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« La Réunion, patrimoine mondial asphyxié par l’auto et l’UMP »

La casse du tram-train dénoncée dans "L’Humanité dimanche"

Témoignages.re / 9 novembre 2010

Dans son dernier numéro, "L’Humanité dimanche" donne un coup de projecteur sur les conséquences de la casse du tram-train par Didier Robert à La Réunion et le gouvernement UMP à Paris. Paru sous le titre "La Réunion, patrimoine mondial asphyxié par l’auto et l’UMP", cet article a été largement diffusé en France. "L’Humanité dimanche" est en effet un des hebdomadaires politiques les plus lus là-bas.

« Le classement de l’île cet été au Patrimoine de l’UNESCO n’y change rien : la nouvelle majorité de droite remplace un projet de tram-train, destiné à contrecarrer le tout-voiture et à préserver l’environnement, par un réseau de 2.000 bus. Et fait du même coup une croix sur 4.000 emplois… Avec la bénédiction de Fillon.

L’île de La Réunion va faire les frais d’un nouveau retournement de veste du gouvernement. Le 14 octobre dernier, François Fillon et le nouveau président UMP de l’île, Didier Robert, ont signé un nouveau protocole d’accord sur un vaste projet d’aménagement, qui vient remettre en cause le précédent, signé par Dominique de Villepin et Paul Vergès, ancien président communiste de l’île, en janvier 2007. Lors de la campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy avait écrit à Paul Vergès pour lui signifier son soutien à ce projet. Quel était-il ? L’Ile de La Réunion, depuis les années 1950, ne dispose plus d’autres moyens de transport que la route. A cette époque, le train avait été relégué au rang des vieilleries dans une civilisation qui marchait à grande vitesse vers « la dictature du tout-voiture », pour reprendre les mots du député européen et secrétaire général du PC réunionnais, Élie Hoarau.

Aujourd’hui, la croissance démographique (780.000 habitants, 1 million prévu d’ici à 2025) pose de véritables défis quant à l’avenir de l’île.
L’ancienne majorité dirigée par le Parti communiste réunionnais s’était donc engagée sur la voie du développement durable, en particulier dans le domaine des transports et de l’énergie. « Nous avions le projet de développer les énergies renouvelables pour atteindre l’autonomie énergétique en 2020 », explique Élie Hoarau, qui souligne que 36% de l’énergie consommée sur l’île provient déjà de sources renouvelables.

Des études sur les énergies de la mer ont également atteint un stade très avancé. Sur les transports, l’ancienne majorité conduite par Paul Vergès voulait éviter l’asphyxie par les automobiles : on en compte actuellement 300.000 à La Réunion, et elles seront 500.000 d’ici 15 ans. Le pivot de ce projet d’aménagement durable, c’était la réalisation d’un tram-train sur la partie la plus peuplée de l’île, avec, à terme, un projet d’en faire le tour.

L’ancienne majorité régionale avait également négocié avec l’État la sécurisation de la route littorale, fréquemment endommagée par les éboulements de la falaise qui la surplombe, et les phénomènes de houle qui peuvent être redoutables en période cyclonique. Après des années de négociation, l’État avait donc accepté de se porter partenaire de ce projet dont l’enveloppe s’élève à 2,2 milliards d’euros. « Des centaines de millions arrachés à l’État », souligne Élie Hoarau. La nouvelle majorité aura négocié beaucoup moins longtemps pour faire chavirer le projet. Élue en mars dernier, la Droite n’aura pas attendu le début des travaux prévus pour ce dernier trimestre 2010.

François Fillon, revenant sur les engagements passés de l’État, a accepté de signer le même chèque, mais pour remplacer le tram-train par… 2.000 bus ! Quant à la « sécurisation » de la route littorale, elle va absorber la majorité de l’enveloppe avec 1,6 milliard d’euros, pour la faire passer de 4 à 6 voies sur 12 kilomètres. Bref, « la modification du protocole de 2007 signifie la fin du projet de réseau ferroviaire à La Réunion ».

Pour faire plaisir à ses nouveaux amis à la tête de l’île, François Fillon a choisi de financer le renforcement du tout-routier. Outre les 4.000 emplois que devaient générer le chantier du tram-train et les investissements déjà réalisés par les entreprises dans le projet de 2007, ce revirement très politicien hypothèque davantage l’avenir d’une île déjà durement touchée par le chômage et la pauvreté (139.000 chômeurs et 52% de la population sous le seuil de pauvreté). « L’État UMP n’a aucune parole », estime Élie Hoarau. Et c’est la population réunionnaise qui en paiera l’addition ».

Diego Chauvet


Kanalreunion.com