, le Département était alors engagé sur une plate-forme de propositions adressée aux États-généraux de l’Outre-mer. Au lieu de clarifier la situation en poursuivant les coupables de la situation, l’État a laissé des salariés occuper le Conseil général. Le but électoral de cette manœuvre a éclaté au grand jour quand la meneuse du mouvement a été bombardée vice-présidente de la Région par Didier Robert.

Pendant plus de deux ans, c’est donc un climat de violence institutionnelle visant la Région qui a prévalu.

Mais aujourd’hui, les rôles sont inversés. Didier Robert appartient au parti qui s’oppose à la politique du gouvernement.


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