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La « route la plus chère de France » va-t-elle discréditer La Réunion ?

Enquête de l’Office européen de la lutte anti-fraude sur la NRL

Témoignages.re / 2 juin 2016

L’arrivée d’enquêteurs de l’Office européen de la lutte anti-fraude est un événement sans précédent à La Réunion. Après les perquisitions au siège de la Région Réunion et au domicile de Didier Robert, cette venue renforce le parfum de scandale autour d’un projet qualifié de « route la plus chère de France » par les Echos.

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Des roches transportées par bateau depuis Madagascar pour faire face à la saison cyclonique, une illustration de l’incroyable légèreté avec laquelle a été lancé ce chantier

On aurait tort de sous-estimer la venue à La Réunion d’une équipe de l’Office européen de la lutte anti-fraude, révélée dans le Quotidien de mardi. Depuis qu’il existe un partenariat entre notre île et l’Union européenne, cette dernière apporte un soutien important aux investissements et à la formation. Du fait de sa situation sociale et géographique, La Réunion bénéficie aux yeux de l’Europe d’un statut doublement privilégié. Elle est classée dans l’Objectif convergence et est une région ultra-périphérique. Cela lui permet d’avoir droit à d’importants fonds structurels. Le travail d’Elie Hoarau puis de Younous Omarjee ont fait obtenir plus de 2 milliards d’euros de fonds dits structurels. C’est dire l’importance de cet appui, et les difficultés auxquelles il faut s’attendre s’il est remis en cause. C’est en effet le nœud du problème.

Une part non-négligeable de ces fonds, 150 millions d’euros, se concentre sur la route en mer, dite nouvelle route du littoral ou NRL. Voici 10 ans, une somme équivalente était affectée par l’Europe à la réalisation de la route des Tamarins. Elle avait permis de compenser en partie le total désengagement de l’État dans le financement de ce grand chantier. À l’époque, la route des Tamarins était le projet routier bénéficiant du plus important soutien de l’Union européenne. Force est de constater qu’à aucun moment, La Réunion n’avait reçu la visite d’enquêteurs de l’Office européen de la lutte anti-fraude, bien au contraire. Le jour de l’inauguration de la route des Tamarins, le représentant de l’Union européenne avait salué le travail de la Région, alors présidée par Paul Vergès. La réussite de ce chantier avait contribué à renforcer la relation de confiance existant entre La Réunion et l’Union européenne. Mais le projet de la NRL remet cela en cause.

Où est le train ?

En effet, outre la question de l’attribution des marchés de la route la plus chère de France sur laquelle enquête le Parquet financier national, c’est la conception et la gestion de ce chantier par la Région qui sont sur la sellette.

L’Union européenne a choisi de ne plus financer directement la construction de route au profit de réseaux ferrés. Cette orientation découle du combat lancé dans le monde contre le réchauffement climatique. Son soutien au projet de Didier Robert ne vaut que parce que la Région a promis qu’un transport collectif guidé, en clair un chemin de fer, circulera sur la route en mer. Mais sur ce dernier point, c’est le flou total. De plus, le coût final inconnu de ce chantier permet de douter des capacités financières de la Région Réunion à assumer la construction d’un réseau ferré. Alors, s’il est démontré que le train ne se fera pas sur la route en mer, comment justifier la confiance de l’Union européenne dans cet investissement.

Quelle utilité pour la route la plus chère de France ?

L’autre grande interrogation réside dans la conception même du projet. L’Union européenne ne peut qu’être au courant du problème clé : les matériaux manquent pour construire la route. Il a même fallu faire venir des roches de Madagascar pour essayer de préserver les premiers ouvrages de la menace de la saison cyclonique. Cela donne le sentiment que ce chantier a été lancé avec une incroyable légèreté et fait peser de sérieux doutes sur la capacité à mener à bien ce projet. Pour ne rien arranger, le connexion de la NRL au réseau routier reste loin des promesses. L’accord entre l’État, Gilbert Annette et Didier Robert a pour but la réalisation d’un raccordement qui s’arrêtera devant la préfecture. L’essentiel, le fameux Boulevard Nord à plus de 500 millions d’euros, n’est toujours pas financé. Sans ce maillon, la route la plus chère de France sera aussi celle qui sera la plus embouteillée, car il faudra passer de 6 à 2 voies pour traverser le Barachois. Cela obligerait les automobilistes a patienté des heures sur une route construite en plein océan. Quelle serait donc l’intérêt de ce projet ?

Tous ces manques avaient-ils été énumérés à l’Union européenne pour justifier l’affectation de 150 millions d’euros de fonds structurels à la route en mer ?

Le risque de la crise de confiance

S’il s’avère que les enquêteurs de l’Office européen de la lutte anti-fraude découvrent que les fonds européens n’ont pas été bien employés, le coup sera très dur pour La Réunion. Cela ira bien au-delà du remboursement des 150 millions d’euros donnés par l’Europe pour la NRL.

Ce sera la rupture de la relation de confiance avec l’Europe patiemment construite par tous les présidents de Région qui se sont succédé depuis la création de l’institution jusqu’à Paul Vergès. Ce sera aussi la remise en cause de toutes les initiatives prises au Parlement européen par Paul Vergès, Elie Hoarau et Younous Omarjee afin de donner à La Réunion les arguments qui lui permettent de bénéficier de plus de 2 milliards d’euros supplémentaires. Car l’Union européenne sait également que c’est maintenant la Région qui a la responsabilité de gérer les fonds européens. Si l’Europe n’a plus confiance au gestionnaire de son argent, pourquoi investirait-elle encore à La Réunion ?

M.M.


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