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La transparence, c’est maintenant, pas après les élections

En finir avec les "contrats magouille"

Manuel Marchal / 8 février 2011

Des travailleurs payés pour ne pas travailler : voilà un nouveau scandale de l’exploitation de la misère. La Région a versé 379.500 euros de subventions à une association récemment créée dans un canton renouvelable à Saint-Paul. Toute la transparence doit être faite dès maintenant, et pas après les élections.

Depuis plusieurs décennies, La Réunion est plongée dans une très grave crise : pas assez d’emplois, manque de logement, persistance de l’illettrisme, vie chère en sont les principales manifestations.
L’emploi est la première préoccupation. Alors, quand la crise s’aggrave comme c’est le cas depuis la suppression de la rocade du Tampon et la casse des grands projets, les contrats subventionnés par l’État sont souvent la seule manière d’échapper temporairement au chômage. Ces quelques mois de travail valent de l’or.
Devant cette situation, deux comportements sont possibles.
Soit adopter une attitude responsable, définir des critères d’attribution sans équivoque, qui responsabilise tout le monde.
Soit exploiter la misère et utiliser ces contrats subventionnés par l’État pour des pratiques clientélistes. À l’approche des élections municipales en 2008, des élus ont plongé sans vergogne dans la manne. Ces maires faisaient partie de l’ancienne majorité du Conseil général. Cela a été si scandaleux que lors de la dernière séance plénière du Conseil général en 2007, le préfet a dénoncé des "contrats magouille". Venant du représentant de l’État à La Réunion, une telle accusation est d’une très grande gravité.

35% des contrats attribués au Tampon avant les municipales

Mais alors que tout le monde s’attendait à ce que le Parquet lance une enquête sur la base de cette déclaration, cela ne s’est pas fait. Pourquoi ?
Après le résultat des municipales, la réponse est venue des protestations de plusieurs communes qui constataient que le quota attribué à La Réunion pour toute l’année était presque épuisé, et que dans ces conditions la rentrée des classes ne pouvait se faire dans des conditions de sécurité suffisantes.
87% du nombre de "mois CUI" du premier semestre avaient été attribués à 6 communes. Le Tampon, alors dirigé par Didier Robert, avait été particulièrement bien arrosé. À elle seule, cette commune avait raflé 35% des "mois CUI". Alain Bénard à Saint-Paul avait pu récupérer 19% du nombre des "mois CUI", Michel Fontaine à Saint-Pierre 10%, Cyrille Hamilcaro à Saint-Louis 10%, Jean-Luc Poudroux à Saint-Leu 7%, et Bertho Audifax à Saint-Benoît 6%. Les 18 autres communes de l’île devaient se débrouiller avec 13% du quota semestriel attribué à La Réunion.
« Le Tampon a eu droit à 104 fois plus de "mois CUI" que les trois communes dirigées par le PCR avant les élections. Qui pourrait croire qu’au Tampon, il y a 104 fois plus de personnes ayant droit à un CUI que dans les communes du Port, de La Possession et de Sainte-Suzanne réunies ? », rappelait "Témoignages" du 25 août 2008.

Qu’y a-t-il à cacher ?

À quelques semaines des cantonales, le débat est de nouveau ouvert sur l’attribution des emplois subventionnés par l’État. Un comité de suivi de ces emplois est annoncé par le représentant de l’État, mais il se réunira au mois d’avril, c’est-à-dire après les élections.
Or, des faits accablants montrent que le précédent de 2007 est en train de se répéter avec les mêmes acteurs. Mais cette fois-ci, c’est encore plus flagrant puisque des emplois verts sont attribués par la Région à des associations fraichement créées par des amis politiques de Didier Robert. Mais ces travailleurs sont obligés de rester les bras croisés toute la journée car le travail n’existe pas.
Afin que le précédent de 2008 ne se répète pas, il est urgent de faire la transparence dès maintenant. La répartition des contrats-aidés par collectivité doit être rendue publique dès maintenant, à moins qu’il y ait une information honteuse à dissimuler ?

M.M.


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