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Le discours de la présidence de la République lors de la commémoration de l’abolition de l’esclavage : Un désaveu cinglant pour Didier Robert !

Sur le blog de Paul Vergès

Témoignages.re / 17 mai 2011

Fin 2010, nous avions mis en garde l’opinion sur le fait que l’année 2011 allait être plus dure que la précédente, du fait non seulement du maintien, mais aussi de la politique du gouvernement dans la gestion de l’aggravation de la crise. Certains commentateurs de presse nous avaient alors accusés de voir systématiquement l’avenir avec pessimisme. Mais l’actualité de la semaine écoulée – comme celle des semaines précédentes – confirme notre point de vue, et pèse non seulement sur la situation immédiate à La Réunion mais également sur le long terme.

C’est par exemple le rendu de l’enquête sur les conditions de vie des personnes âgées. La Réunion compte 89.000 personnes âgées de 60 ans et plus. On apprend ainsi que 51% des plus de 65 ans vivent en dessous du seuil de pauvreté. Et ce sont les personnes les plus âgées qui connaissent les situations les plus graves.
La situation de ces personnes est le résultat de leur période de vie active, tout du moins l’absence de toute activité pérenne, de tout travail, si ce n’est la succession de petits contrats. Elles n’ont pu remplir les conditions pour prétendre à une retraite pleine, tout juste à l’allocation vieillesse.
Cette situation, c’est le bilan du demi-siècle passé, et ce bilan est terrifiant. Pendant toutes ces décennies, nous avons été les seuls à dénoncer l’aggravation de la situation et les conséquences pour l’avenir.
Un autre chiffre confirme la détérioration importante de la situation, et cela au moment même où un ministre et des responsables de l’actuel gouvernement déclarent qu’il faut empêcher les allocataires du RSA de s’installer « dans l’assistanat » et qu’il convient de les obliger à fournir quelques heures de travail par semaine, et cela gratuitement. L’indignation devant cette affirmation a été générale.
À La Réunion, cela concerne exactement 86.705 personnes.
La dégradation de la situation ne concerne pas que les personnes âgées ; il suffit de regarder les jeunes, qui commencent – ou devraient commencer – leur vie active. Plus de 55% d’entre eux subissent le chômage. On prépare là les conditions d’une pauvreté accrue de celles et ceux qui seront « des seniors » dans 40 ans.

La santé des Réunionnais en péril

À cela s’ajoute la question de la santé. Ces seniors – et ces jeunes – en situation de pauvreté ne pourront plus se soigner, puisque le gouvernement a décidé que 1.219 médicaments allaient être moins remboursés par la Sécurité sociale. Et ce sont souvent des médicaments d’usage courant.
Si les conditions de vie quotidienne se dégradent de jour en jour, d’autres signaux forts sont perceptibles. C’est par exemple la communication de l’ONU sur l’augmentation du nombre de catastrophes naturelles, liées aux changements climatiques. Leur nombre a été multiplié par 10 ces dernières décennies : crues, inondations, glissements de terrain, sécheresses, incendies de forêt, etc. Cela cause des dégâts considérables tant pour les habitants que pour les récoltes et infrastructures.
La Réunion n’est pas épargnée par ce phénomène, puisqu’elle a connu une alternance de périodes de sécheresse et de fortes pluies, chaque phénomène s’accompagnant d’une demande de subventions.
Face à la généralisation de ces catastrophes naturelles, il faut souligner l’attitude irresponsable et passive de ceux qui devraient prendre les mesures indispensables pour limiter les dommages causés tant aux personnes qu’aux biens. Mais cela n’est pas fait. Cette attitude est d’autant plus irresponsable que tout le monde sait parfaitement que les changements climatiques vont se poursuivre sinon s’aggraver jusqu’à la fin du siècle.

Le contribuable va payer

Et c’est dans ce contexte que la majorité du Conseil régional a décidé, lors de la dernière commission permanente, de consacrer quelques centaines de millions d’euros à… améliorer certaines portions de routes nationales. Elle a aussi choisi de subventionner les EPCI (structures intercommunales) compétents dans le domaine des transports routiers ainsi que des compagnies privées pour l’achat de centaines de bus. Tout cela pour justifier la décision de supprimer le tram-train.
Or chacun le sait bien, et cela est confirmé au fil des semaines, l’on assiste à une reprise de la vente de voitures individuelles à La Réunion. Cette information semble avoir échappé à l’exécutif régional.
Ainsi, si l’on combine cette situation à l’augmentation de la population à La Réunion (environ 10.000 personnes par an), on ne peut que s’interroger : comment le Conseil régional peut-il faire croire à la population réunionnaise – sauf à estimer que celle-ci n’est pas à même de le comprendre - que les fonds publics, ces centaines de millions d’euros consacrés à augmenter le nombre de véhicules, permettront une amélioration des conditions de circulation, alors que le nombre de kilomètres de route, lui, n’augmentera pas ?
Lors du basculement de la route du littoral, la semaine dernière, une voiture a pris feu. Cela a provoqué un énorme encombrement, sur des kilomètres, puisque l’embouteillage remontait jusqu’à la tranchée couverte de Savannah. Imaginons quelle aurait été la situation si au nombre de voitures devaient s’ajouter les 2.000 bus subventionnés par la Région !
Lors de cette même réunion de la commission permanente, la majorité régionale a fait cavalier seul et a décidé, malgré la résistance forte des autres collectivités, de subventionner le gasoil et d’y consacrer une enveloppe de 2 millions d’euros. La mesure était destinée à limiter l’impact de l’augmentation du coût du carburant. Mais la Région s’est bien gardée d’indiquer qui pourra bénéficier de cette mesure et qui sera sacrifié !
Ce qui montre bien que l’initiative du Conseil régional de supprimer le tram-train est un élément aggravant de la situation générale de la circulation à La Réunion, et qui, de plus, va coûter fort cher tant à la collectivité qu’aux contribuables !

