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Le changement est un devoir de solidarité envers les abandonnés

La moitié de la population vit sous le seuil de la pauvreté, ce sont des victimes

Manuel Marchal / 25 janvier 2013

Les Réunionnais doivent encore faire face à des conservateurs qui veulent retarder l’échéance, alors que la réalité est telle qu’elle impose le changement.

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Il est rare que passe une journée sans qu’une donnée ne vienne confirmer la gravité de la crise à La Réunion. Plus de 160.000 Réunionnais sont inscrits à Pôle emploi, et parmi eux près de 130.000 étaient sans emploi. Autrement dit, le drame du chômage touche quasiment toutes les familles.

Un des effets de cette crise, c’est la pauvreté en masse. La moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, c’est considérable et cela fait des années que cela dure. C’est la conséquence d’un système qui repose sur cette dramatique injustice : abandonner la moitié de la population, et offrir à une minorité un niveau de consommation équivalent ou supérieur à celui de la classe moyenne française.

Autrement dit, la majorité de la population n’a plus rien à attendre de ce système. Ce n’est pas la première fois qu’un cycle se termine de la sorte. Notre histoire a déjà connu des ruptures. Il y a eu 1848, et l’abolition de l’esclavage. Jusqu’à cette date, ce crime contre l’humanité était la loi, et il y avait encore des conservateurs pour s’opposer à la liberté.

L’assimilation a ruiné de notre économie

Un siècle plus tard, c’est une seconde rupture, celle de la loi pour l’égalité. Car la liberté n’avait pas fondamentalement changé la structure de la société, c’était toujours la colonie avec les graves inégalités imposées par ce régime. Autour des syndicats et du Parti communiste naissant s’est constitué un rassemblement de bonnes volontés pour en finir avec la misère coloniale.

Contre l’abolition du statut colonial, il y avait des conservateurs qui étaient contre la Sécurité sociale ou contre l’impôt en fonction des revenus. Même après la promulgation de la loi Vergès-Lepervanche, le 19 mars 1946, ils ont tout fait pour empêcher son application. Ils ont même été jusqu’à supprimer le suffrage universel par la fraude. Mais ils finirent par être balayés, et aujourd’hui plus personne ne conteste le droit pour les Réunionnais d’être les égaux de n’importe quel citoyen de la République.

La conquête de l’égalité n’a pas permis de régler les problèmes que nous connaissons aujourd’hui. Elle s’est traduite par l’intégration dans la France. Cette assimilation a ruiné quasiment toute notre économie. La richesse produite sur place a été remplacée par les transferts publics venus de France. Une nouvelle classe sociale vivant uniquement de ces transferts s’est constituée et a pris le pouvoir aux anciens usiniers et gros planteurs.

Elle s’est glissée dans le moule hérité de cette autre classe sociale. Cela n’a rien changé pour les pauvres. Or ces derniers sont la majorité de la population à La Réunion.

Le peuple n’est pas écouté

À plusieurs reprises, il aurait été possible de changer cette structure pour améliorer la situation. Il y eut les élections législatives de 1956. La majorité des Réunionnais décident de voter pour la liste d’union des planteurs et des ouvriers conduite par Paul Vergès et Raymond Mondon. Au lieu d’accompagner le changement voulu par la population, le pouvoir parisien dirigé par les socialistes appuie les conservateurs et supprime le suffrage universel à La Réunion. La résistance de la population autour de son parti communiste permet de reconquérir progressivement le droit de vote. Et une autre occasion se présente en 1981.

Le PCR et le nouveau pouvoir socialiste s’accordent pour amorcer le changement grâce à une réforme institutionnelle. Toutes les compétences qui seront transférées aux collectivités par la décentralisation seront exercées à La Réunion par une assemblée unique. Une erreur dans la rédaction du texte provoque son rejet par le Conseil constitutionnel, et le pouvoir socialiste refuse de présenter un texte corrigé, il s’aligne sur la position des conservateurs. Il crée les conditions de l’impasse dont nous voyons aujourd’hui le résultat.

