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Le développement endogène en marche à La Réunion

Large rassemblement autour de propositions réunionnaises

Manuel Marchal / 7 octobre 2009

Construire un projet réunionnais, par des Réunionnais, pour répondre à des défis réunionnais, et renforcer un large rassemblement autour de ce projet : ces deux conditions au développement endogène ont été rappelées lundi par Paul Vergès lors d’une rencontre avec la presse.

Taux de chômage en augmentation, manque de logements, persistance de l’illettrisme, coût de la vie trop élevé… notre île est touchée par des problèmes structurels. Alors que ces questions sont loin d’être réglées, La Réunion voit l’arrivée simultanée de trois nouveaux défis qui compliquent encore la situation.
C’est tout d’abord la croissance démographique. Entre aujourd’hui et 2025, la population de La Réunion connaîtra une augmentation de 25%. Il faut donc dès maintenant prévoir un cadre de vie et des emplois pour un million d’habitants. Or, alors qu’aujourd’hui nous ne sommes que 800.000, le chômage ne cesse d’augmenter : plus de 120.000 Réunionnais sont à la recherche d’un emploi, selon les données officielles de l’administration.
C’est ensuite la mondialisation des échanges. Elle s’effectue actuellement selon les directives de l’Organisation Mondiale du Commerce, appliquées par l’Union Européenne. Elle signifie la chute des protections dont peuvent bénéficier les économies vulnérables. Pour La Réunion, cela signifie que l’octroi de mer est attaqué. Or, l’octroi de mer est aujourd’hui l’ultime protection dont peuvent bénéficier nos entreprises face à la concurrence extérieure.

Des défis spécifiques

En effet, depuis le 29 août dernier, La Réunion est intégrée dans un espace de libre-échange bien plus vaste que l’Union Européenne. Il comprend désormais les pays de notre région qui ont un modèle social totalement différent et des coûts de production beaucoup moins élevés. Se pose alors la question de la survie de nos producteurs, concurrencés sur le marché réunionnais par ceux des pays voisins.
C’est enfin le changement climatique. Du fait de sa situation géographique, La Réunion est en pleine zone de cyclones. Le réchauffement de la mer est un facteur qui contribue à ces phénomènes extrêmes. Cela pose la question de la protection de la population face aux conséquences des cyclones. Or, jusqu’à présent, une seule rivière est endiguée jusqu’à son embouchure. La construction d’endiguement et le remplacement des radiers par des ponts sont des investissements très coûteux. Comment faire pour rattraper ce retard d’équipements ?
Le changement climatique a aussi un impact sur une autre protection de La Réunion, sa barrière de corail. Que deviendra notre littoral s’il est directement attaqué par la houle de l’océan Indien ?
Ces contraintes démographiques, économiques et climatiques sont spécifiques à notre île. Aucune autre collectivité de la République n’est aussi durement frappée par le chômage, et aucune n’a à faire face à ces trois défis.

Privilégier le partenariat institutionnel

Devant cette situation, les élus qu’ont choisis les Réunionnais ont décidé de s’inscrire pleinement dans les États Généraux. Le Conseil général et la Région ne se sont pas contentés de donner un avis sur la synthèse des débats, les deux assemblées ont apporté une contribution conjointe. Cette contribution est désormais renforcée par l’adhésion de communes à ce texte. C’est le rassemblement le plus large autour des propositions réunionnaises qui est en train de s’opérer. Car pour arriver à concrétiser un plan de développement pour La Réunion, les propositions doivent être soutenues par au moins deux-tiers des Réunionnais, a déjà souligné Paul Vergès.
Construction d’un projet réunionnais par des Réunionnais pour répondre à des défis réunionnais, et construction d’un rassemblement très large pour adopter ce projet : deux conditions du développement endogène sont en train de se réaliser à La Réunion.
Ainsi, les Réunionnais sont les acteurs de leur développement.
Pour aller vers ce développement endogène, il est essentiel de sortir de la logique de l’affrontement et aller vers ce que le président de la Région appelle le partenariat institutionnel. Un partenariat où chacun contribue à la réalisation d’un objectif commun, décidé par les Réunionnais.

Manuel Marchal


L’ouverture implique une nouvelle économie

À l’époque coloniale, La Réunion entretenait des liens étroits et exclusifs avec sa métropole. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la mobilisation des Réunionnais autour d’un projet largement partagé aboutit à l’abolition du statut colonial. La fin de cette ère signifie pour La Réunion l’intégration de son économie à l’ensemble français.
De cette évolution découle la fin d’une partie de notre industrie, directement en concurrence avec les produits fabriqués en France, à un prix de revient bien moins élevé.

Du fait de l’adhésion de la République au Marché commun puis à l’Union Européenne, La Réunion est intégrée à un marché unique de plusieurs centaines de millions d’habitants. C’est avec ce marché européen que se font la plupart des échanges. Ainsi, plus de la moitié des importations viennent d’entreprises situées dans l’UE. Cette intégration offrait également une protection à nos producteurs, puisqu’ils étaient à l’intérieur des barrières imposées par l’Union Européenne. Tout change quand se mettent en place au niveau mondial des règles dictées par une idéologie ultra-libérale. Le mot d’ordre des dirigeants de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), c’est que le libre-échange favorisera le développement de tous. Pour La Réunion, une telle situation pourrait conduire exactement à l’inverse des proclamations : la ruine de nos dernières industries est une menace.

Pour appliquer les orientations de l’OMC, l’Union Européenne décide d’ouvrir l’intégralité de son marché aux produits fabriqués par nos voisins. Ces derniers sont fabriqués à un coût défiant toute concurrence, du fait d’un système social totalement différent. Et lorsque l’Union Européenne s’engage à ouvrir ses frontières à des pays à très faible coût de main d’œuvre, elle le fait au nom également de La Réunion, sans qu’aucun Réunionnais ne soit invité à la signature de l’accord donnant une portée juridique à cet engagement. Pourtant, à la différence des États membres de l’Union Européenne, La Réunion ne se situe pas à 10.000 kilomètres de Madagascar ou du Mozambique, mais dans le voisinage immédiat de ces pays.

Le résultat est une ouverture qui remet en cause toutes les pratiques développées depuis le début du peuplement de La Réunion. Désormais, l’application de l’Accord de partenariat économique intermédiaire signifie qu’à plus ou moins brève échéance, tous les secteurs productifs du pays sont susceptibles d’être concurrencés par des entreprises implantées dans les pays voisins.

La situation de La Réunion n’a donc plus rien à voir avec celle de 1946. À l’époque, un pays de 250.000 habitants commençait son intégration à l’ensemble français. 63 ans plus tard, c’est un pays de 800.000 habitants qui doit s’adapter à une intégration à un marché unique mondial. Cette ouverture sans précédent dans l’Histoire de notre pays signifie la création d’une nouvelle économie.


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