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La Réunion victime d’un silence organisé

Paul Vergès et la visite du président de la République aux Antilles

Manuel Marchal / 16 mai 2015

Paul Vergès a présenté son analyse de la visite de François Hollande aux Antilles. Il constate que lors de ce séjour sur les thèmes du climat et de l’esclavage, La Réunion et l’océan Indien ont été passés sous silence dans les discours et les nominations. Pourquoi cet oubli organisé ? Pourquoi l’absence de réaction des élus réunionnais devant cette situation ?

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Paul Vergès rappelle qu’au Sénat, il avait réussi à obtenir la signature de tous les groupes du Sénat sur une proposition de résolution pour le climat et le développement durable dans l’océan Indien. Cette initiative est passée sous silence par le gouvernement.

Les 9 et 10 mai derniers, François Hollande était en visite en Martinique et en Guadeloupe. Ce vendredi 15 mai, Paul Vergès a présenté son analyse d’un événement marqué par un fait révélateur : l’oubli organisé de La Réunion et de l’océan Indien.

Le sénateur commence son exposé par le rappel de l’origine du 10 mai, prétexte de la venue du Président de la République aux Antilles. Ce 10 mai est la Journée nationale des mémoires de l’esclavage, de la traite et de leurs abolitions. La date est choisie en fonction de l’adoption par le Parlement de la loi reconnaissant l’esclavage en tant que crime contre l’humanité. C’était le 10 mai 2001.

Le sénateur rappelle qu’en 1998, les députés du PCR, Elie Hoarau, Huguette Bello et Claude Hoarau, avaient déposé un texte à l’Assemblée nationale sur l’esclavage, la traite et le jugement historique : c’est un crime contre l’humanité. Dès le moment où le texte réunionnais était sur le bureau de l’Assemblée nationale, le PS a déposé un projet parallèle. En commission, le texte socialiste a été choisi. Déjà la discussion en commission avait montré des divergences, rappelle le sénateur. Dans le texte socialiste, on avait oublié l’esclavage et la traite dans l’océan Indien, en limitant la question à la traite transatlantique. Louis Mermaz avait fait alors remarquer que les élus PCR avaient raison et que l’on ne pouvait pas oublier l’océan Indien. Finalement, le texte adopté, la loi Taubira, a pris en compte les amendements du PCR.

Climat : l’océan Indien oublié

Après ce rappel, Paul Vergès revient sur les deux étapes de François Hollande aux Antilles. Tout d’abord la Martinique sur le thème du climat : c’est l’appel de Fort de France. Le président de la République a aussi annoncé que Serge Letchimy, député de la Martinique, sera le responsable de la biodiversité dans tout l’outre-mer, y compris La Réunion, dans la perspective de la conférence de Paris sur le Climat.

François Hollande a fait l’appel de Manille, puis de Fort de France. Paul Vergès souligne qu’entre Manille et Fort de France, il y eut la présentation d’un texte sur le changement climatique venu l’océan Indien. « Nous avions proposé qu’au dernier sommet des chefs d’État et de gouvernement de la COI à Moroni, François Hollande prenne l’initiative d’un appel pour l’océan Indien, dans la perspective conférence de Paris, pour coordonner les initiatives dans le changement climatique et le développement durable ». L’élu réunionnais avait réussi à obtenir la signature de tous les groupes du Sénat sur une proposition de résolution.

Ce texte est passé sous silence à la rencontre des Comores. Il a été transmis à la conférence des îles du Pacifique. Conclusion : silence sur la contribution de l’océan Indien sur le problème du climat.

Le rôle pionnier de la MCUR

En Guadeloupe, un mémorial a été inauguré le 10 mai. Paul Vergès rappelle que l’initiative pour la création du mémorial est postérieure à celle de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. Une différence de taille porte sur le contenu. Le mémorial traite de l’esclavage et sa condamnation. La MCUR intègre l’esclavage et la traite, et nous avions montré que ce rappel historique devait déboucher sur un avenir positif en rappelant que ces esclaves venaient de pays de grandes civilisations, dit en substance Paul Vergès. Esclavage et colonisation n’avaient pas empêché d’aboutir à l’unité réunionnaise, résultat de la lutte des habitants de La Réunion.

Mais en 2010, à cause de la décision des élus socialistes, la MCUR est refusée.
En Guadeloupe, Victorin Lurel, alors président socialiste de la Région, voulait absolument une inauguration du mémorial avant la MCUR. L’arrêt du projet réunionnais a rendu possible la concrétisation de son ambition.

« Ils reçoivent une gifle, ils ne disent rien »

C’est là que Paul Vergès constate que dans les discours de Victorin Lurel et de François Hollande, jamais l’océan Indien, ni La Réunion n’apparaissent.
« Ce que nous avions fait corriger dans la loi est passé sous silence. Pourquoi ? »
Le sénateur ajoute que pour le climat, l’initiative était là aussi partie de La Réunion avec la loi Vergès, la création de l’ONERC, le plan d’autonomie énergétique. Cela n’a pas mérité un mot dans le discours du président de la République, « pourquoi ce silence organisé ? ».

Pourquoi avoir fait toute cette mise en scène pour inaugurer le mémorial, en invitant des chefs d’État de la Caraïbe, d’Afrique, l’ONU, et en passant sous silence La Réunion, interroge Paul Vergès.

Pourquoi cette attitude au sommet de l’État ? Pourquoi les Réunionnais n’ont-ils rien dit devant cet acte volontaire ?

« Aucun élu n’a dénoncé le scandale ici. Ils reçoivent une gifle, ils ne disent rien. On fait comme si le peuple réunionnais n’existait pas », constate Paul Vergès.


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