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La Réunion trahie par les fossoyeurs du développement

650 millions d’euros risquent d’être perdus à jamais pour notre pays

Manuel Marchal / 3 juillet 2012

Dans son édition d’hier, le "JIR" accorde trois pages de sa rubrique économie à la Région. Ce dossier souligne que « Didier Robert l’affirme, la logique a changé par rapport à ce qui prévalait sous la mandature précédente de Paul Vergès ». Trois jours avant, La Réunion avait eu un aperçu de cette rupture, avec les 650 millions d’euros de fonds européens qui risquent d’être perdus pour notre île.

Hier et aujourd’hui, les responsables de la politique européenne dans les régions ultrapériphériques organisent à Bruxelles, le Forum des RUP. Il était évident qu’à cette occasion, un dossier brûlant allait être abordé : la sous-utilisation des fonds européens à La Réunion. Cette nouvelle a en effet un retentissement au-delà de nos frontières.
Sous la mandature de Paul Vergès, la Région Réunion en tant que planificatrice de l’activité économique pouvait s’enorgueillir d’avoir permis l’utilisation la plus efficace des fonds structurels obtenus après de dures négociations auprès de l’Union européenne. La conférence de presse des conseillers régionaux de l’Alliance vendredi a d’ailleurs rappelé un fait révélateur. Notre île pouvait bénéficier de fonds non utilisés par ailleurs. C’est sur cette base d’efficacité que la Région Réunion dirigée par Paul Vergès avait pu obtenir le maintien du montant des fonds structurels à environ 2 milliards d’euros pour la période 2007-2013, alors que le contexte était beaucoup moins favorable que pour la programmation précédente allant de 2000 à 2006.
Mais Didier Robert a beau utiliser le "JIR" d’hier pour dire qu’il fait la « rupture » avec le « saupoudrage des politiques publiques », il ne dit mot sur ce qui constitue une illustration évidente d’un saupoudrage : le retard dans l’utilisation de 650 millions d’euros de fonds européens.

13 élus ont refusé de voter pour les fonds européens

C’est pourtant un problème fondamental qui n’a rien de conjoncturel. C’est l’application concrète d’une idéologie, celle du refus du développement, et elle a une traduction écrite : le vote du 13 février 2007 au Conseil régional. Ce jour-là, les élus doivent prendre position sur le socle du développement du pays, dans lequel figurent les Programmes opérationnels européens.
L’Alliance, la conseillère régionale des Verts et quelques élus UMP ont voté pour, ce qui fit une majorité de 32 élus. Ce n’était donc pas l’unanimité.
Un élu UMP a voté contre : Thierry Sam Chit Chong.
7 conseillers ont refusé de voter : Guy Jarnac pour Freedom ; Didier Robert de l’UMP ; 5 élus socialistes : Michel Vergoz, Aline Tamon, Michel Tamaya, Paul Fotsé et Blanche-Reine Javelle.
5 n’étaient pas là au moment du vote : la socialiste Monique Orphé avec 5 élus de l’UMP : Alain Bénard, Rolande Chane-Kaye-Bone, Christiane Ramassamy et Margie Sudre.

Une solidarité de classe

Ces 13 élus apparaissent donc comme l’émanation d’une solidarité de classe contre le développement du pays. Comment expliquer autrement que malgré leurs étiquettes politiques diverses, ils ont la convergence sur le fond : refuser de voter pour que La Réunion puisse avoir des moyens pour se développer.
Cette solidarité de classe s’est alors traduite 3 ans plus tard par le refus de la liste PS d’appliquer le désistement républicain, ce qui conduit à donner la Région à l’UMP en sachant pertinemment que le programme de Didier Robert consiste à démolir les projets de développement.
Comment alors ne pas être étonné que deux ans après cette élection, notre île accumule 650 millions de retards dans l’engagement de crédits européens ? C’est du jamais vu tout simplement parce que c’est la première fois que la solidarité de classe contre le développement a réussi à mettre la main sur la tête de la collectivité chargée de planifier notre économie.
Lors des dernières législatives, on a encore vu à l’œuvre ceux qui ont torpillé la victoire de l’Alliance aux régionales de 2010. Quelle plus belle illustration que celle offerte par les participants au meeting de l’entre-deux tour à Sainte-Suzanne, avec entre autres autour d’Alamélou/Monique Orphé, qui n’a pas voté pour les programmes européens, et Bello qui a refusé de soutenir l’Alliance aux régionales. C’est cette solidarité de classe qui constitue à La Réunion le véritable courant conservateur, et cela s’est encore manifesté vendredi quand 7 membres du groupe PCR-Alliance ont décidé de partir pour rejoindre Alamélou. C’est là que se situe la fracture à La Réunion : pour ou contre le développement du pays.

M.M.



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  • Venons-en au fumeux « pacte pour la croissance et l’emploi » il est bien dit que ce « pacte » respectera « le cadre des efforts d’assainissement budgétaire intelligent qui sont actuellement déployés ». Intelligent ? 1% ferait 140 milliards et non 120 ! Quoiqu’il en soit, cette somme est dérisoire comparée aux milliards engagés récemment sans contrôle d’usage au profit des banques. Ainsi quand plus de 1000 milliards, rien que pour janvier et février 2012, ont été prêtés aux banques européennes pour trois ans et au taux de 1%. Personne n’en a vu la couleur dans l’économie réelle. Cela tourne à la farce quand on découvre que cette somme de 120 milliards est acquise en mobilisant ce qui reste des « fonds structurels » inutilisés ! Cela devient insupportable à entendre quand on sait que ces fonds « structurels » ainsi réaffectés sont ceux dont bénéficient prioritairement les régions les plus pauvres ainsi que les DOM et les TOM français. Enfin le ridicule vient de ce que ces fonds ne sont pas utilisés en raison même de la politique d’austérité. En effet ils cofinancent des projets conclus entre les Etats et le secteur privé. Mais les Etats sont invités à ne pas augmenter la dépense publique !
    Ces propos sont de JL Mélenchon. Alors on sait où vont aller les 650 Millions d’euros

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