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La Rivière, 1ère commune réunionnaise du 21e siècle

Tribune libre d’Yvan Dejean

Yvan Dejean / 28 octobre 2016

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Yvan Dejean, co-secrétaire général du PCR.

La Réunion compte 24 Communes. Vingt et une ont été crées aux 18e et 19e siècles et 3 seulement au siècle dernier : Tampon (1925), Petite Ile (1935) et Cilaos (1965). Nous sommes en 2016. Combien de Communes seront crées au 21e siècle ? Comme il s’agit d’aménagement du territoire, existe-t-il un plan réfléchi et concerté d’adaptation administrative ou alors ce seront encore les considérations politiciennes qui s’imposent ?

En effet, quand la 22e commune (Tampon) fut crée, la population réunionnaise comptait 182 637 habitants. Quand on porta Cilaos sur les fonds baptismaux, l’île en comptait 388 000 en 1965. Nous serons proches du million vers 2030. Entre le premier quart du siècle dernier et aujourd’hui, la population aura évolué de près de 600 000 habitants.

Ne faudrait-il pas une refonte complète de nos institutions de bases pour corriger les coups partis et anticiper les nouveaux enjeux, économiques, sociaux, culturels et environnementaux ?

En ce qui concerne tout particulièrement la prochaine création de la commune de La Rivière serait-elle l’amorce d’une longue série touchant Saint-Denis, Saint-Paul, Saint-Pierre, Tampon, Saint-Leu, Saint-André, Saint - Benoit etc s’il existe, bien évidemment, une volonté populaire ?

Sur le plan historique il faut quand même se souvenir que, tout comme les Avirons et l’Etang Salé, Cilaos faisait partie de Saint-Louis. Cette nouvelle création, en 1965, réveilla chez les Riviérois - es le sentiment qu’ils pouvaient également devenir une entité administrative responsable. En terme de population et de fiabilité économique, rien ne pouvait s’y opposer. Mais c’était sans compter avec les manœuvres politiciennes qui ont retardé la création de cette commune, depuis un demi-siècle (1965-2015).

À cause de cela, la première tentative fut un échec. En 1971, Saint-Louis, comme La Possession et Le Port, deviennent des municipalités d’Union démocratique. A Saint-Louis, l’ancienne majorité de tendance UDR (Union pour la Défense de la République) refuse d’admettre sa défaite électorale et décide, avec la complicité du pouvoir à Paris, de monter tout un stratagème pour reprendre coûte que coûte Saint-Louis, en la divisant en deux, d’un côté Saint-Louis ville, de l’autre La Rivière rurale.

La manœuvre consistait à provoquer deux nouveaux scrutins avec tout un dispositif à caractère frauduleux pour faire basculer Saint-Louis et, si possible, gagner La Rivière. Mais personne n’était dupe. La population a suivi les consignes du PCR et a dit « NON » lors de la consultation organisée en 1972 et intitulée : « Enquête publique en vue de la modification des limites territoriales de la commune de Saint-Louis et de la création éventuelle de deux nouvelles communes ». Les hommes et les femmes de progrès à La Rivière ne voulaient pas être instrumentalisés par des revanchards qu’ils venaient de rejeter.

En 1998, le processus a été relancé par le maire PCR de Saint-Louis, Guy Ethève. Cette fois, sur une base démocratique et réaliste.

Tout d’abord, une étude technique, financière et organisationnelle a été lancée afin de vérifier la faisabilité de la commune de La Rivière, ainsi que sa viabilité économique. Initiative louable.

Mais personne ne pouvait alors affirmer avec certitude que la population, trente-trois ans après la création de la commune de Cilaos, soutenait toujours l’idée la transformation de La Rivière en 25 ème commune. C’est pourquoi, à la suite d’une réunion de travail qui s’est tenue aux Makes, en 2002, la section communiste de La Rivière a, avec l’appui entier du PCR, pris ce dossier à-bras-le-corps.

Début 2003 une pétition a circulé, pour recueillir l’avis de la population de La Rivière. En l’espace de quelques mois et par le travail d’explication des militantes et des militants du PCR – les camarades se reconnaîtront - plus de 4.000 électrices et électeurs ont apposé leur signature. Nous avions atteint plus du quart des inscrits de la liste électorale.

Suite à cette réponse populaire, la section communiste de La Rivière a mis sur pied une association présidée par M. Eric Fontaine. Celle-ci était composée d’élus regroupant : les deux tendances politiques avec Thierry Souton d’un côté et Yvon Bello de l’autre, des jeunes, des femmes et des personnalités de la société civile. Le consensus était total à la Rivière et à l’occasion des élections régionales de 2004, Paul Vergès s’est rendu à La Rivière pour apporter tout son soutien à ce projet. L’association « Priorité La Rivière » dirigée par Antoine Sioche avait également apporté toute son énergie pour faire aboutir ce projet.

A l’approche des échéances électorales de mars 2008, les initiatives ont été suspendues pour ne pas brouiller ce projet par des considérations politiciennes. Dès l’élection de la nouvelle majorité en mars 2008, avec à sa tête M. Claude Hoarau, le dossier a pris un nouvel élan sous l’impulsion de Riviérois convaincus. Consultation populaire, étude de faisabilité, créations de commissions, délibérations en conseil municipal, tout avait été conduit avec sérieux et détermination. Avec sagesse, c’est l’ensemble du Conseil Municipal qui s’est prononcé favorablement.

Sur cette base, j’ai profité de la visite du candidat François Hollande à Saint-Louis, le 1er avril 2012, pour l’interpeller sur la création de la commune de La Rivière. J’étais alors candidat aux élections législatives, au nom du PCR, et j’étais le seul à porter la voix de La Rivière. J’ai voulu légitimer le projet en public et faire engager le candidat, s’il était élu Président.

Par la suite en mars 2014, la nouvelle majorité municipale dirigée par M. Cyrille Hamilcaro et ensuite par M. Patrick Malet a tout naturellement poursuivit ce formidable chantier et aujourd’hui, malgré toutes les péripéties, que jamais plus, la politique politicienne ne vienne entraver le consensus entre Riviérois. Que tous les habitants domiciliés à La Rivière soient fiers de la première commune de ce nouveau siècle. C’est, sans nul doute, une manière d’approfondir la démocratie et de promouvoir le développement de ce territoire situé à mi-hauteur. Cependant, à la veille du million d’habitants, soyons responsables : préparons également une réorganisation générale pour toute La Réunion, sur la base d’un consensus populaire.

Yvan Dejean


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