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La Réunion toujours au bord de l’explosion

Une interpellation dégénère en affrontements à Saint-André

Manuel Marchal / 26 mars 2016

Jeudi à Saint-André, une interpellation s’est transformée en affrontements entre des jeunes et des policiers. Ce fait rappelle l’état de crise de la société réunionnaise.

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Voici les derniers chiffres du chômage publiés jeudi, jour de l’affrontement de Saint-André.

Jeudi en fin d’après-midi, des policiers arrêtent un jeune. Un membre de sa famille réagit et s’en prend aux policiers. Il est interpellé. La tension est alors montée. D’autres jeunes ont alors lancé des projectiles sur les policiers. Ces derniers ont répliqué et appelé des renforts. Les galets répondaient aux jets de grenades lacrymogènes. Au cours des affrontements, une jeune fille a été touchée par un tir et secourue par les pompiers. Des policiers sont accusés de l’avoir touché avec un flash-ball, un fait pour le moment démenti par l’administration. Les affrontements se sont poursuivis et plusieurs jeunes ont été arrêtés.

La moitié de la population sous le seuil de pauvreté

Ce jeudi, c’était également la publication des chiffres du chômage. Ils révèlent que le nombre de demandeurs d’emploi dépasse une nouvelle fois le seuil de l’intolérable, avec plus de 180.000 personnes inscrites à Pôle emploi.

Cette pénurie est à l’origine de la grande pauvreté à La Réunion, près de la moitié de la population est touchée.

Malgré toutes les aides, l’économie ne crée pas suffisamment d’emplois. Une étude de l’INSEE publiée cette semaine indique par ailleurs que les sociétés implantées à La Réunion réalisent en moyenne des marges plus importantes qu’en France, alors que le pouvoir d’achat des Réunionnais est inférieur et le chômage nettement plus important à La Réunion. C’est un autre indice d’une société trop inégalitaire.

Si la France subissait la même crise sociale que La Réunion, elle aurait plus de 10 millions de chômeurs, et plus de 30 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Autant dire qu’elle serait un pays au bord de l’explosion.

Trois générations dans le chômage

Cette crise existe depuis longtemps à La Réunion, quelles que soient les mesures prises par les gouvernements qui se succèdent. Le chômage est désormais installé depuis trois générations. Et il touche plus de la moitié des jeunes qui sortent de l’école. Cette crise sociale a des conséquences dans de nombreux domaines. Ainsi, lors du premier tour des élections départementales de mars 2015, et régionales de décembre 2015, plus de la moitié des électeurs ne sont pas allés voter. Ce score dénote une crise de confiance entre la population et les autorités qu’elle a la possibilité de choisir.

Aussi il n’est pas étonnant que la tension soit telle qu’un événement comme une arrestation suffise à prendre des proportions dramatiques.

Système à remettre en cause

La jeunesse est la principale richesse d’un pays. Mais à La Réunion, elle est gaspillée. Le système actuel réduit considérablement ses perspectives : chômage, emploi précaire ou émigration. Depuis l’abolition du statut colonial à La Réunion, le refus d’accompagner le développement du pays a sacrifié deux générations de travailleurs. L’agriculture et l’industrie ne produisent plus que 14 % des richesses, le reste vient des services alimentés principalement par les transferts publics. L’an dernier, les Réunionnais ont dépensé 4,7 milliards d’euros pour importer des marchandises. Cette somme finance des emplois ailleurs, et pas à La Réunion.

C’est tout ce système qu’il est nécessaire de remettre à plat. Mais ce n’est toujours pas la volonté du pouvoir.

M.M.



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  • C’est vrai que le Réunion est au bord de l’explosion depuis longtemps .Et l’histoire nous montre que beaucoup de pays n’ont pas résisté à des situation aussi difficile que connaissent les réunionnais depuis plusieurs dizaines d’années .

