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La Réunion un atout pour La Réunion

Pour mettre fin au néocolonialisme, le PCR propose la double intégration

Manuel Marchal / 22 mars 2016

Depuis le début de son histoire, La Réunion a d’abord été une source de richesses pour un autre pays sous les différents systèmes qui se sont succédé depuis 350 ans : esclavage, colonisation directe et néocolonialisme. En proposant le co-développement avec les pays de la Région en conservant les acquis de l’égalité sociale, le PCR propose une rupture avec tout ce qui s’est fait précédemment : c’est la double intégration. La Réunion doit maintenant mettre ses atouts au service de son développement.

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Vue d’une partie des participants à la conférence du 19 mars de Sainte-Suzanne. Au premier plan, des jeunes prêts à être des acteurs de l’avenir de La Réunion.

Samedi dernier, le Parti communiste réunionnais a présenté son analyse des 70 ans écoulés depuis le vote de la loi du 19 mars 1946. Ce texte prévoyait l’abolition du statut colonial, et l’égalité des Réunionnais avec les autres citoyens de la République. L’analyse exposée a montré que l’application dévoyée de la loi du 19 mars a amené l’installation à La Réunion d’un système néocolonial. L’égalité promise dans les articles 2 et 3 de la loi aurait permis d’amorcer la marche vers le développement de notre île. Au lieu de cela, l’exploitation coloniale a été remplacée par un autre système qui ne plaçait pas La Réunion au cœur de ses priorités.

L’intervention d’Yvan Dejean, secrétaire général du PCR, avait permis de souligner que depuis le début de son peuplement, La Réunion était au service d’une métropole. C’est ainsi que l’esclavage a été imposé comme régime pendant plus de 180 ans. Au début du 19e siècle, l’indépendance d’Haïti a entraîné pour la France la perte du premier producteur de sucre mondial. Paris a alors décidé de compenser cela par la culture de la canne à sucre aux Antilles et à La Réunion. Dans notre île, toute l’économie était construite autour de l’exportation de ce produit vers la France. Au cours du 20e siècle, d’autres cultures ont été lancées de manière intensives, toujours selon le même schéma. C’était en particulier le géranium qui faisait vivre des milliers de familles.

Le néocolonialisme

Le vote de la loi du 19 mars 1946 signifiait l’alignement des droits des travailleurs de La Réunion sur ceux de la France, notamment en termes de protection sociale et de salaire. Il a fallu 50 ans de luttes pour que tous les travailleurs puissent en bénéficier. C’est à partir du vote de la loi d’égalité que la colonisation a évolué vers le néocolonialisme. Le profit tiré par les entreprises basées en France n’allait plus être issu de l’exploitation brutale d’une population qui n’avaient que peu de droits et des salaires de misère. Il est venu du recyclage des transferts publics en bénéfices pour les entreprises privées.

Les conséquences de ce système se retrouvent dans le chômage de masse. Les industries réunionnaises n’ont pu tenu le choc face à celles de l’ancienne métropole. Quand la France a choisi d’ouvrir des productions agricoles à la concurrence internationale, les paysans réunionnais concernés n’ont pas pu résister. Ce fut le cas quand le géranium a perdu son débouché garanti à cause de producteurs qui vendaient moins cher ailleurs dans le monde. Les planteurs ruinés se sont alors entassés dans des bidonvilles. De producteurs de richesse, ils étaient devenus des consommateurs à la recherche d’un emploi.

Dans cette concurrence sauvage, les capitalistes réunionnais ont été mangés par plus gros qu’eux. Ils ont perdu le contrôle de pans entiers de l’économie. C’est pourquoi des entreprises extérieures sont maîtres des décisions dans des secteurs aussi stratégiques que l’énergie, les transports, la construction, les banques, ou l’eau. Un des derniers exemples en date est sans doute le plus symbolique. C’est l’achat de l’industrie sucrière par Téréos, une coopérative de planteurs de betteraves, c’est-à-dire un représentant du concurrent historique de l’usinier réunionnais.

