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Le Conseil départemental de La Réunion sera un syndicat de grandes communes

L’application d’une loi inadaptée à La Réunion porte un coup à la représentativité

Manuel Marchal / 24 mars 2015

Pour beaucoup de candidats, la campagne des départementales était axée sous un mot d’ordre : la proximité. C’est précisément l’inverse qui se produit. Jamais l’abstention n’a été aussi forte pour une élection locale à La Réunion d’une part, et d’autre part quasiment toutes les petites communes seront privées de représentant dans le futur Conseil départemental. Cette perte de représentativité est un élément favorisant l’abstention dans des communes où la participation est traditionnellement très élevée.

Faute de programme, nombreux sont les candidats à se faire les défenseurs du mot d’ordre de proximité. Dans ce mot fourre-tout se trouvent toutes sortes de promesses les plus démagogiques les unes que les autres. Au moment du scrutin, la population a donné son point de vue sur de pareilles méthodes : un rejet massif. Deux électeurs sur trois ne se sont pas déplacés ou ont refusé de voter pour un candidat dont le bulletin était sur la table.
Jamais une élection locale à La Réunion n’a subi un tel discrédit de la part des électeurs, c’est bien la preuve que le mot d’ordre de proximité n’a pas marché.

Les petites communes hors du Département

C’est aussi cette proximité qui était présentée comme un atout du précédent Conseil général. Compte-tenu de l’application à La Réunion du mode d’élection par canton, le découpage était à l’inverse de celui de la France. Là-bas, sauf dans les grandes villes, les cantons sont des regroupements de communes. À La Réunion, les anciens cantons étaient des parties de commune. C’est pourquoi dans les grandes communes, le maire et des adjoints étaient souvent conseillers généraux.

Pour les petites communes, les limites du canton étaient les mêmes que celles du territoire municipal. Ainsi, la plupart des maires des petites communes étaient également conseillers généraux.

L’application du redécoupage cantonal pour ces élections départementales a tout remis en cause. Il a signifié l’impossibilité de la représentation d’élus de petites communes dans la future assemblée départementale. Au moment du vote de la loi, plusieurs conseillers généraux voués à ne pas être conseillers départementaux avaient d’ailleurs protesté officiellement : ils avaient refusé de s’assoir lors d’une séance plénière du Conseil général.

Le coup décisif porté aux petites communes

Le premier tour des départementales a confirmé l’impact de l’application de cette loi inadaptée à La Réunion. Comme lors des cantonales, le poids des maires a joué à plein, mais ce sont ceux des grandes villes qui se font entendre : Saint-Denis, Saint-Pierre, Saint-Paul, Saint-André se succèdent sur les plateaux de télévision. Ce sont les maires des petites communes qui sont tous quasiment éliminés au premier tour, soit par leur absence, ou soit parce que la victoire sera difficile pour eux dimanche prochain.

En effet, seuls les maires de Bras-Panon, de la Plaine des Palmistes et de Petite Île sont arrivés en tête au premier tour. Partout ailleurs, c’est un échec, avec des ballotages défavorables contre des maires de plus grande ville.
Les maires de Trois-Bassins, de l’Entre-Deux, de Saint-Philippe, de Sainte-Rose sont dans ce cas. Quant à ceux de Cilaos et de Salazie, ils ne sont pas candidats. Dans le Conseil général, 9 petites communes avaient chacune un conseiller. Ce nombre sera au moins divisé par deux.

Le Conseil départemental sera donc le syndicat des grandes communes pendant ses six années d’existence. Or, déjà au sein des communautés d’agglomération, le mode de scrutin favorise aussi les grandes communes. À l’exception de la CINOR où la présidence est tournante, c’est toujours la ville la plus importante du territoire intercommunal qui obtient la présidence : Saint-Paul au TCO, Saint-André à la CIREST, Saint-Pierre à la CIVIS et Le Tampon à la CASud.

L’application du premier volet de la réforme territoriale à La Réunion renforce donc considérablement le poids des grandes collectivités. C’est un coup porté aux petites communes, et c’est donc le déclin de la proximité.


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