La tension augmente

30 ans plus tard, c’est le rendez-vous des élections régionales de 2010. Au cours des 12 années précédentes, la Région dirigée par Paul Vergès a préparé un programme de développement durable. Il s’appuie sur l’autonomie énergétique, et sur la reconquête par le Réunionnais de son identité culturelle. Comme à la fin des années 50, comme en 1981, une coalition de conservateurs se met en place, allant des indépendantistes à l’UMP en passant par le Parti socialiste et d’anciens communistes. Ils organisent la défaite de l’Alliance et choisissent de placer à la présidence de la Région un élu qui ne fait pas mystère de ses intentions de démolir tous ces projets.

Les conséquences ne se font pas attendre : le chômage explose. Puis, se sont les manifestations du COSPAR en 2009, les émeutes de février 2012 et la répression… les abandonnés utilisent le dernier mode d’expression qui leur reste pour manifester leur opposition aux conservateurs. Ces derniers n’ont rien à faire de la pauvreté, de ceux qui n’ont pas à manger, car ils ne savent même pas ce que cela veut dire.

Que proposent-ils ?

Et même au sein du Parti communiste, l’histoire récente montre qu’il existe encore des gens qui utilisent le parti pour prendre le pouvoir dans ce système et ensuite pour le servir docilement contre les intérêts de la population.

Pour justifier leur trahison du peuple, ils attaquent le parti. Le PCR a eu à affronter la droite, les socialistes et une partie de ses membres qui organisent des diversions.

Mais aujourd’hui, ces conservateurs sont dos au mur : que proposent-ils ? Comment les 7 députés, le sénateur socialiste et les deux UMP comptent-ils régler le problème des 160.000 demandeurs d’emploi ?

Comme depuis plus de 50 ans, le PCR est au côté des victimes de ce système injuste. Il organise la solidarité pour résister en attendant que l’occasion du changement se présente. Lors du dernier débat sur la réforme territoriale en France, Paul Vergès a utilisé la tribune du Sénat pour rappeler que le changement reste toujours possible, et qu’il pourra s’amorcer par la collectivité unique aux compétences élargies afin que les Réunionnais prennent enfin le pouvoir.

M.M.



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Messages






  • Se regarder !
    Il me vient toujours cette recommandation d’un vieux militant qui a ete interne a DACHAU au temps du nazisme et qui revenu en FRANCE a continue a militer. Il me disait : regardes toi dans un miroir . Tu liras dans tes yeux ce que que tu as fait ou pas fait pour que ce que tu critiques ou condamnes aujourd hui ne soit pas realite.
    Je me regarde et j essaye de comprendre ce que j ai fait . Ne suis je pas responsable de cette situation inhumaine vis a vis de mes compatriotes qui sont sans emploi, qui sont mal loges, qui vivent une vie de galere et de misere ? n ai je pas une part de responsabilite ?
    Il nous est facile d’ etre JUGE . Il nous est facile d etre DONNEUR de LECONS. Mais qu avons nous fait ?
    Si je rejoints M.M. dans ce constat qu’ il y a eu et qu il y aura des Femmes et des Hommes pour profiter d ’ un parti pour sa propre carriere et qui aujourd hui lynchent ces femmes et ces hommes qu elles , qu ils lechaient hier, n est ce pas cette verite de cette societe qui utilise l etre humain dans ces trois L : 3 L . Lecher. Lacher. Lyncher. Mais est ce suffissant comme analyse ?
    Je lis et je vois ce que le P.C.R. ecrit, fait. Mais je lis et je regarde aussi ce que certaines , certains de ses dirigentes, dirigents ecrivent et font.
    Je pourrais decrire , ennoncer les changements de strategie de la direction du P.C.R. Ennoncer n est pas denoncer .
    Nous devons prendre nos responsabilites et de commencer par se dire qu ai je fait ?
    Si aujourd hui je vois combien la vie interne du P.C.R. est traversee par des querelles de chefs , par des exclusions , par des ...et des ...Je me demande si nous n avons pas autre chose a faire ? Je souffre .
    Le grande majorite du PEUPLE REUNIONNAIS attend que des reponses concretes soient reelles pour que demain , ces jeunes, ces Mamans, ces Grandes Meres, ces Grands Peres, ces Chomeuses, ces Chomeurs vivent normalement. Comme des ETRES HUMAINS.
    Est ce trop demander ?
    Le changement est un devoir . C est VRAI.

    Article
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