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« Le coût de la vie »

"La politique du gouvernement à l’égard des fonctionnaires d’hier et d’aujourd’hui" —5—

Témoignages.re / 6 août 2012

Suite aux mobilisations de l’ensemble des travailleurs pour l’égalité, les fonctionnaires ont obtenu en 1949 l’alignement de leur traitement sur celui du "cadre métropolitain" : salaire au niveau d’un fonctionnaire de France abondé de l’index de correction et de la prime de vie chère notamment. 10 ans plus tard, le gouvernement esquissait une première remise en cause de ces acquis, mais il prit peur à cause de la montée des forces populaires autour du PCR que la répression était incapable de détruire. Cette résistance est tellement forte que le recul de la fraude permet aux communistes d’avoir deux maires en 1971 et plusieurs conseillers généraux. Le gouvernement décide alors de passer à l’offensive en réduisant progressivement l’index de correction. Dans la cinquième partie de l’article de Daniel Lallemand publié dans "Cahiers de La Réunion et de l’océan Indien" de novembre 1976, dirigée par Antoine Minatchy, il est notamment question de la prime de vie chère versée au nom du "coût de la vie".

« Nous écrivons, plus haut, que la nouvelle politique du gouvernement à l’égard des fonctionnaires répond, apparemment, à un souci d’assimilation. Cependant, par un curieux retour de bascule, le gouvernement qui, dans les années 50, avait tenu à privilégier les travailleurs de la Fonction publique, en leur assurant un train de vie supérieur à celui de leurs collègues de métropole, en arrive aujourd’hui à les défavoriser par rapport à ces derniers. Il était allé au-delà de la départementalisation il y a vingt ans (article écrit en 1976 — NDLR), il recule en deçà aujourd’hui.

En effet, il y a un élément dont le gouvernement ne tient que partiellement compte dans sa politique globale d’harmonisation des rémunérations : il s’agit du coût de la vie.

Certes, le Secrétaire d’État aux DOM-TOM, parlant de l’indemnité de vie chère des fonctionnaires de l’État, indique qu’elle sera maintenue et ajustée au coût de la vie à La Réunion.

Mais certains travailleurs de la Fonction publique ou assimilés (Sécurité sociale, CAF, communaux...) ne bénéficient pas de l’indemnité de vie chère. Ceux-là se retrouveront, après la suppression de l’index de correction, avec des traitements tout juste égaux à ceux de leurs collègues de Métropole. De même les retraités, après la suppression de l’indemnité temporaire. Mais en raison du coût de la vie, leur pouvoir d’achat, des uns et des autres, sera de beaucoup inférieur à celui de leurs homologues métropolitains.

Même les fonctionnaires de l’État ne sont pas assurés de conserver une indemnité de vie chère qui tienne compte du coût de la vie réel. Si l’on se fonde sur une évaluation faite en 1967 par l’INSEE (Voir les « Comptes économiques » de cette année), complétée par l’évolution comparée de l’indice des prix en métropole et à La Réunion, on peut estimer que les prix sont de 61,5% plus élevés ici qu’en France. Mais on sait que le Secrétaire d’État aux DOM-TOM, se fondant, lui, sur une « enquête récente des services locaux de l’INSEE » — enquête qu’il a inventée pour les besoins de la cause — affirme que le coût de la vie n’est que de 31 à 36% plus élevé que celui de la Métropole.

Si, à trois mois de la venue à La Réunion du Président de la République (Giscard d’Estaing en octobre 1976—NDLR) , Olivier STIRN a indiqué que « l’indemnité de vie chère pourrait (conditionnel) être relevée jusqu’à 45% » , d’autres informations, pour le moment officieuses, laissent prévoir une disparition à terme de cet élément de rémunération. Au passage, signalons que, pour tenir compte du coût de la vie, les médecins de La Réunion, ne sont autorisés à abonder leurs tarifs que de 20%.

(à suivre)

Les prestations sociales

Un autre point développé dans cette 5è partie est relatif aux prestations sociales reçues par les fonctionnaires.

« La volonté, affichée par le gouvernement, d’aligner les conditions de vie des fonctionnaires de La Réunion sur celles de leurs collègues de métropole est démentie dans un autre domaine.

Sur le plan des prestations familiales — et cela dès aujourd’hui — le gouvernement ne tient aucun compte du coût de la vie. Lorsqu’il fixe arbitrairement peur La Réunion un salaire moyen départemental inférieur à celui de Métropole, il condamne les fonctionnaires et assimilés à percevoir des allocations inférieures à celles servies en France tout en sachant que les prix sont plus élevés ici.

Une autre mesure, préconisée par le Rapport général d’Approche du VIlè Plan, ne peut que contribuer, toujours dans le domaine des prestations familiales, à inférioriser les fonctionnaires de La Réunion par rapport à ceux de Métropole. Elle concerne la participation des travailleurs de la Fonction publique au FASO, Fonds d’Action sanitaire et sociale Obligatoire, qui jusqu’à présent n’avait de caractère « obligatoire » que pour les travailleurs du secteur privé et les assimilés de la Fonction publique (Sécurité sociale, Collectivités locales, etc.)

Cette participation au FASO entraînerait une diminution de 45% des allocations familiales servies aux fonctionnaires.

Enfin, les fonctionnaires servant en métropole ont droit, jusqu’à l’indice 300, à l’allocation-logement. A ce titre, un fonctionnaire marié et ayant trois enfants perçoit en métropole, 480 F par mois. Cet avantage n’existe pas à La Réunion.

Nous assistons donc à un renversement de la politique du gouvernement à l’égard des fonctionnaires. Alors qu’il y a vingt-cinq ans (en 1949—NDLR) il leur accordait des avantages qui allaient au delà de ce qu’impliquait la départementalisation, il les ramène aujourd’hui en deçà des exigences de cette même départementalisation.

Non seulement il ne respecte pas le principe de l’alignement dans le domaine des prestations familiales, mais de plus, sur le plan des rémunérations, l’alignement qu’il projette est fallacieux, dans la mesure où il est hors de son pouvoir d’aligner le coût de la vie sur celui de la Métropole.

De ce fait de nombreuses catégories de travailleurs de la Fonction publique, ainsi que tous les retraités, verront leur pouvoir d’achat descendre à terme bien au-dessous du niveau métropolitain.

Seuls les fonctionnaires de l’État, encore que défavorisés sur le plan des prestations familiales, pourront, tant que sera maintenue leur indemnité de vie chère, prétendre à l’égalité de rémunération avec les fonctionnaires de métropole. »
"La politique du gouvernement à l’égard des fonctionnaires d’hier et d’aujourd’hui"

Voici la listes des différentes parties de l’article paru sous la signature de Daniel Lallemand dans le numéro de novembre 1976 de la revue "Cahiers de La Réunion et de l’océan Indien", dirigée par Antoine Minatchy.

Mercredi 1er août : "L’intégration des fonctionnaires"

Jeudi 2 août : "L’écart se creuse"

Vendredi 3 août : "Les signes avant-coureurs d’un changement"

Samedi 4 août : "L’offensive du pouvoir"


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