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La trahison des intérêts de La Réunion

Didier Robert vote la suppression de la retraite à 60 ans

Manuel Marchal / 17 septembre 2010

À neuf jours de l’arrivée à La Réunion du Premier ministre, l’UMP a choisi de refuser le débat et d’écraser l’opposition en l’empêchant de s’exprimer lors du débat parlementaire à l’Assemblée nationale. Cette grave erreur a été soutenue par Didier Robert, président de la Région et député, qui n’a pas hésité à trahir la population réunionnaise en votant contre la retraite à 60 ans, et donc contre les intérêts de La Réunion.

Mercredi à l’Assemblée nationale, le gouvernement a rappelé qu’il ne s’embarrasse guère de scrupules pour faire passer la casse sociale. 165 députés avaient-ils prévu de prendre la parole pour expliquer leur vote ? Qu’à cela ne tienne, sur décision de l’UMP, la séance a été interrompue pour reprendre directement au vote solennel. Résultat : des élus du peuple ont été empêchés de s’exprimer dans l’enceinte où sont débattues et votées les lois.
C’est donc une forfaiture qui fera date, et qui montre jusqu’où sont capables d’aller des responsables politiques qui ont réussi à mettre la République au ban de la communauté internationale en maltraitant des citoyens de l’Union européenne pour des raisons racistes.
L’adoption de cette loi est également une erreur, car elle ne règle en rien les problèmes auxquels elle est censée répondre. En effet, le financement de la retraite suppose la contribution de travailleurs ayant un emploi, or, le nombre de chômeurs en France atteint des sommets à cause notamment de la politique du gouvernement, employeur au nom de l’État.

Le gouvernement prive le système de recettes

Depuis trois ans, ce sont en effet 100.000 postes de fonctionnaires qui ont été supprimés, et Paris compte maintenir le rythme au cours des 3 prochaines années en agitant la menace d’une crise à la grecque si cette baisse des effectifs n’est pas réalisée. Cela veut dire que si le gouvernement arrive à tenir son objectif, il aura réussi à priver la Caisse des retraites de la contribution de 200.000 travailleurs. Qui plus est, ces cotisations auraient pu être acquises définitivement par le système de retraite, car payées par des fonctionnaires, c’est-à-dire par des travailleurs qui ont obtenu la sécurité de l’emploi, de leur embauche à la retraite.
La suppression de 200.000 postes de fonctionnaires, ce sont donc plusieurs millions d’années de cotisations qui sont retirées au système par répartition.
A La Réunion, les conséquences de cette erreur sont encore plus graves parce qu’aujourd’hui, notre île compte déjà plus de 136.000 demandeurs d’emploi, soit 37% de la population active. Cela signifie que plus d’un travailleur sur trois est sans emploi ou a un travail tellement précaire et mal payé qu’il est obligé de rechercher un emploi, et cela dans un pays qui souffre d’une grave pénurie dans ce domaine.
Cette proportion de demandeurs d’emploi atteint 51% chez les jeunes. Quelle sera la retraite de toutes ces personnes acculées au chômage permanent, entrecoupé de brèves périodes d’activité dans des contrats précaires et mal payés ? C’est dire que la réforme des retraites votée par Didier Robert et l’UMP va accentuer la pauvreté à La Réunion.

L’urgence de la mission d’expertise

L’autre erreur est le relèvement de l’âge du départ à la retraite. La suppression de la retraite à 60 ans signifie en réalité que l’âge qui donne droit à une retraite pleine et entière est repoussé à 67 ans. Il est clair que la proportion de Réunionnais qui vivront au-delà de 67 ans sera inférieure à celle de France, à La Réunion, l’espérance de vie est plus faible qu’en France. C’est donc une injustice qui s’accentue.
Cette réforme va donc provoquer des dégâts considérables dans notre île. La Réunion sera la région la plus touchée par les conséquences des mesures prévues dans le texte qui abolit la retraite à 60 ans.
Il est donc plus urgent que jamais que Paris prenne enfin conscience du désastre qui va s’aggraver. Le Parti communiste réunionnais a demandé au Premier ministre l’envoi à La Réunion d’une mission d’expertise pour constater l’impact que pourra avoir dans notre pays ce type de mesure. Au moment où La Réunion est touchée de plein fouet par l’effondrement de son économie à la suite de décisions politiques, cette étude de notre situation est plus que jamais nécessaire.

Manuel Marchal


25% d’années de cotisations en plus pour les fonctionnaires ?

Enfin, si, pour le moment, la réforme n’a pas les mêmes conséquences pour les fonctionnaires à La Réunion, plusieurs députés ont fait état qu’ils mettront à l’ordre du jour du prochain débat parlementaire sur le Budget les bonifications obtenues par les fonctionnaires servant à La Réunion. Aujourd’hui, si un fonctionnaire d’État travaille 3 ans, il cotise en réalité 4 ans pour sa retraite, ce qui lui permet de partir plus tôt avec une pension complète. Ce sont les règles qui s’appliquent aujourd’hui et qui sont donc inscrites dans le contrat liant l’État employeur à ses agents.
Mais revenir sur cet acquis est un projet à ne pas exclure pour l’UMP. Trois députés ont en effet déposé des amendements à ce sujet qui ont été seulement repoussés. Un rapport doit donc être remis aux députés d’ici le mois de mars sur la question des bonifications de retraite pour les fonctionnaires servant à La Réunion et dans l’Outre-mer, mais le président de la Commission des finances a demandé une discussion sur cette question lors du débat sur le prochain Budget.
Si un tel projet était mené à bien, il voudrait dire que les fonctionnaires verront brutalement leur nombre d’annuités de cotisations augmenter de 25%. Cette menace n’est pas à prendre à la légère, lorsque l’on se rappelle que la première déclaration de Margie Sudre, présidente du Haut Conseil de la commande publique, a été justement de s’attaquer à la sur-rémunération, une autre caractéristique de la fonction publique d’État à La Réunion.


Didier Robert a-t-il transmis la motion demandant le maintien de la retraite à 60 ans ?

Lors de la Commission permanente de la Région du 8 septembre dernier, l’Alliance a réussi à faire voter à l’unanimité une motion demandant notamment le maintien de la retraite à 60 ans. Didier Robert, président de la Région, s’est engagé à transmettre cette motion à Paris.
Mais lorsque l’on constate que Didier Robert a voté contre la retraite à 60 ans à l’Assemblée nationale, une question se pose : Didier Robert a-t-il vraiment envoyé la motion à Paris ?
En votant pour un texte refusé par tous les Réunionnais, Didier Robert a trahi la population réunionnaise. Comment peut-il donc aujourd’hui se dire représentatif de la population qu’il vient de trahir ?


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