L’ancienne colonie colonisatrice

Sur la base de ce bilan, le PCR appelle au rassemblement pour rompre avec ce néocolonialisme. Cela implique que les Réunionnais puissent notamment décider d’orienter l’économie en fonction des intérêts de La Réunion.

Cela se heurte à une mentalité marquée par 350 ans d’assimilation. Une illustration est le concept de « La Réunion tête de pont de l’Europe » employé encore hier par un parlementaire sur les ondes de Réunion Première. Au pied de la lettre, une « tête de pont » est une portion de terre occupée par une puissance sur le territoire d’une autre. C’est à partir de ce point que peut alors se développer la prise de contrôle d’une région plus vaste. C’est ainsi que La Réunion a été utilisée comme base arrière de l’invasion de Madagascar par la France. Notre île était alors une colonie colonisatrice. Cette expression militaire est passée dans le langage courant. S’il n’est plus question aujourd’hui d’affirmer que La Réunion est une base de conquête, les mots rappellent que notre île est encore utilisée au service d’intérêts qui ne lui sont pas propres. C’est ce qui ressort d’expressions telles que « La Réunion atout pour l’Europe », ou « La Réunion atout pour la France dans l’océan Indien ».

La mondialisation s’impose

Mais des forces encore plus puissantes que la France ou l’Europe sont à l’œuvre. Elles relativisent tous ces concepts issus de l’assimilation. À l’échelle de la planète s’impose la règle d’un marché unique mondial. L’Organisation mondiale du commerce, OMC, en donne une orientation ultra-libérale. C’est l’abattement des frontières à la circulation des marchandises, et la fin des protections des productions nationales. L’Union européenne, et par conséquent la France, suivent le mouvement. L’UE a dénoncé les accords commerciaux préférentiels qui liaient les anciennes métropoles européennes à leurs ex-colonies devenues indépendantes, les pays ACP. Ils ont d’abord été partiellement remplacés par l’initiative « Tout sauf les armes » en 2001 qui ouvrait le marché européen aux pays considérés comme les plus pauvres du monde. Etendue au sucre en 2009, « Tout sauf les armes » a entraîné notamment la suppression du quota sucrier mauricien.

Puis se mettent en place les Accords de partenariats économiques. Le but est la signature du traité de libre-échange entre l’Union européenne et des régions du monde invitées à se constituer en blocs économiques. Dans notre région, ce bloc part de l’Egypte jusqu’à l’Afrique du Sud et comprend tous nos voisins. De fait, quasiment toutes les marchandises circuleront sans entrave dans une zone composée de l’Union européenne et de l’Afrique orientale et australe.

Double intégration

Dans ce cas, à quoi bon avoir une « tête de pont » pour pénétrer les marchés de notre région, car Européens et Est-Africains seront dans le même espace économique. Quel est en effet l’intérêt de faire transiter par La Réunion des marchandises et des services produits en Europe ? Comment les productions réunionnaises aux normes européennes pourront-elles tirer leur épingle du jeu, alors qu’elles sont plus chères à fabriquer qu’en Europe ?

Pour dépasser ces questions, le PCR propose de construire une double intégration. Il s’agit de réussir l’intégration dans la région imposée par la mondialisation, et de préserver les acquis de l’égalité sociale. C’est donc redonné à La Réunion un rôle de terre de production, tout en ayant les droits acquis depuis l’abolition du statut colonial. Cela suppose des négociations avec les pays voisins pour discuter de la place que La Réunion peut avoir dans ce nouvel environnement régional. Dans cette discussion, qui mieux que des Réunionnais peut défendre les intérêts de La Réunion ? C’est un changement de fond, car le but de cette stratégie est que La Réunion soit enfin un atout pour le développement de La Réunion.

M.M.


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