    Quand le chômage touche 33% de la population active , que 41 % de la population dispose d’un pouvoir d’achat situé au dessous du seuil de pauvreté européen , que les délinquants ne sont plus emprisonnés parce que les prisons sont déjà pleines , que les policiers n’osent plus mettre les pieds dans certains quartiers, même la journée de peur de mettre le feu au poudre en faisant une fausse manoeuvre ou une erreur d’interprétation, quand les jeunes n’ont plus d’autres alternatives pour faire passer leur mal vivre qu’en se laissant aller à la consommation de drogue et à la violence et aux abus sexuels, quand les parents ne peuvent plus exercer leur autorité parentale et que leurs enfants ne les respectent plus et perdent leurs repaires etect.. C’est effectivement un miracle que la société réunionnaise n’ait pas encore explosé.

    Alors, si la volonté politique nationale de tout remettre à plat se fait attendre un peu trop longtemps , il faudrait que les réunionnais qui assument des responsabilités au niveau local que ce soit dans les collectivités publiques , dans les organisations syndicales ou dans les entreprises privées , essaient de trouver un antidote au poison de l’explosion sociale qui coule dans les veines du corps social réunionnais depuis longtemps .

    Mais à défaut de pouvoir tout remettre à plat comme l’exige la situation globale de la Réunion , ce qui nécessiterait obligatoirement bien entendu la participation des autorités de l’Etat , ceux qui sont aux responsabilités localement peuvent essayer de trouver des mesures d’urgences qui pourraient être appliquées immédiatement pour éviter l’explosion sociale .

    Il y a probablement de nombreuses mesures qui pourraient être prises , mais la plus urgente me semble être celle qui consiste a partager le travail . Cette possibilité existe déjà légalement il suffirait de l’applique le plus largement possible .

    Avant l’application du RMI, la Réunion était pratiquement dans la même situation sociale qu’aujourd’hui, le taux de chômage était aussi élevé et la seule perspective de s’en sortir était de sortir du pays pour essayer de tenter sa chance ailleurs , que ce soit en France métropolitaine ou dans d’autres pays . Mais cette perspective n’était accessible qu’aux jeunes généralement encore célibataires , tandis que les autres , ceux qui avaient déjà fondé une famille et avaient des enfant n’avaient pas d’autre choix que de compter sur l’aide publique. Et si la Réunion a pu s’en sortir à cette époque là , c’est parce que leurs élus locaux avaient inventé les quinzaines de chômages qui permettaient d’attribuer quelques jours de travail aux plus déshérités , tous les quinze jours ou tous les mois .

    Bien que ce système n’était pas très légal au regard des règles de la comptabilité publique. Il a été appliqué pendant une bonne quinzaine d’années , en tout cas jusqu’ à l’application du RMI à la réunion et jusqu’à l’extension de l’assurance chômage qui ont permis à de nombreuses personnes de laisser leur place à d’autres sans risquer de mourir de faim .

    Ces deux mesures , RMI et allocations chômages ont sans doute fait beaucoup de bien , mais beaucoup pensent aussi quelles ont eu des effets pervers sur l’économie réunionnaise . Certains planteurs de cannes ont eu du mal,à trouver leur main d’oeuvre et de nombreux patrons ont perdu l’autorité sur leur personnel ,car à la moindre remarque certains salariés rendaient leur tablier et souvent réclamaient des dommages intérrêts devant le tribunal. Ce qui a contribué à l’instauration d’un certain laisser aller , d’un certain laxisme, qui nuisent à l’image de la Réunion d’une manière générale, notamment pour ses voisins proches qui perçoivent souvent les réunionnais comme des profiteurs et des paresseux , ou pour les touristes venus d’ailleurs qui souvent ,au vu de la qualité des prestations offertes , ne font qu’un séjour dans l’ile de la Réunion préférant choisir une autre destination pour leurs futures vacances

    Si on veut sauver la Réunion de l’explosion sociale il faudrait donc trouver un moyen légal de partager le travail existant et de redonner au travail toute ses lettres de noblesse par rapport au "rien faire" . La solution à ce problème pourrait consister à demander à toutes les employeurs , publics ou privés , employant plus de 10 personnes d’employer à tour de rôle au moins deux personnes sur environ 20% de leur effectif actuel .

