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« Le devoir d’inventaire, la mission du PCR et la responsabilité des Réunionnais. Une civilisation responsable »

Hommage du PCR à Paul Vergès, par Maurice Gironcel, secrétaire général du Parti communiste réunionnais

Parti Communiste Réunionnais / 13 novembre 2017

Voici le texte de l’hommage rendu hier par le Parti communiste réunionnais à Paul Vergès au cimetière paysager du Port, à l’occasion du premier anniversaire du décès de l’ancien dirigeant du PCR.

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Discours du secrétaire général du PCR, Maurice Gironcel.

Mesdames et Messieurs,

Chers amis, chers camarades,

Merci à toutes pour votre présence ce matin pour rendre un hommage à Paul Vergès

Si Paul Vergès était encore physiquement présent, il aurait été certainement en Allemagne où se tient, depuis le 6 novembre, la Conférence des Nations Unies sur le climat, la COP23. Paul Vergès aurait été à l’endroit où se prennent les décisions qui orientent le monde.

Actuellement, à Bonn, 196 pays sont réunis pour 15 jours afin d’évaluer les premiers engagements dont le but est de maintenir l’augmentation de la température moyenne sur le siècle et sur la planète en dessous de 2 degrés, voire 1,5 degré.

Convaincu du caractère inéluctable du changement climatique, il dépose une proposition de loi qui sera votée à l’unanimité de la représentation parlementaire français, en l’an 2000. L’ONERC (Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique) est créé l’année suivante.

Il présidera cette noble institution durant 15 ans, c’est-à-dire jusque sa mort. Chaque année, il remettait au gouvernement un rapport sur l’état de la recherche et formulait des recommandations pour des politiques d’adaptation ou d’atténuation. La démonstration était faite que les divisions partisanes ne résistaient pas à l’épreuve d’une vision d’avenir partagé.

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Outre des communistes, l’invitation du PCR a rassemblé des personnes situées en dehors du Parti comme Pascal Basse et Corine Bédier (France Insoumise), Jean-Pierre Marchau (Europe écologie les Verts), ainsi qu’André Oraison, professeur d’Université…

En projetant le regard aussi loin, en plus du changement climatique, il avait émis 3 autres hypothèses de transformation globale : l’évolution démographique, la structuration d’un marché unique mondial et l’innovation technologique. Il invitait à l’étude des contradictions inévitables et tenter leur dépassement par une politique d’anticipation. En traitant les problèmes immédiats dans une perspective de long terme, on dispose du recul nécessaire pour examiner les conséquences avant la décision.

La conclusion de ses réflexions théoriques et pratiques débouchait sur la nécessité d’une nouvelle synthèse à l’ère contemporaine afin de compléter les œuvres des grands penseurs et praticiens connus qui ne disposaient pas à leur époque de moyens d’investigation aussi sophistiqués que ceux dont nous disposons aujourd’hui. A lui tout seul, maire du Port et Président de Région, il a fait planter un million d’arbres.

C’est probablement ses capacités de réflexion et les qualités de ses échanges qui ont convaincu les autorités indiennes de la prestigieuse Université NERHU, à New Delhi, de dénommer son Centre de Documentation sur le monde india-océanique, “Centre de l’Océan Indien Paul Vergès”.

C’est toute La Réunion qui est honorée par cette distinction. De même, si le PCR a été invité en Afrique du Sud lors du centenaire de l’ANC, c’est à cause des actions décisives de Paul Vergès et de son frère Jacques dans la lutte contre l’Apartheid.

Comment mettre toutes ces informations à la disposition de ses compatriotes ?

Voyez-vous, mesdames et messieurs,

Chers amis et camarades,

La responsabilité majeure que nous impose Paul Vergès, c’est un devoir d’inventaire de l’œuvre de l’un de nos illustres compatriotes et camarades de combat.

Au lendemain de ses obsèques, nous avions réagi en prenant la décision de rapprocher la date du 9e Congrès qui avait été décidé de son vivant.

Ainsi, aux compagnons de lutte de Paul sont venus s’ajouter d’autres personnes, de plus jeunes aussi, que je tiens particulièrement à remercier. Le fardeau n’est pas plus léger pour autant mais nous assurons une certaine continuité, dans l’esprit et dans l’action.

Nous profitons de cet instant pour saluer la présence de nombreuses personnes qui ne sont pas communistes mais qui sont venus pour Paul Vergès et ce qu’il représente pour vous. Vous savez aussi que nous prônons l’union sans exclusive pour tenter de parler d’une même voix vis-à-vis de Paris.

Paul Vergès a montré que c’était possible sur des dossiers d’intérêts communs. Bien sûr, son départ nous affecte profondément. Mais il nous apprit le sens de l’histoire. La mission du PCR est de continuer l’œuvre entreprise depuis sa fondation en 1959, et de s’adapter au temps présent.

Notre Parti aura 60 ans dans 2 ans. C’est avec vous tous que nous voulons partager les leçons de ce parcours exceptionnel. Le peuple réunionnais et sa jeunesse ont besoin de repères solides pour affronter et surmonter collectivement les défis de l’avenir. Ils doivent savoir sur qui compter pour traverser le temps long.

Le centenaire de la loi de 1946, c’est dans 28 ans. Portée par Raymond Vergès, Léon de Lépervanche, Aimé Césaire, Lépold Bissol, Gaston Monnerville, cette loi a été adoptée à l’unanimité et a été aussitôt qualifiée “du bon travail communiste” mais des contradictions demeurent 71 ans après le vote de cette loi, il nous faut ensemble trouver les voies pour les surmonter.

Mesdames et Messieurs,

Pour l’heure, l’Histoire nous appelle à la Responsabilité. Les Réunionnais veulent sauvegarder les acquis de l’intégration historique à 10 000 km mais l’avenir commande notre insertion dans le voisinage. Comment articuler notre présence d’un million d’habitants dans une proximité de 50 millions et dans un grand voisinage qui se compte par milliards d’habitants.

Cette réflexion doit tenir compte du Traité de Paris sur le climat qui est désormais opposable aux Etats, Collectivités, entreprises et aux Citoyens. Paul Vergès nous avait prévenu qu’il faut se préparer à une civilisation écologique qui n’aura plus trop grand-chose avec notre mode de vie actuel. L’avenir de l’humanité passe par l’invention collective de nouveaux modes de productions et de consommations.

C’est de cela qu’ils discutent à Bonn, en l’absence de notre représentant Paul Vergès. Ils sont des dizaines de milliers qui ne se connaissent pas, qui ont des systèmes de gouvernance opposée, mais qui ont en tête un objectif convergent de réduire drastiquement la production de gaz à effet de serre.

Le meilleur hommage que nous pouvons rendre à Paul Vergès, c’est de préparer concrètement un projet global et cohérent de développement durable et solidaire où aucun aspect ne sera laissé au hasard et où personne n’en sera exclu. Une civilisation responsable respectant les individus et les peuples dans leurs diversités. Au PCR nous nous efforçons de tenir ces engagements.

Mesdames, Messieurs,

Chers amis et camarades,

Merci pour votre attention et au nom de toutes celles et de tous ceux qui gardent en mémoire l’exemple de Paul Vergès je vais déposer cette gerbe mais avant je vous demanderais d’observer une minute de silence.

Maurice Gironcel
Secrétaire Général du PCR
Le Port, le 12 novembre 2017