Actualités

Le développement de La Réunion ne se fera pas sans les pauvres

40 % des Réunionnais sous le seuil de pauvreté

Manuel Marchal / 2 octobre 2017

Une étude publiée vendredi par l’INSEE indique qu’en 2014, 40 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté. Si les prestations sociales n’existaient pas, alors la majorité des Réunionnais seraient sous ce seuil. C’est une nouvelle illustration de la crise du système en place à La Réunion.

JPEG - 123.2 ko
Photo Toniox.

Quatre Réunionnais sur dix sous le seuil de pauvreté. Cette statistique publiée par l’INSEE est un nouveau constat du résultat des politiques mises en place depuis des décennies à La Réunion. La raison principale de cette crise est le manque d’emploi. Le chômage entraîne une baisse des revenus. Elle maintient de nombreux Réunionnais dans la précarité toute leur vie. Car les périodes de travail ne permettent pas d’obtenir un niveau de cotisation suffisant pour avoir une retraite suffisante pour vivre. En conséquence, le minimum vieillesse est alors le seul recours pour pouvoir s’en sortir, il sera ensuite récupéré par la Sécurité sociale sur la succession des héritiers.

Comment parler de démocratie ?

La proportion de Réunionnais vivant sous le seuil de pauvreté ne varie guère depuis plusieurs années. C’est un révélateur d’un système bloqué. En conséquence, le nombre des pauvres augmente. Si rien ne s’améliore, quand La Réunion approchera le million d’habitants, elle comptera 400.000 pauvres. Comment envisager le développement dans de telles conditions ?

La pauvreté a une autre conséquence. Elle constitue un terreau favorable à la corruption pendant les campagnes électorales. En effet, des candidats près à tout pour obtenir un pouvoir se livrent à des promesses démagogiques pour des emplois. De l’argent circule également. Tout cela nuit à la sincérité du scrutin. Cela relativise manifestement le résultat des élections. Les derniers scrutins ont vu la défiance progresser. Lors des premiers tours des départementales, des régionales, de la présidentielle, et des législatives, la majorité des électeurs se sont abstenus. Sans doute faut-il voir dans cette abstention majoritaire un rejet de ce système électoral dévoyé par la corruption.

La classe la plus nombreuse et la plus exploitée

Chômage et pauvreté sont liés à La Réunion. Or quand des travailleurs sont mis au chômage, il est bien plus difficile pour eux de s’organiser. Le besoin de réponses immédiates à une situation sociale dramatique prend le pas sur toute autre chose. Les liens créés par le travail ou le syndicat se distendent. C’est une part importante de la population réunionnaise qui se trouve abandonnée.

Ce sont pourtant ces pauvres qui constituent la partie la plus exploitée. Grâce à la bataille pour l’égalité, ils ont obtenu des prestations sociales qui les aident à survivre. Mais cette maigre somme est immédiatement dépensée pour assurer le logement, payer l’eau, l’électricité et la nourriture, souvent au bénéfice de sociétés dont le siège se situe en France. Ils sont maintenus dans une situation où leur survie dépend de transferts publics venant de l’extérieur.

C’est aussi vers cette classe que se tournent les agents de la corruption qui tentent de se maintenir au pouvoir. Les pauvres constituent le nombre le plus important d’électeurs. Ils peuvent faire basculer le résultat, car un bulletin de pauvre vaut autant que celui d’un autre.

Cela rend plus difficile la prise de conscience que la solution aux difficultés se situe dans le développement de La Réunion, et donc dans une rupture avec le système qui leur accorde des miettes pour survivre.

Le défi de l’organisation

Or, compte-tenu de la forte proportion de pauvres à La Réunion, il est évident que le développement de notre île ne pourra pas se faire sans eux. C’est même dans ces pauvres que réside le plus grand dynamisme pour faire progresser notre île, car ils sont la catégorie sociale la plus nombreuse.

Quand La Réunion avait obtenu l’abolition du statut colonial, le chômage n’existait pas. Le mouvement progressiste était porté par une classe ouvrière nombreuse dans les usines et les plantations, à laquelle s’est joint les fonctionnaires qui étaient à l’époque discriminés par un statut comparable à celui de l’indigénat dans les autres colonies françaises. Ce mouvement était structuré par des syndicats qui ont trouvé une expression politique dans le CRADS, puis dans la Fédération communiste devenue Parti communiste réunionnais.

C’est pourquoi une des tâches essentielles est l’organisation des pauvres, afin qu’ils prennent conscience de la force de changement qu’ils représentent.

M.M.