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La Réunion ravagée par la grande pauvreté

Près d’un tiers des habitants du centre-ville de Saint-Denis sous le seuil de pauvreté

Manuel Marchal / 20 juin 2016

Le résultat d’une enquête publiée ce jour dans le Quotidien révèle que dans le centre-ville de Saint-Denis, la plus grande ville de La Réunion, compte près d’un tiers de ses habitants vivant sous le seuil de pauvreté. Cet important pourcentage dans un quartier que l’on peut croire privilégié souligne combien la pauvreté mine la société réunionnaise.

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70 ans après l’abolition du statut colonial, La Réunion reste un pays où la misère sévit. Quand notre île vivait sous le régime de la colonie, la grande partie de la population vivait dans une grande misère. L’objectif de la transformation de La Réunion en département français était justement d’en finir avec cette situation au plus vite. C’était une loi d’égalité, et les lois sociales devaient permettre de vaincre ce fléau. Malheureusement, le refus des gouvernements successifs de respecter la loi du 19 mars 1946 a conduit à la situation actuelle. Au lieu d’appliquer l’égalité pour tous, Paris a voulu diviser le mouvement social en étendant à une partie de la population les avantages accordés aux hauts fonctionnaires, le supplément colonial, tout en refusant à la masse des travailleurs le respect du droit. Conjuguées à une politique de non-développement, le résultat est dramatique et concerne tous les quartiers de La Réunion.

Aujourd’hui, près de la moitié des Réunionnais vivent en dessous du seuil de pauvreté. Cette crise s’étend partout. Le résultat d’une enquête publiée ce jour dans le journal le Quotidien annonce que près du tiers des habitants du centre-ville de Saint-Denis vivent en dessous du seuil de pauvreté. Saint-Denis est la plus grande ville de La Réunion. Cela doit donc être une vitrine du système appliqué dans notre île. En Europe, et notamment en France, les centres des villes sont des quartiers où le niveau de vie est supérieur à la moyenne. Rares sont les pauvres à pouvoir y vivre. Mais à La Réunion, la pauvreté est tellement répandue qu’elle n’épargne pas un secteur que l’on pourrait croire privilégié à première vue.

Cette donnée révèle l’ampleur du défi. Le gouvernement veut en effet lancer un plan sur 25 ans pour arriver à l’égalité réelle avec la France. La politique menée jusqu’à présent a conduit à la crise actuelle, avec près de la moitié de la population rejetée dans la grande pauvreté. Cette moitié des Réunionnais est invisible dans les principaux médias, si ce n’est dans les faits divers. Quand elle manifeste, elle est fustigée et le pouvoir est sommé de réprimer la contestation. Comment s’étonner que lors des élections, près de la moitié de la population choisit de s’abstenir ? Elle n’a plus rien à espérer de ce système injuste qui la réduit au silence.

Pour en finir avec cette grave crise, il est nécessaire d’opérer une rupture avec tout ce qui s’est fait jusqu’à présent. Cela suppose de mettre en œuvre des mesures capables de sortir 16.000 personnes de la grande pauvreté tous les ans pour que la promesse de l’égalité contenue dans la loi du 19 mars 1946 soit réalisée.

M.M.


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