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La réponse à l’urgence sociale absente de la visite présidentielle

Paul Vergès et le bilan de la visite de Nicolas Sarkozy

Manuel Marchal / 22 janvier 2010

Le président de la Région a fait hier un bilan de la visite du président de la République. Force est de constater que sur le fond aussi bien que sur la forme, plusieurs problèmes risquent d’être le seul bilan qui restera pour l’opinion si la situation continue de s’aggraver, que restera-t-il alors « des perspectives ouvertes ? », commente Paul Vergès. Une visite qui pèsera toute cette année sur l’actualité politique, et qui dont l’impact sera notamment jugé au regard du résultat des prochaines régionales.

Hier lors d’une conférence de presse, le président de la Région a fait part de son analyse de la visite du président de la République les 18 et 19 janvier dernier. Si les déclarations du président de la République sont allées dans le sens des projets défendus depuis déjà de nombreuses années, notamment à la Région, l’absence de réponse à la crise sociale fait que les éléments de forme risquent de prendre le pas sur le fond. Ce qui est déjà le cas dans la presse parisienne, indique le président de la Région.
Car depuis des semaines, des événements de caractère social font la "une" de l’actualité réunionnaise. C’est la faillite de l’ARAST qui a mis au chômage 1.200 personnes et qui concerne plusieurs milliers d’autres qui étaient des usagers des services rendus par l’association, ce sont aussi les retraités qui ont manifesté pour le pouvoir d’achat. « C’est l’expression visible d’un désarroi social et d’une très grande misère », rappelle Paul Vergès, autrement dit l’expression des difficultés croissantes de la moitié de la population réunionnaise qui vit en dessous du seuil de pauvreté.

Une manifestation réprimée

Force est de constater une situation de blocage, en particulier concernant les anciens salariés de l’ARAST.
« Tout le monde s’attendait à un geste du plus haut niveau de l’État pour débloquer la situation et donner des perspectives », indique le président de la Région. Mais d’après les représentants du personnel qui ont rencontré le conseiller du président de la République à la Préfecture, ce dernier ne connaissait pas bien le dossier, alors qu’il a pourtant été choisi pour le traiter. Ce dernier a malgré tout annoncé une solution d’ici 48 à 72 heures. À l’heure où nous mettons sous presse, le blocage persiste…
D’autres faits liés au social ont émaillé la visite du président de la République. Ce sont les jeunes à qui les distributions de tracts sont interdites, c’est aussi la manifestation de l’intersyndicale et des jeunes devant la salle Candin. Mais face aux revendications, la réponse a été la répression. Ainsi, lors du rassemblement près de la salle Candin à Saint-Denis, des gaz lacrymogènes ont été utilisés par les policiers. « Cet accompagnement était-il nécessaire à la manifestation d’enthousiasme populaire d’une visite de président de la République ? », interroge le président de la Région.

Pas de réponse aux inquiétudes

« Pourquoi cet effacement de la crise actuelle à La Réunion ? », poursuit Paul Vergès. Ce qui est d’autant plus étonnant que dans son discours, le président de la République ne veut pas opposer développement durable et économie solidaire. Ce qui rejoint les préoccupations de ceux qui comme la Région soulignent que le développement durable ne peut être possible sans une réponse à l’urgence sociale.
Or, « les mots concernant la crise sociale n’ont pas été prononcés et cela remet en cause le fond ». Le BTP a perdu déjà 6.000 emplois l’an dernier, mais aucune réponse n’a été apportée lors du discours des vœux à l’Outre-mer au Parc des expositions de Saint-Denis, « Ce déficit se faisait entendre à quelques centaines de mètres de là », ajoute Paul Vergès, « si tous ces problèmes de fond et de forme l’emportent au cours des mois à venir si l’aggravation de la situation se confirme, que restera-t-il alors des perspectives ouvertes ? »

Manuel Marchal


Des orientations stratégiques confortées

Le président de la Région constate que mardi matin à Pierrefonds le chef de l’État a exalté les énergies renouvelables, le désenclavement du pays, saluant la réussite d’Air Austral.
Il a également noté qu’avec GERRI, les initiatives d’échelon régional sont reprises par un partenariat avec le Conseil général, des acteurs économiques, qui bénéficie du soutien de l’État.
Mardi après-midi, les thèmes ont été repris et amplifiés, souligne Paul Vergès. Parmi ces thèmes, celui du centre hospitalier universitaire. Le président de la Région a pu voir à cette occasion deux parlementaires se lever pour applaudir le président de la République quand il a évoqué le CHU.
Paul Vergès se souvient avoir vu et entendu ces deux parlementaires combattre la création du CHU lors d’une réunion avec un Premier ministre à La Réunion. L’absence de mention du tram-train indique que ce dossier est définitivement acquis et que le chantier démarrera cette année, poursuit Paul Vergès.
Le président de la Région note donc que les préoccupations se rejoignent, avec notamment l’objectif d’autonomie énergétique. Ainsi, la signature du projet VERT visant à l’expérimentation à grande échelle des voitures électriques est une étape dans un procédé lancé voici déjà un temps par la Région, et qui avait été marquée par une rencontre entre le président de Région et les responsables de Renault notamment. Cela renforce donc un objectif de la Région : la transformation de tout le parc automobile en voitures électriques d’ici 2025. Et pour leur fournir de l’énergie, des fermes photovoltaïques seront construites le long de la route des Tamarins.
Mais ces annonces souffrent de l’absence de réponse à la crise sociale. Car comment concrétiser le développement durable lorsque 52% de la population vit sous le seuil de pauvreté.


Un aspect politicien

Parce qu’il ne respectait pas un rituel républicain marqué notamment par l’accueil du maire de Sainte-Marie à la descente de l’avion, le dépôt de gerbe au Monument aux Morts, la rencontre avec le maire du chef lieu puis le déjeuner républicain avec les élus, le programme du président de la République a été aussitôt la cible de commentaires. Pourquoi atterrir à Pierrefonds ; le choix de la Petite-île pour discuter directement avec les maires de Saint-Pierre et du Tampon : ces questions ont donné avant même l’arrivée du président de la République un aspect politicien à son séjour. À cela s’est ajouté le passage par le Tampon. Et lors de l’inauguration de la ferme photovoltaïque, ce sont les parlementaires de la majorité qui étaient au premier rang des invités, alors que les partenaires de l’État dans le cadre de GERRI étaient derrière.
Tout cela va forcément amener à évaluer le point de cette intervention « présentée comme directe » du président de la République dans la politique locale. Et « si les conseilleurs ont mal conseillé le président de la République », quelle sera la conséquence éventuelle de l’échec d’un candidat soutenu par le président de la République, dit en substance Paul Vergès.


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