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La Réunion sans confiance

Geoffroy Géraud-Legros / 28 septembre 2010

« Faites-moi confiance », a demandé Didier Robert dès le lancement de sa campagne électorale en décembre 2009. Depuis lors, il a successivement annoncé : 4 milliards d’investissements publics, 2.000 bus écologiques - en site propre dans chaque quartier, chaque ville et chaque écart, la renégociation des Accords de Matignon pour hâter la construction de sa pharaonique route littorale, une voie rapide Saint-Benoît-Tampon par les plaines et, cerise sur le gâteau, des milliers et des milliers d’emplois.
Aujourd’hui, rien de tout cela n’existe, pas même à l’état de projet. À l’inverse, ce qui existait a été brutalement détruit, et Didier Robert a bel et bien perdu les 3 milliards du Protocole de Matignon. Ce qui n’empêche pas le président de la Région de demander que la population et les actionnaires publics et privés lui fassent "confiance" à la tête d’Air Austral.

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Depuis 3 ans, les Français découvrent une nouvelle manière de gouverner… par le mensonge…, l’intimidation…, la brutalité…
(photo Imaz Press Réunion)

« Confiance » : cette notion devrait être le socle d’une société démocratique. Dans les relations économiques et juridiques, dans les rapports contractuels, une confiance réciproque minimale devrait exister entre les partenaires pour une conduite normale des affaires. Pour que justice soit faite, il faudrait que les justiciables puissent compter sur ceux qui doivent dire le droit. La confiance est plus encore au centre des questions politiques : pour qu’un électeur fasse un choix, il faudrait qu’il puisse attendre une certaine stabilité et une certaine loyauté de la part de ses représentants.
Qu’il puisse, donc, avoir quelques confiances dans les institutions. Pour cela, la demande de confiance est intimement liée à celle du respect et est une aspiration fondamentale pour tous les démocrates.

Gouverner en mentant : le tournant sarkozyste en France…

On sait quel tournant a pris le pouvoir depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Élysée depuis trois longues années. Le mensonge, les traquenards, les coups fourrés sont devenus l’essentiel de la politique menée au nom de l’État. Et l’on aura beau nommer pudiquement « communication » ce procédé, il n’en reste pas moins que l’État a aujourd’hui adopté pour principe de gouvernement de faire exactement le contraire de ce qu’il dit. Le pire est que tous les symboles de la République ont été dégradés par cette méthode : le sarkozysme ne ment pas dans la rue, au salon de l’agriculture, ou sur les marchés, tous lieux où les paroles s’envolent.
Le sarkozysme ment la main droite levée ou sur le cœur, sous les ors des salons et des bâtiments officiels. Le sarkozysme appose la signature d’un chef d’État, des ministres ou des élus sur de véritables tissus de mensonges. Et recouvre le tout d’un voile de communication, cousu d’injures, de déclarations mielleuses et de nouveaux mensonges.

…et à La Réunion

Ce tournant, c’est Didier Robert qui l’a impulsé à La Réunion. Rien de surprenant : n’est-il pas membre de la direction nationale de l’UMP, parti dévoué à Nicolas Sarkozy ? Ne participe-t-il pas à ce titre à l’élaboration de sa politique ? N’a-t-il pas donné la preuve de son appartenance idéologique à la droite de casse sociale récemment encore, en votant une loi sur les retraites, qui condamne la moitié des jeunes Réunionnais à la pauvreté à 62 ans ?
Depuis son entrée au Palais de la Région, Didier Robert n’a cessé d’appliquer les recettes de son mentor parisien. Il avait promis de s’occuper des assistants d’éducation ? Mensonge. Des professeurs stagiaires ? Mensonge. Les milliards du Protocole de Matignon allaient être conservés « aux centimes près » ? Mensonge. 2.000 bus « verts, en site propre, desservant chaque ville, chaque quartier, chaque écart » ? Mensonge. De relancer le BTP ? Le BTP descend dans la rue pour réclamer les chantiers qu’il a annulés. Autre parallèle avec l’occupant du palais élyséen : au mensonge systématique s’ajoute une brutalité tout aussi systématique. De la même manière que Nicolas Sarkozy foule aux pieds les règles les plus élémentaires du respect, Didier Robert ne peut procéder que par la violence et l’humiliation de ceux qu’il considère comme ses adversaires.

Crises politiques et crises de confiance

Ce fut le cas la semaine dernière encore, lors de sa brutale tentative de prise de pouvoir à la direction d’Air Austral. Un poste que Nassimah Dindar lui avait pourtant proposé, et qu’il avait refusé… pour ne pas perdre une opportunité de s’affirmer par la brutalité, le coup de force et la manigance.
On sait quelles conséquences ont eu cette démarche en France : à la crise économique et sociale que connaît le pays s’ajoute une crise de confiance sans doute inédite, où après trois ans de mensonges, de violences verbales, sociales et de violences tout court, les titulaires du pouvoir ne parviennent plus à être crus ni entendus. Une crise morale, dont pourrait sortir une crise de régime. À La Réunion, l’arrivée de l’UMP est encore fraîche. Mais tout de même… l’occupant de la pyramide inversée n’aura pas tardé lui aussi à dégrader par le mensonge tous les symboles de l’autorité publique. La prise par la force de la SEMATRA aura fait tomber encore un peu plus le masque, révélant la brutalité d’un personnage et d’un système… dans lesquels on ne peut placer aucune confiance.

Geoffroy Géraud-Legros


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