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La rentrée scolaire n’aura pas lieu le 16 août

Les maires tirent les conséquences de la chute vertigineuse du nombre d’emplois aidés

Céline Tabou / 9 août 2012

Durant plus de deux heures, mercredi 8 août, les maires de La Réunion auront débattu sur la situation de chaque commune en matière d’emploi aidé. À la fin de cette réunion, une motion a été votée à l’unanimité, accompagnée d’une motion de soutien de l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté.

Le président de l’Association des maires du département de La Réunion (AMDR), Roland Robert a rendu compte des débats autour des contrats aidés et de la rentrée scolaire dans les maternelles et écoles primaires de l’île. À la sortie de ces échanges, une “Motion Contrats aidés” a été présentée à la presse.

Mise en danger du service public

L’AMDR interpelle le Gouvernement sur « la situation extrêmement préoccupante » de la « restriction des contrats aidés du secteur non-marchand ». En effet, le préfet de La Réunion a envoyé une notification relative aux quotas des communes, qui se trouve en nette diminution, de près de 50%, dans certaines villes pour le dernier semestre de 2012. Les maires ont indiqué que cette notification avait pour conséquence « la mise en péril du bon déroulement de cette prochaine rentrée ». « Ce sont essentiellement les postes dédiés aux écoles (ATSEM, agent chargé de l’animation, de la pause méridienne, de la restauration, de l’entretien des cours et classes…) qui ne seront pas pourvus », précise la motion.
Pour Roland Robert, « la rentrée scolaire ne pourra pas se faire, faute de sécurité et des problèmes d’hygiène ». En effet, le maire de La Possession a expliqué que « l’organisation de la rentrée scolaire sera difficile » et c’est pour cette raison qu’elle « ne sera pas assurée le 16 août, dans les maternelles et les écoles primaires ». Ce dernier a indiqué que la diminution des emplois aidés concerne toutes les communes de l’île, il a d’ailleurs salué la motion de soutien de l’ARCP et le soutien de trois parlementaires : « Huguette Bello, Patrick Lebreton et Jean-Claude Fruteau, qui ont interpelé le Gouvernement sur cette question ».

Les maires pas responsables de la baisse des contrats

Au dehors de La Réunion, certains maires ont indiqué que la diminution des emplois aidés n’était pas de leur fait, mais d’une directive gouvernementale. Maurice Gironcel, maire de Sainte-Suzanne, a expliqué que cette motion et le décalage de la rentrée scolaire étaient un « moyen d’action pour dire aux familles et aux chômeurs de La Réunion que s’il n’y a pas de contrats aidés, ce n’est pas la faute des maires ». En effet, la baisse de 50% des emplois aidés mise en place par le Gouvernement aura des conséquences sur certains services, comme les services à la personne âgée, le soutien périscolaire ou encore l’accompagnement des enfants handicapés en milieu scolaire.
Dans un contexte économique et social difficile, les maires s’inquiètent de la qualité du service public qu’ils pourront offrir à leurs contribuables. « L’ampleur des défis à relever par les communes en matière d’équipement public, d’aménagement et d’environnement » demande de la main-d’œuvre en nombre, car « les communes ne disposent d’aucune marge de manœuvre leur permettant de se dispenser des emplois aidés pour garantir a minima le service public ».

Une réponse à l’urgence sociale

L’AMDR a rappelé « le taux de chômage préoccupant » dans l’île, soit près de 30%, et indiqué que « la seule réponse à la détresse des familles réside dans le contrat aidé proposé par la commune ». « Aussi, l’équilibre fragile construit depuis plusieurs années à travers le rôle d’amortisseur social des communes et des associations » est aujourd’hui menacé. C’est pour cette raison que les maires ont décidé de reporter la rentrée scolaire. Au-delà de répondre à certaines demandes d’emploi, les contrats aidés sont un dispositif qui « constitue un outil important d’insertion sociale et professionnelle, et contribue indéniablement à la paix sociale dans le département ».
Conscient de l’ampleur de la situation, Jean-Hughes Ratenon, président de l’ARCP, fait communiquer en personne une motion de soutien à l’AMDR. Ce dernier demande aux maires de « défendre a minima la reconduction des contrats pour le maintien des postes de service public dans les collectivités » compte tenu de la « crise sociale et économique que nous subissons, les conséquences économiques d’une telle décision entraînera un manque à gagner et pour notre économique d’environ 70 millions » et face à la hausse du chômage et des « besoins en emploi dans nos familles et chez les jeunes ».

Céline Tabou

Deux grands services

Lors d’une interview, Maurice Gironcel a rappelé les deux grands services proposés par le Parti communiste réunionnais : aide à la personne et protection de l’environnement. Ce dernier a indiqué que « ces deux grands services correspondent aux besoins de la population et pourraient offrir des contrats à durée déterminée » qui répondront à l’urgence sociale que vivent les Réunionnais. Le maire de Sainte-Suzanne a également indiqué que pour sa commune, ce sont 155 emplois aidés qui manquent pour faire fonctionner correctement la collectivité. « Nous avons demandé 200 contrats, nous n’en avons reçu que 45. Cette situation est préoccupante et nous tenons à interpeller le Gouvernement afin qu’il reconsidère urgemment le quota des contrats aidés mis à la disposition des communes, mais aussi du tissu associatif qui accompagne ces politiques publiques ».

L’AMDR a également demandé pour les années à venir que les quotas de contrats aidés « tiennent compte des réels besoins et du contexte socio-économique » de La Réunion. De plus, les maires souhaitent la mise en place d’un « accord-cadre » avec l’État sur les dotations annuelles, notifiées en début d’année sur la base de critères sociodémographiques, tels que la hausse démographique, le nombre de érémistes, de jeunes de moins de 25 ans sans emploi, de la population jeune de l’île.

C.T.



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