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Le congrès du rassemblement pour la responsabilité des Réunionnais

Présentation des propositions en débat lors du 9e Congrès du PCR

Manuel Marchal / 11 janvier 2017

Le Parti communiste réunionnais prépare activement son 9e Congrès qui se tiendra le 5 février à Sainte-Suzanne. Le moment est venu de débattre sur les documents qui seront la base du travail de l’instance suprême du Parti. Yvan Dejean et Maurice Gironcel, co-secrétaires généraux du PCR ont présenté hier à la presse deux projets de thèse du 9e Congrès qui seront discutées à partir d’aujourd’hui avec les militants lors des assemblées générales des 11, 12 et 13 janvier.

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Yvan Dejean et Maurice Gironcel ont présenté hier deux projets de thèse qui seront débattus lors du 9e Congrès du PCR, le 5 février prochain à Sainte-Suzanne.

Yvan Dejean et Maurice Gironcel, co-secrétaires généraux du PCR ont tenu hier une conférence de presse. Le but de cette rencontre avec les journalistes était de présenter deux documents qui seront au centre des débats du prochain Congrès. Ce sont les thèses du 9e Congrès. Elles en sont encore au stade de projet. Une porte sur le rassemblement des Réunionnais pour la responsabilité, la seconde la situation internationale. Dans les deux cas, elles proposent une analyse et des propositions. Elles seront présentées lors de trois assemblées générales des militants du PCR qui se tiendront aujourd’hui à Sainte-Suzanne, demain au Port et après-demain à Saint-Pierre.

Ces réunions sont une des étapes préalables au 9e Congrès, qui s’inscrivent dans « une vie de parti très intense s’annonce », précise Yvan Dejean, « avec comme but de populariser le plus largement possible nos propositions ».

Yvan Dejean a tout d’abord évoqué la thèse présentant la situation dans le monde. Il rappelle que ce qui se passe sur la planète a des effets dans de nombreux domaines à La Réunion. Le PCR arrive à la conclusion que la ligne de force qui se dégage est que ce monde est dirigé par les forces de l’argent, avec des conséquences multiples. Par exemple, c’est l’exploitation des êtres humains dans l’unique but de servir un système basé sur le sur-profit, le système capitaliste. Ce dernier exploite les richesses de la terre et des travailleurs en dépouillant les États-nations. Or, si jusqu’à présent les dirigeants avaient des comptes à rendre à leur peuple, on observe que ces Etats se rendent complices des forces de l’argent et ne rendent plus compte aux peuples mais uniquement aux actionnaires qui dirigent les multinationales, précise le PCR.

Contre un monde dominé par l’argent

« Un exemple parlant est le BREXIT », ajoute le co-secrétaire général du PCR, « c’est une volonté populaire de dire non à ce système, par la remise en cause d’une politique ultra-libérale où l’humain n’avait plus sa place, et la démocratie en danger ». C’est à certains égards la même chose aux États-Unis, où Donald Trump apparaissait comme le candidat anti-système, « ainsi que la montée en Europe des extrêmes populistes qui ne sont pas une solution ».

Ce mode de développement crée des inégalités. L’ONU note que 2 % de la population mondiale possède 50 % des richesses du monde. Conséquence : un enfant meurt de faim toutes les 7 secondes.

Troisième conséquence de cette situation inégalitaire : ce modèle agresse la planète. Les objectifs ne sont pas la satisfaction des besoins humains, mais celle des actionnaires des grosses sociétés. C’est un système de production à l’opposé du développement durable et de la protection de l’environnement. Cela impacte la vie, avec l’accélération des changements climatiques.

« Nous communistes réunionnais nous ne pouvons nous résigner à ces injustices, à ces inégalités, à ce monde d’oppression. À notre échelle, il est de notre devoir d’apporter une pierre à l’édification d’un autre monde », ajoute Yvan Dejean.

Autrement dit, « comme le disait Paul Vergès, face aux événements néfastes, aux conséquences du changement climatique, de la croissance démographique, de la révolution technologique qui vont bouleverser le monde, qui vont impacter La Réunion, nous avons à mener un combat sur un plan international pour sauver l’humanité ».

Le PCR veut apporter son soutien le plus total et sa solidarité à toutes les forces dans le monde et aux classes défavorisées qui luttent contre cette exploitation, ces inégalités, contre la mondialisation capitaliste. C’est la ligne qui sera portée au 9e Congrès. « Une ligne pour le respect des cultures, de l’identité, pour la protection de la Terre et de la vie, car nous n’avons qu’une planète, c’est notre bien à tous ».

