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La revendication d’une responsabilité progressiste plus que jamais d’actualité

Quel contenu pour le futur cadre des relations entre La Réunion et la France ?

Manuel Marchal / 14 avril 2017

La signature par la Région Réunion d’un document interdisant toute remise en cause de la souveraineté de Maurice sur Tromelin donne un aperçu de la manière dont La Réunion serait utilisée dans le cadre d’une autonomie réactionnaire. En excluant Madagascar et en favorisant Maurice, elle ne ferait qu’accentuer les tensions qui sont issues de la colonisation. À l’opposé, le PCR propose une responsabilité progressiste, où tous les peuples de la région sont invités à construire ensemble et sans exclusive les conditions d’un avenir commun.

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Campagne de fouilles archéologiques à l’île de Tromelin.

Depuis sa création en 1959, le Parti communiste réunionnais revendique le droit pour les Réunionnais de gérer leurs propres affaires. Depuis, la justesse de cette revendication n’a cessé de se renforcer. En effet, le cadre actuel se base sur l’intégration de La Réunion à la France, avec comme conséquence le fait que les décisions stratégiques se prennent à Paris. Le bilan de cette politique, c’est le chômage de masse et la persistance de la grande pauvreté. Il faut donc en changer, d’autant plus qu’avec la mondialisation, les intérêts des Réunionnais ne sont pas pris en compte dans les négociations avec les pays voisins. La France a en effet donné mandat à l’Union européenne de parler en son nom. Le PCR demande donc que le cadre futur s’articule autour d’une assemblée territoriale qui aura notamment comme compétence de pouvoir discuter avec les pays voisins.

La question de Tromelin

Combattu pendant des décennies, cette nouvelle vision des rapports entre La Réunion et la France est désormais implicitement reconnue comme une solution d’avenir par d’autres forces de l’échiquier politique à La Réunion. Cela se vérifie notamment du côté de Didier Robert. Le président de la Région Réunion a ainsi signé un accord de coopération avec Maurice dont le contenu va très loin. Le texte engage en effet les signataires à ne pas remettre en cause la souveraineté de Maurice sur l’île de Tromelin, qui fait pourtant partie des Terres australes et antarctiques françaises, une collectivité de la République. Bien entendu, cette initiative a soulevé la désapprobation du gouvernement, déjà mis en difficulté par sa volonté de vouloir concéder à Maurice la co-gestion de Tromelin.

Cette affaire souligne que le débat se déporte de plus en plus vers le contenu que l’on souhaite donner à cette responsabilité. La Région souhaite favoriser une coopération bilatérale avec Maurice, avec à la clé d’importantes concessions. La position du PCR est différente. Lors de la visite à Madagascar d’une délégation réunionnaise, Ary Yée Chong Tchi Kan a participé à une rencontre des partis politiques. À cette occasion, il a plaidé pour la création d’un Forum des îles de l’océan Indien. Cette instance vise à faire de la solidarité le moteur du co-développement des peuples, en prenant acte de la faillite de la Commission de l’océan Indien.

Faillite de la COI

En effet, dans la COI, la France et Maurice veulent s’entendre sur le dos de Madagascar pour la gestion de Tromelin. Or, il faut rappeler qu’à l’époque coloniale, Tromelin comme les autres îles Eparses étaient gérées par une administration basée à Madagascar. Au nom du principe de l’intangibilité des frontières issues de la colonisation, Tromelin devrait donc faire partie de Madagascar. Mais à la veille de l’indépendance, la France a détaché les îles Eparses, ce qui n’est pas sans rappeler la manœuvre des Britanniques aux Chagos pour aboutir à la déportation des Chagossiens à cause de la construction de la base de Diégo Garcia. Le gouvernement malgache complice de cette manœuvre a été renversé par la révolte de 1972. Depuis, les Malgaches revendiquent le retour des îles Eparses et de Tromelin sous leur souveraineté. De récentes manifestations l’ont encore rappelé. Cette situation n’est pas sans conflit. Habitués à pêcher depuis des siècles dans les eaux de ces îles, des Malgaches sont arrêtés et voient leur matériel saisi par les autorités françaises. Ils sont alors ruinés.

La question de Tromelin donne un indice sur le contenu d’une autonomie réactionnaire sous l’égide de forces politiques conservatrices. En excluant Madagascar et en favorisant Maurice, elle ne ferait qu’accentuer les tensions qui sont issues de la colonisation. À l’opposé, le PCR propose une responsabilité progressiste, où tous les peuples de la région sont invités à construire ensemble et sans exclusive les conditions d’un avenir commun.

M.M.