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Laurence Vergès : une vie au service du peuple réunionnais

Ce qu’il nous appartient de faire fructifier

Manuel Marchal / 5 novembre 2012

Samedi, Laurence Vergès nous a quittés. Il y a 58 ans, elle a décidé de quitter sa vie à Paris, sa famille et ses proches pour venir militer à La Réunion. C’était en 1954. Son engagement pour le Parti communiste et le peuple réunionnais ne s’est jamais démenti.

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Après son engagement dans la Résistance, Laurence Derouin s’est engagée dans le PCF. C’est là qu’elle rencontre Paul Vergès, qui était alors un des responsables de la section coloniale du Parti communiste français.

En 1954, Laurence Vergès travaille avec Laurent Casanova à la Direction de la Culture du PCF. Quant à Paul Vergès, le parti français pense à lui pour de plus importantes responsabilités. À cette époque, la France est en pleine croissance économique, l’industrie est en pleine croissance. La classe ouvrière est très puissante, et elle est le socle d’un PCF qui est le plus grand parti de France.

C’est là que Paul Vergès décide de revenir à La Réunion pour redresser le Parti, ce qui étonne les dirigeants du PCF. Pourquoi donc un jeune promis à un bel avenir en France décide-t-il de retourner dans cette lointaine île ? Laurence Vergès décide elle aussi de venir à La Réunion. Elle laisse donc sa famille, ses proches, son travail et la vie qu’elle menait à Paris pour La Réunion qui n’était plus officiellement une colonie que depuis 6 ans.

De la capitale d’un pays occidental en plein boom économique à une île encore dominée par l’aristocratie du sucre, le changement est radical. Laurence aurait pu se contenter de n’être que l’épouse de Paul Vergès, et d’avoir un métier à La Réunion. Mais elle était une militante.

C’est sa qualité de militante qui fait qu’elle s’engage dans l’affrontement politique et social à La Réunion.

Elle s’investit dans la lutte des femmes. Elle ouvre une librairie de publications marxistes qui deviendra rapidement un lieu de rencontre des militants progressistes. C’est dans ce lieu qu’a été élaborée la lutte pour sauver l’usine de Quartier Français. Elle participe à “Témoignages”.

Engagement total

Elle est donc totalement engagée dans la lutte pour la cause du peuple réunionnais ; cet engagement ne sera jamais démenti.

Elle mit ses connaissances acquises à Paris au service de cette cause. Cheville ouvrière de la “Commission Culture Témoignages”, elle permit aux Réunionnais de côtoyer plusieurs intellectuels mondialement connus tels que Maryse Condé, Jorge Amado, Jean Ziegler, Yves Coppens ou Albert Jacquard. C’était un moyen d’ouvrir La Réunion sur le monde.

Quand elle vint dans notre île voici 58 ans, Laurence Vergès était une zorey . Et parce qu’elle s’est impliquée dans les luttes du peuple réunionnais, elle a été totalement intégrée à ce pays. Elle illustre la capacité qu’a le peuple réunionnais d’intégrer toutes les personnes qui viennent soutenir sa cause.

Laurence Vergès a passé sa vie à se battre pour les Réunionnais. Elle est morte à La Réunion et elle sera enterrée à La Réunion. C’est une vie au service du peuple réunionnais qui est devenu le sien.

Manuel Marchal

La modestie de Laurence

Dès son arrivée à La Réunion, Laurence Vergès s’est engagée dans les luttes du peuple réunionnais. Elle s’est fortement impliquée dans les combats des femmes.

Sans elle, le mouvement des femmes n’aurait pas atteint la même dimension à La Réunion. Et pourtant, lors des défilés de la Journée internationale des femmes, Laurence Vergès n’apparaît jamais au premier rang dans les photos publiées dans "Témoignages". Cette modestie, c’est une grande qualité de la combattante.
La résistance à la répression

Elle était de toutes les batailles. Quand en mars 1959, Paul Vergès a été assommé devant la mairie de Saint-Denis, elle s’est dressée face aux CRS.

Quand est tombé l’arrêt de la Cour de Cassation confirmant la condamnation de Paul Vergès à trois mois de prison fermes pour délit de presse, pour avoir reproduit des articles sur la répression du 17 octobre 1961, elle sut profiter d’une panne d’électricité pour conduire la Volkswagen avec un passager que les agents des RG ont pris pour Paul Vergès à cause de l’obscurité. Cela a permis au secrétaire général du PCR d’échapper à la vigilance de la police et d’entrer en clandestinité pour organiser la résistance contre le pouvoir colonial.

Chacun peut imaginer la vie difficile qu’elle avait à assumer. Elle fut exemplaire.

Quand, aujourd’hui, François Hollande reconnaît la répression de la manifestation du 17 octobre, l’histoire donne raison à ce combat. C’est la confirmation de la justesse de cette lutte, alors que des voix avaient demandé d’arrêter la clandestinité.
Une seule préoccupation : la cause du peuple réunionnais

Laurence Vergès reçut des documents de la préfecture pour accéder au grade de chevalier de l’Ordre national du mérite. Elle a fait une lettre remerciant le gouvernement de son attention, mais a décidé de ne pas accepter cette décoration.

En 1987, le PCR décide de faire démissionner ces deux députés, élus en mars 1986, pour protester contre la loi de parité, qui refusait l’égalité aux Réunionnais. Laurence Vergès ne s’est jamais positionnée par rapport au statut social que donne un mandat de parlementaire, mais en fonction de la ligne politique. Si cette décision permettait de faire avancer la cause de l’égalité, alors elle s’imposait. L’histoire confirma la justesse d’une telle position. Voilà de quoi réfléchir pour tous ceux qui s’accrochent au cumul des mandats et des indemnités.


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