Rassemblement

Maurice Gironcel est revenu sur l’autre thèse, sur le thème « Rassembler les forces vives de La Réunion pour la responsabilité et le développement durable du pays ». Le co-secrétaire général du PCR rappelle qu’un tournant se dessine. À quelques semaines de l’arrivée d’un nouveau pouvoir en France, un constat toujours plus partagé émerge. C’est la nécessité d’un nouveau cadre. Certains disent que l’on manque de visibilité, d’autres que le système actuel est un système colonial, parlent d’acte 3 de la décentralisation ou d’émancipation. « N’est-il pas possible sur la base de ce constat, que toute La Réunion parle d’une même voix, quel que soit celui qui sera président de la République dans quelques semaines ? », interroge Maurice Gironcel qui poursuit, « c’est ce que le PCR appelle le rassemblement, le front uni le plus large possible, ne rejetant personne pour porter cette même voix à Paris ».

Le PCR souligne que le moment est venu. Une fenêtre de tir se profile. « Rassembler pour plus de responsabilité est la thèse principale du Congrès. Le PCR a été créé en 1959. Il représente la force d’engagements d’hommes et de femmes pour que les Réunionnais vivent mieux. Cela a toujours été la démarche du PCR, et notamment de son fondateur Paul Vergès », poursuit le co-secrétaire général du PCR.

Dès 1946, ce rassemblement existait dans le CRADS, pour défendre La Réunion à partir d’une inspiration réunionnaise pour plus de justice sociale. Maurice Gironcel rappelle que les députés du CRADS sont allés défendre à Paris l’abolition du régime colonial et l’adoption du statut de département. Ce rassemblement allait au-delà des communistes. Cela a permis d’arracher le changement de statut.

En 1954, Paul Vergès avait réussi à unir planteurs, usiniers et ouvrier contre les banquiers pour sauver Quartier Français. Là aussi, le rassemblement avait gagné.

Système dans l’impasse

La création du PCR résulte de l’analyse selon laquelle l’assimilation et l’intégration amènent droit dans le mur. « Nous sommes dans une impasse, il faut autre chose », souligne Maurice Gironcel, « car ce système ne permet pas de relever tous les défis actuels ». Et de citer « un taux de chômage qui explose et qui frappe surtout la jeunesse ». Ainsi, 1463 emplois d’avenir arrivent en fin de contrat, sans solution autre que d’aller frapper à la porte de Pôle emploi.

La pauvreté touche 42 % des Réunionnais. La vie est chère. Le nombre de 115.000 illettrés ne descend pas.

Le dirigeant communiste rappelle que près de 30.000 demandes de logements sociaux ne sont pas satisfaites, ce qui pose des problèmes de cohabitation.

De plus, le volet B de la Convention canne 2015-2012 n’est pas signé, et cela à quelques mois de la fin du quota sucrier. Le PCR déplore aussi que les négociations des accords de partenariat économique avec les pays voisins se fassent dans le dos des Réunionnais.

Propositions pour une nouvelle politique

C’est pourquoi « le peuple réunionnais a le droit à la responsabilité pour conduire les affaires de son pays ». Le PCR estime qu’il est indispensable de rassembler les personnes, issues notamment des syndicats, associations, du monde économique et politique. L’objectif est de définir et de porter en commun un projet de développement durable, capable d’entraîner un changement aussi important qu’en 1946, date de l’abolition du statut colonial.

Ce projet le développement durable et solidaire concerne tout d’abord la responsabilité dans la gouvernance démocratique de La Réunion, avec une seule assemblée paritaire élue à la proportionnelle intégrale, dotée de compétences élargies. Le but est de permettre aux Réunionnais d’avoir des pouvoirs de décision sur toute leur vie quotidienne.

Le PCR propose que cette assemblée dispose d’un fonds de développement basé sur les financements de l’Europe, de la France et de La Réunion.

Pour l’économie, le PCR propose notamment une conférence permanente sur la survie de la canne. Il plaide aussi pour une fiscalité adaptée à La Réunion en mettant au préalable tout sur la table. Le but est d’aller vers une autonomie fiscale.

Pour lutter contre la vie chère, le PCR lance l’idée d’aller s’approvisionner chez nos voisins plutôt qu’en Europe.

Dans ce projet de thèse, il demande que la route en mer fasse l’objet d’un audit financier et environnemental immédiat. Le PCR propose un véritable réseau de transport ferroviaire. Pour l’environnement, il met en avant la création d’un grand service d’intérêt public, ainsi que pour l’aide à la personne.

Enfin, le PCR propose que La Réunion puisse signer elle-même des accords dans différents domaines pour favoriser son intégration régionale.

C’est donc toute une série de propositions qui est en débat à partir de ce soir à l’occasion des assemblées générales organisées dans les différentes régions de l’île.

M.M.


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