    Si on considère qu’il y a déjà environ 380000 emplois pourvus à la Réunion , cette solution permettrait de donner immédiatement du travail à environ 40000 personnes au chômage . Puisque 20% des 380000 emplois seraient divisé en deux .

    Mais, bien entendu comme on ne peut pas vivre avec une moitié de salaire , il faudrait associer cette mesure avec une autre mesure , celle consistant à permettre de réduire de 50% les allocations chômages ou les aides des personnes au chômage qui accepteraient en attendant de trouver une meilleure situation de prendre un emploi à mi temps . Ainsi un chômeur qui accepterait de travailler à mi temps percevrait globalement environ 80% du revenu d’un travailleur à plein temps . Son revenu étant composé de 50 % du salaire pratiqué habituellement pour son emploi auquel s’ajouterait la moitié de son allocation chômage qui d’une manière générale est de l’ordre de 60 % du montant du salaire attribué au salarié avant sa mise au chômage .

    Toucher 80 % de ce que l’on gagnait pour aller travailler au lieu de 60% pour rester chez soi à ne rien faire , ce n’est pas le paradis pour les salariés concernés , mais ce serait plus conforme à leurs obligations morales tant personnelles que sociales , sans pour autant entrainer un coût supplémentaire pour les employeurs qui se verraient seulement obligés d’établir un peu plus de bulletins de salaires .

    . La bible nous dit : tu gagneras ton pain à la sueur de ton front mais pas forcément à la sueur du front des autres. Ce commandement nous oblige d’abord à partager le travail avant de partager le pain . Le Fabuliste jean de La fontaine nous dit dans sa fable, le laboureur et ses enfants , que le plus précieux de nos trésor c’est d’abord le travail , mais c’est d’abord notre travail avant le travail des autres, n’en déplaise aux capitalistes . Enfin notre chansonnier nonagénaire qui nous a quitté récemment , Henri Salvador , nous disait dans l’une de ses chansons :le travail c’est la santé et ne rien faire c’est la conserver , non pas pour nous inviter à rester oisif tout le temps , mais à savoir partager notre temps entre le travail et le repos .

    Lorsque l’on ne respecte pas cette obligation de partager le travail on crée une société de privilégiés et d’oisifs , ce qui n’est bon ni pour les uns ni pour les autres . D’un côté on aura des gens qui travailleront toute leur vie de 16 à 70 ans et peut être même plus pour payer les retraites et la santé de tous ., et de l’autre côté on aura ceux qui ne travailleront pas pendant pratiquement toute leur vie, en vivant du fruit du travail des autres, mais aussi en s’épanouissant dans l’oisiveté et en inventant les vices qui n’existent pas encore , ou encore en refaisant le monde à leur façon sous l’effet des joints , de l’alcool et des drogues , même si cela débouchait sur l’explosion pour tout le monde .

    Ce ne serait évidement pas le meilleur chemin pour arriver dans le meilleur des mondes . Par conséquent, si l’Etat ne veut pas remettre tout à plat, les réunionnais pourraient donc, de leur propre initiative, s’orienter vers ce partage du travail par l’affectation lorsque ce là est possible, de deux personnes sur un emploi à plein temps , dont une personne serait obligatoirement un chômeur qui continuerait de percevoir la moitié de ses allocations chômage . Ce qui consisterait peut être à retourner à l’époque des "quinzaines de chômage", Mais ce serait peut être également une manière de désamorcer la bombe sociale qui explosera un jour ou l’autre si on ne fait rien.

    Cette proposition ne devrait pas bien entendu empêcher la remise à plat de tout le système lorsque tout le monde sera d’accord pour le faire et de trouver de meilleurs dispositions pour l’avenir de la Réunion .

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