Du discours à la pratique

Un événement a également été marquant la semaine passée. On a vu la présidence de la République et le gouvernement fournir de gros efforts pour répondre aux dispositions de la loi Taubira sur la traite, l’esclavage et les conditions de leur abolition.
S’il n’y avait pas eu, à La Réunion, certaines initiatives pour célébrer le 10 mai, on aurait pu croire que cette célébration ne concernait que… la France ! Il s’agissait pourtant de commémorer ce crime contre l’humanité qu’a été l’esclavage, un crime perpétré pendant des siècles. Un crime qui a marqué la moitié de la courte histoire de La Réunion.
Or, dans notre île, c’est tout un secteur politique, l’UMP en tête, qui a décidé de ne pas faire un geste, de ne pas marquer, de quelque manière que ce soit, ce devoir de mémoire.
Cela doit nous faire réfléchir aux motivations qui ont motivé cette attitude. Mais cela n’est d’ailleurs qu’une nouvelle illustration de la décision de la nouvelle majorité du Conseil régional de supprimer, dès son accession à la Région, la réalisation de la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise (MCUR).
Sur ce plan, il y a une sorte d’ironie à entendre le discours solennel du Président de la République : ce discours renforçait la portée de cette commémoration pour la France, – et bien sûr pour l’Outre-mer. Une importance pour l’histoire, pour aujourd’hui comme pour demain, car ce devoir de mémoire doit être renouvelé tous les ans.
Il n’aura pas échappé à celles et ceux qui ont prêté attention au discours du Président de la République, qu’il a repris les principes mêmes du concept de la MCUR, les raisons profondes de la nécessité impérieuse de sa création.
Il est également symptomatique de remarquer que l’enthousiasme manifesté par le Président de la République lors de cette commémoration n’est pas sans rappeler celui dont il avait fait preuve, en 2009, au sujet des énergies renouvelables, un secteur qu’il avait jugé important pour La Réunion, en en faisant l’un des leviers essentiels du développement durable.
Mais il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que l’UMP et le gouvernement en France et Didier Robert à La Réunion remettent en cause ce principe, et anéantissent tous les efforts consentis dans notre île depuis des années dans ce domaine !
Tout cela doit nous faire réfléchir, non pas seulement sur le contenu du discours présidentiel portant sur l’esclavage – acceptable, sauf à quelques nuances considérées comme politiques ou à quelques dates près -, mais sur le précédent créé par l’autre discours, celui sur les énergies renouvelables. Il convient donc d’attendre maintenant la traduction et l’application concrète du discours du 10 mai.

Un devoir de mémoire sciemment oublié

Il n’en reste pas moins vrai que l’actuelle majorité régionale devrait faire réfléchir à cette vérité immédiate : le discours du Président de la République est un démenti cinglant à la décision du président de Région de supprimer la MCUR, élément essentiel du devoir de mémoire, et constitutif de l’Histoire de La Réunion, notamment pour la période de la traite et de l’esclavage. Une période dont les conséquences sociales et psychologiques sont encore aujourd’hui très présentes, dans notre société post-coloniale. Et, qui plus est, un équipement qui était prêt à être réalisé.
On ne peut que trembler devant le choix qui se pose à nous de savoir pourquoi la majorité actuelle du Conseil régional a choisi de supprimer la MCUR : a-t-elle pris cette décision par peur ou ignorance de toute cette partie de l’histoire de notre pays, ou, au contraire, a-t-elle pris cette décision en pleine connaissance de cause, choisissant sciemment et délibérément d’étouffer les mémoires et de balayer le passé de centaines de milliers de Réunionnais ?
Cette décision du président de la Région de supprimer la MCUR, s’est poursuivie par sa volonté de supprimer également les investissements visant à l’aménagement du territoire comme le tram-train, de retarder la réalisation immédiate de la nouvelle route du littoral, de geler toutes les initiatives relatives aux énergies renouvelables.
Tout cela, comme les événements relatés quotidiennement par les médias, donne matière à réflexion, pour l’avenir proche, comme pour le futur. Cette réflexion doit aboutir non pas à une indignation vertueuse mais à une volonté sans faille de s’unir et d’agir. L’année 2011 sera plus catastrophique que ne l’a été l’année 2010, sur le plan économique et social. Faut-il que 2012 soit pire que 2011 ?
Nous avons un rendez-vous, dans moins d’un an maintenant, un rendez-vous durant lequel nous avons la possibilité, d’un changement radical à la présidence de la République et à l’Assemblée nationale. Un rendez-vous essentiel pour l’avenir de La Réunion, qui peut tout remettre en cause et engager – enfin – La Réunion dans un autre mode de développement, durable et solidaire.


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