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La solidarité de classe pour casser la dynamique populaire

Une constante depuis 1956

Manuel Marchal / 1er octobre 2011

Personne ne peut croire qu’à La Réunion, l’UMP soit majoritaire dans la population. Mais ce sont des listes conduites par des UMP qui ont obtenu la majorité des suffrages des grands électeurs. Ce décalage entre la situation réelle et le résultat d’une élection n’est pas une nouveauté. Car qui peut croire que durant ses 27 premières années d’existence, le PCR était rejeté par la population à un point tel qu’il n’obtenait pas de député ? Cette absence de représentation était provoquée par la fraude électorale et la solidarité de classe entre les possédants.

Dix ans après l’abolition du statut colonial se déroulent à La Réunion des élections législatives. Le contexte est difficile, car mis à part l’aide médicale gratuite et l’alignement du traitement des fonctionnaires sur celui de la France majoré des primes coloniales, la situation n’avait guère changé pour les travailleurs.
Mais pour la population, ces élections allaient être le moment de s’exprimer contre les injustices le 2 janvier 1956, à l’occasion d’une élection législative à la proportionnelle. La liste progressiste conduite par Paul Vergès obtient la majorité absolue des suffrages, et devance largement la liste socialiste et une autre liste de conservateurs.
Conséquence, deux députés sur trois sont des membres de la Fédération communiste qui sont élus députés : Paul Vergès et Raymond Mondon. Cette élection donne une idée de la situation électorale réelle du pays. C’est cette réalité que les conservateurs et Paris vont combattre. Six mois après les élections, le gouvernement socialiste envoie à La Réunion le préfet Perreau-Pradier. Ce dernier va utiliser tous les moyens pour empêcher les élections de refléter la situation réelle du pays. C’est le début de la fraude électorale massive à La Réunion.

De 52% des suffrages à 0,66% des "voix"

Les unes après les autres, les municipalités qui ne sont pas dirigées par les conservateurs tombent. Ainsi à Saint-Paul, la commune dirigée par Eleonor Lucas est dissoute, puis les élections qui suivent voient les fraudeurs désigner un socialiste pour siéger à la Mairie. Les abus sont tellement flagrants qu’une commission d’enquête parlementaire séjourne plusieurs jours dans le pays. Mais ces crimes contre la démocratie ne sont pas sanctionnés. Leur objectif est clair, il s’agit d’empêcher le peuple de s’exprimer. Aux élections de novembre 1958, des fraudes massives empêchent la réélection de Paul Vergès et Raymond Mondon. En 1962, les progressistes ne dirigent plus aucune commune. En 1963, Michel Debré est désigné député par 85% des "voix". En 1965, le PCR réalise des scores ridiculement bas : moins de 1% à La Possession ou à Saint-André par exemple.
C’est sans doute un sommet dans la fraude électorale. La lutte des démocrates finit par porter ses fruits. À Saint-Paul puis à Saint-Pierre, le PCR gagne des élections cantonales, puis plusieurs mairies en 1971 qui sont conservées en 1977. Dans ces communes, le résultat reflète l’état de l’opinion.

La solidarité de classe en 1981

En 1981, c’est l’alternance. Lors du premier tour des élections législatives, les candidats du PCR font de bons résultats. Bruny Payet contraint Michel Debré à un second tour. Paul Vergès arrive en tête devant le sortant Jean Fontaine, député du Front national. Élie Hoarau est devancé de justesse par Wilfrid Bertile, il est en deuxième position et devance les deux candidats conservateurs, Pihouée et Virapoullé. Pour favoriser la victoire des forces du changement, le PCR propose tout de suite un désistement actif au PS. Immédiatement, Élie Hoarau appelle à voter pour Wilfrid Bertile.
Mais cet appel n’est pas réciproque, et dans la seconde circonscription, le candidat PS n’appelle pas à voter pour Paul Vergès. Cela permet à Jean Fontaine, le seul député du Front national, d’être réélu, alors qu’au premier tour, la population avait voté en majorité pour les forces du changement. Au lieu de faire respecter le choix de la population, c’est une solidarité de classe qui s’est manifestée. Cette solidarité de classe refuse tout changement dans le pays, et décide donc de combattre les acteurs de ce changement, et en particulier le Parti communiste réunionnais.

Premiers députés PCR en 1986

Cinq ans plus tard, les élections législatives ont lieu à la proportionnelle. Il n’est donc pas possible pour les conservateurs de renouveler le coup de force de 1981. Ce scrutin est marqué par l’élection de deux députés du PCR, Paul Vergès et Élie Hoarau. Cela faisait 28 ans que les Réunionnais n’étaient plus représentés par des communistes au Parlement, et pourtant qui peut croire que depuis sa fondation en 1959, le PCR était rejeté par la population pour ne pas siéger à l’Assemblée nationale ?
Le résultat de 1986 réflétait enfin la volonté sans cesse exprimée par les électeurs, mais étouffée par la solidarité de classe des plus riches.
Cette victoire pour la démocratie n’était qu’une étape, car 18 mois après leur élection, Paul Vergès et Élie Hoarau vont montrer comment un mandat de député peut être utilisé pour galvaniser la lutte d’un peuple.

M.M.


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