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« La résistance du peuple est inéluctable »

Le Parlement européen rejette le budget proposé par les chefs d’État et de gouvernement

Témoignages.re / 14 mars 2013

Hier, les députés au Parlement européen ont voté contre le projet de budget adopté par le Conseil européen, c’est-à-dire les chefs d’État et de gouvernement des 27 États de l’Union européenne. Hier, les députés du groupe GUE-NGL et les présidents des partis de la gauche européenne ont fait paraître une tribune commune expliquant leur refus du projet de budget. Elle est co-signée par Younous Omarjee, député de l’Alliance des Outre-mer. En voici de larges extraits, avec des inter-titres de "Témoignages".

Le projet d’accord du Conseil européen sur le futur cadre financier pluriannuel de l’Union européenne pour les sept années à venir (2014 – 2017) est inacceptable. 

Cet accord ouvre la voie à sept années d’austérité et de ralentissement économique en Europe et renie la notion de solidarité européenne.

Contrairement aux déclarations officielles, les chefs d’État et de gouvernement proposent des coupes dans des domaines tels que le Fonds Social Européen, qui concernent principalement les vies des citoyens européens en temps de crises.

Nous remarquons avec consternation que les chefs d’État européens ont choisi de frapper fort sur les citoyens les plus démunis : le budget dédié à l’aide alimentaire qui était d’environ 3,5 milliards d’euros pour la période 2007-2013 sera drastiquement réduit. Il ne sera que de 2,5 milliards d’euros pour les années 2014-2020 ; en sachant qu’il couvrira alors 28 et non plus 27 États. La solidarité est une fois de plus sacrifiée sur l’autel de l’austérité budgétaire alors que le nombre de personnes vivant en-deçà du seuil de pauvreté dans l’Union européenne est passé de 18 à 25 millions entre 2008 et 2012. C’est un dommage qui ne peut qu’alimenter le rejet croissant de l’Union européenne par ses peuples.

Pas d’austérité prolongée

Les violentes coupes budgétaires prévues pour la politique de cohésion et la politique agricole commune, respectivement amputées de 8% et de 16%, sont la conséquence directe de cet abandon. En délaissant ces politiques, qui constituent les politiques redistributives par excellence de l’Union européenne, la décision est prise d’oublier une fois pour toutes le projet d’une Union basée sur la solidarité.

Nous sommes totalement opposés à la direction qu’ont prise les politiques européennes. Nous rejetons sans réserve les coupes budgétaires généralisées qui pénalisent tous les citoyens européens mais d’abord et avant tout la jeunesse, les agriculteurs, les pêcheurs, les chercheurs, les universités, les collectivités locales, les projets environnementaux. (…)

Dès à présent, nous appelons tous les membres du Parlement Européen à poursuivre les efforts amorcés pour rejeter les politiques d’austérité sur lesquelles se sont entendus les chefs d’États et de gouvernement. L’Union européenne ne saurait et ne peut se résumer à une Europe libérale ayant pour unique objectif le seul marché commun. À ce rythme, l’idéal d’une Europe unie est condamné.

Nous ne pouvons accepter que des compétences étatiques soient systématiquement transférées des États à l’Union européenne pour que les politiques confiées se retrouvent sans cesse budgétairement affaiblies.

Nous militons avec fierté, unité et cohérence, pour un cadre financier pluriannuel de l’Union européenne qui ne prolonge pas l’austérité imposée aux États membres parce que nous savons que l’austérité ne mènera jamais à rien de positif, quel que soit le niveau auquel elle est appliquée. (…)

« Solennelle mise en garde »

Nous rejetons totalement le cadre financier pluriannuel 2014-2020 proposé comme nous avons rejeté tous les mécanismes austéritaires, du Semestre européen au « Two pack », en passant par le « 6 pack », le MES et le traité Merkozy.

Nous avons besoin d’une autre Europe, refondée pour devenir une vraie démocratie. Une Europe dotée d’un budget redistributif, sans l’austérité en contrepartie, afin de permettre à tous ses citoyens de bien y vivre. C’est pour cette Europe-là que nous nous battons.

Nous adressons une solennelle mise en garde. La politique d’austérité sans fin et le pouvoir autoritaire des chefs d’État et de Gouvernement sur les budgets nationaux font coïncider reculs sociaux, recul de la souveraineté et recul de la démocratie. La résistance du peuple est inéluctable. Elle ne connaîtra pas de limite.

Strasbourg, le 12 mars 2013 »

Des conditions essentielles à remplir

Le Parlement n’acceptera pas le budget à long terme proposé tant que les paiements de 2012 ne sont pas réglés et qu’il n’y a pas d’accord sur le financement futur et sur une révision complète du budget à long terme de l’UE, a déclaré ce mercredi le Président du Parlement européen Martin Schulz après le rejet par les députés de l’accord obtenu le 8 février dernier par les chefs d’État. "Cette résolution ouvre la voie à des négociations avec le Conseil sur le budget 2014-2020", a-t-il dit.

«  Le Parlement ne peut accepter la proposition des États membres sans que certaines conditions essentielles ne soient remplies. Il doit y avoir un maximum de flexibilité globale et un accord ambitieux sur les ressources propres. Le Parlement européen appelle également à une révision complète, obligatoire et légalement contraignante du cadre financier pluriannuel décidé par le Conseil à la majorité qualifiée ", a déclaré le Président Martin Schulz durant la matinée de mercredi. " Le Parlement n’entamera pas les négociations tant que toutes les demandes de paiement d’impayés pour 2012 ne seront pas réglées. Ces problèmes sont d’une importance capitale pour le Parlement. Le Parlement européen n’acceptera pas la proposition des États membres, à moins qu’il n’y ait une évolution sur tous ces points  ».


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