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La sénatrice Gélita Hoarau met en garde contre la suppression de l’AFPA.

La formation professionnelle en débat au Sénat

Témoignages.re / 23 septembre 2009

Aujourd’hui au Sénat a été discuté le projet de loi relatif à l’orientation et la formation tout au long de la vie.
Gélita Hoarau est intervenue dans le débat général pour montrer l’importance de la formation professionnelle à La Réunion contenu, d’une part du grand nombre de chômeurs dans le département et d’autre part, des projets de développement élaborés par les Réunionnais (collectivités, Etat, chambres consulaires, élus, dans le cadre des Etats généraux du développement).
Cela implique que "les compétences de l’Etat, par le biais du Pôle Emploi et de la Région soient coordonnées" en matière de formation professionnelle. Or, certains voient dans l’article 19 du PJL présent l’annonce de la disparition de l’organisme financé par la Région, l’AFPAR.
"Si tel est le cas, cela n’est pas acceptable" a déclaré la sénatrice. Aussi a-t-elle déposé un amendement, avec d’autres collègues, pour le retrait de l’article 19.
Veuillez trouver ci-joint, le texte intégral de son intervention, les intertitres sont de "Témoignages".

« La durée et parfois la violence des événements ayant secoué les DOM ont révélé l’ampleur du malaise qui affecte d’une part notre économie et d’autre part les classes les plus défavorisées, ainsi que les catégories sociales ayant un travail et c’est plus récent, la couche moyenne.

Aujourd’hui, deux constats sont unanimement partagés : l’un sur la gravité de la crise, l’autre sur l’inefficacité des réponses apportées jusqu’à présent.

Cette crise est grave. En effet, le chômage ne cesse de croître. Chaque jour, à l’important chômage structurel que nous connaissions viennent s’ajouter d’autres personnes privées de leur emploi. Cette situation est encore aggravée par la fin d’une série de grands travaux et à la rupture qui, du fait d’obstacles juridiques volontairement accumulés, interdit aujourd’hui que le relais soit pris par d’autres grands chantiers pourtant entièrement financés.
52% des Réunionnais vivent avec des revenus inférieurs à 817 euros mensuels, le seuil de pauvreté en Métropole. Trente mille demandes de logements restent insatisfaites au moment même où les mises en chantier s’effondrent. Au cours des huit premiers mois de 2009, la Chambre des métiers recense la liquidation de 900 entreprises dont 350 dans le secteur du BTP. Le nombre d’illettrés ne décroît pas. Il est estimé à 120.000.

Changer de politique

Les réponses à la crise mises en œuvre jusqu’à présent ont atteint leurs limites et ne permettent plus d’envisager une sortie d’une crise aussi grave. Tous les acteurs de la vie politique, économique et sociale conviennent désormais qu’il faut changer de politique.
Cette évidence est également partagée par le Chef de l’État qui a donc proposé la tenue d’États généraux pour l’Outre-mer.

Pour notre part, nous nous y sommes pleinement investis. En qualité de membre de notre assemblée, d’une part, au sein de mon organisation politique d’autre part, nous avons contribué aux huit ateliers. La Région et le Département ont, pour ce qui les concerne, adopté des propositions conjointes.

De grandes orientations

De cet ensemble de contributions se dégagent de grandes orientations.

1- Trois mesures immédiates pour l’emploi d’abord avec la création de deux grands services d’intérêt public, l’un pour faire face aux risques environnementaux, et pour sauvegarder la biodiversité, l’autre d’aide à la personne pour tenir compte de la proportion sans cesse croissante des personnes âgées et des besoins pour les personnes handicapées et la petite enfance.
Enfin, la mise en œuvre d’un plan d’urgence de construction de logements.

2 – Se mettre en capacité de relever les grands défis du monde tels qu’ils se posent dans notre île :
les changements climatiques et leurs conséquences,
la crise énergétique,
la crise alimentaire,
la globalisation des échanges commerciaux,
la progression démographique,
la crise économique et financière.
Il nous faut inventer un type de développement réellement durable, créateur de richesses et d’emplois respectant notre environnement et notre identité culturelle.

Des pôles d’excellence

C’est la raison pour laquelle notre projet vise notamment l’autonomie énergétique à l’horizon 2025, l’autosuffisance et la sécurité alimentaire en coopération avec nos voisins, une politique de grands travaux pour le logement, les déplacements et l’aménagement du territoire, un projet identitaire unificateur : la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise.

- En plus de cela, face à nos économies traditionnelles en crise et pour laquelle il faut trouver des solutions, nous nous orientons résolument vers ce qu’il est convenu d’appeler l’économie de la connaissance dans les domaines des énergies renouvelables, de la santé, de la formation, du numérique, etc… qui doivent devenir pour nous des pôles d’excellence. Telles sont, nos priorités pour faire face à la crise et aux accords de partenariat économiques que l’Union européenne est en train de passer avec les pays ACP voisins de La Réunion.

Une politique de formation innovante


- Ces grandes orientations et l’importance du chômage ainsi que le nombre d’illettrés exigent que soit mis en place une politique de formation innovante tant initiale que professionnelle.
En ce qui concerne la formation initiale, université incluse, l’énumération des objectifs nouveaux découlant des défis à relever implique une importante amélioration du système éducatif afin de l’adapter aux exigences du développement durable.
La formation professionnelle, c’est l’objet de cette loi, laquelle veut créer un fonds paritaire qui, je l’espère, donnera plus de moyens à la formation professionnelle.
À nos yeux, la réussite de cette entreprise implique que les compétences de l’État par le biais du Pôle Emploi et de la Région soient coordonnées, j’irai jusqu’à dire "synchronisées". Il faut en effet mettre en place une structure permettant une gestion prévisionnelle de la formation professionnelle prenant pleinement en compte les besoins des nouveaux projets.

- Or, de grandes inquiétudes existent quant à la survie d’un organisme de formation financé principalement par la Région, l’AFPAR. Certains à la lecture de l’article 19 voient l’annonce de sa disparition. Si tel est le cas, cela n’est pas acceptable.

- Au moment où toutes les compétences doivent être renforcées et leurs moyens mutualisés pour faire face aux défis que la formation professionnelle doit relever — et cela est particulièrement vrai à La Réunion pour les raisons que je vous ai exposées — affaiblir un des partenaires, c’est hypothéquer gravement l’avenir.
C’est pour cette raison que, avec d’autres collègues, je vous demande, Madame la Ministre, de retirer l’article 19 du présent projet de loi.
Je vous remercie de votre attention.


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