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La solidarité de classe contre le tram-train et soutien au tout-automobile.

Pourquoi autant de remue-ménage autour du projet de route en mer ?

Manuel Marchal / 22 septembre 2012

L’Alliance a déposé un recours visant à rendre caduque la déclaration d’utilité publique imposée par l’ancien gouvernement pour le projet de nouvelle route du littoral version Didier Robert et soutenue par Sarkozy. Lancé à la va-vite au lendemain du changement de majorité aux régionales, ce projet visait à faire oublier à l’opinion que la coalition Vergoz-Bello-Didier Robert avait eu pour conséquence de stopper le chantier du tram-train. Quand les conservateurs ont mis leur menace à exécution, voici à peine 2 ans, nous aurions aimé voir les mêmes arguments pour dénoncer les fossoyeurs du tram-train qui mettent en péril le BTP. Pourtant le chantier était réaliste, financé et le groupement adjudicataire désigné. Il y avait du travail pour 17 ans. Pourquoi cette différence de traitement ?

À quatre jours de la question posée par la sénatrice Archambault au gouvernement au sujet du projet de route en mer de Didier Robert, les déclarations radicales se succèdent. Aux arguments qui lui sont opposés, Didier Robert répond par l’invective et continue de faire croire que son projet de route en mer serait le seul au monde à ne pas connaître de surcoût. Le ban et l’arrière-ban sont aussi passés à l’action.
Le premier à tirer a été le sénateur du Parti socialiste français, Michel Vergoz. Ce dernier est resté conforme à sa position des élections régionales : soutien au projet de l’UMP, opposition à celui de l’Alliance. Le sénateur PSF reste donc dans sa ligne de soutien à l’UMP.
Plus étonnante est la position de la FRBTP. Dans un communiqué diffusé mercredi, elle appelle vigoureusement à appuyer le projet de Didier Robert. Pourtant, le patronat du BTP ne peut pas ignorer qu’une infrastructure comparable a coûté en l’an 2000 près de 6 milliards de dollars de l’époque, soit bien au-delà des 1,6 milliard d’euros de prix plafond promis par Didier Robert. Comment s’engager à soutenir un projet à l’assise financière aussi légère ?
Il ne manquerait plus que d’autres complices de la victoire de l’UMP aux régionales montent au créneau pour faire leur numéro de chantage à l’emploi.

Ils n’ont rien fait pour le tram-train

Les attitudes de soi-disant progressistes et de responsables patronaux sont à comparer à celle qu’ils avaient adoptée lors de la campagne de démolition de projets lancée par Didier Robert, et qui a culminé par l’arrêt du chantier du tram-train.
Pourtant, dans les faits, il y a un monde entre les deux projets. Le tram-train était un projet financé. C’était déjà 1,6 milliard d’euros prêts à arriver à La Réunion. Dans la population, c’était l’espoir de milliers d’emplois, surtout que le modèle de la route des Tamarins allait être reproduit : priorité aux travailleurs réunionnais. Deux ponts avaient déjà été construits, intégrant le tram-train, au-dessus de la rivière des Galets et de la rivière des Pluies. Lancé par Paul Vergès, le chantier du nouveau pont de la rivière Saint-Etienne prévoit de transformer le pont actuel en voies pour le tram-train.
Quand Didier Robert a démoli le projet de Rocade Sud, les soi-disant progressistes et le patronat sont restés silencieux. Même silence quand la maire de Saint-Paul, de manière unilatérale, a cassé l’hippodrome intercommunal et briser la carrière des jeunes qui étaient en formation. Aucune réaction suite à l’arrêt des chantiers du Pôle Océan et du Zénith intercommunal Nord par un maire PSF.
Il a fallu attendre septembre 2010, soit quasiment 6 mois après le crime de l’arrêt du tram-train pour qu’enfin on sente un frémissement.

Solidaires du monopole des compagnies pétrolières

Manifestement, cette différence de traitement entre un soutien massif à un projet de route en mer et entre un silence approbateur pour l’arrêt du chantier du tram-train révèle à nouveau la solidarité de classe. C’est une coalition qui trace un axe allant des indépendantistes à l’UMP en passant par des membres du PSF et Bello. Car la différence entre le tram-train et la route en mer de Didier Robert, c’est que le premier remet en cause les monopoles du tout-automobile et des compagnies pétrolières tandis que le second a pour but de les renforcer. Il est clair que les conservateurs n’ont aucun intérêt à voir la société changer, puisqu’ils tirent leur domination du maintien de la majorité de la population dans la pauvreté, sous le joug des monopoles.
C’est cette solidarité de classe qui rend cohérents des positionnements qui défient apparemment toute logique. C’est la confirmation de la ligne de division qui structure notre société. Le débat ne se situe pas entre une droite, une gauche, un centre, un haut et un bas, mais entre les partisans et les adversaires du développement.

M.M.


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