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Le double discours contre le projet réunionnais

Élections régionales

Geoffroy Géraud-Legros / 6 mars 2010

En agissant en représentants réunionnais des grands partis nationaux, de nombreux politiques doivent gérer une contradiction permanente. Pris dans le double jeu entre Paris et La Réunion, partagés entre les autorités centrales de leurs partis et le jeu politique réunionnais, les représentants des succursales réunionnais en viennent logiquement à tenir un double langage.

Lorsqu’il s’agit de formuler des promesses démagogiques, de jouer les inspecteurs des travaux finis ou de dénigrer le bilan de leurs prédécesseurs, ils affirment que la Région peut tout, doit se charger de tout, est responsable de tout. À l’inverse, l’expérience a régulièrement montré que, le réflexe de l’assimilation revenant en force, les mêmes montrent frileux et même hostiles, dès qu’un un projet de développement est construit et négocié par les Réunionnais

Michel Vergoz fait des plans sur la comète…

On a entendu Monique Orphé, 1ère adjointe de Saint-Denis et conseillère régionale, reprocher de manière continue au Conseil régional son manque d’engagement dans le domaine du logement. Cette ligne se retrouve au centre du programme présenté par Michel Vergoz à l’appui de sa candidature aux régionales. Outre la « formation et l’emploi », le conseiller régional met en avant la construction de « logement ».
Or, si personne ne nie l’urgence extrême dans ces secteurs, un constat s’impose : le logement ne fait pas partie des compétences dévolues à la Région, la responsabilité dans ce domaine revenant à l’Etat. Interrogé précisément sur cette contradiction entre l’effet d’annonce et les possibilités réelles d’application de son programme [1], Michel Vergoz s’en tire par une pirouette peu convaincante. Affirmant — ce qui ne veut pas dire grand-chose — la « coresponsabilité » de la Région et de l’État en matière de logement, le candidat tire argument de la compétence reconnue à la Région d’acquérir du foncier via le Fonds régional d’aménagement foncier urbain (FRAFU). Problème : la Région participe déjà au maximum de ses possibilités à cette institution, placée sous la présidence de Raymond Lauret, Conseiller régional de l’Alliance. Dans le même entretien, Michel Vergoz précise que c’est justement en « construisant 6.000 logements par an » qu’il comptre créer « plus de 9.000 emplois pérennes ».
Par quel moyen la tête de liste PS est-il passé de l’« acquisition du foncier » à la « construction de logement » ? Mystère. Ce qui est en revanche très clair, c’est que Michel Vergoz préfère promettre des réalisations qu’il ne pourra assumer que d’accepter des grands travaux pourtant déjà financés.

… mais esquive les véritables projets

On ne le soulignera jamais assez : en cette période de grave dépression économique, les fonds assurés à La Réunion par le Protocole de Matignon sont la seule chance pour La Réunion de faire face à la crise. Signé en 2007 entre le Président de la Région et Dominique de Villepin, alors Premier ministre, cet accord entre la Région Réunion et l’État débloquait plus 2.000.000.000 d’euros pour la construction du Tram-train et la Route du Littoral.
Le « partenariat institutionnel » conclu sur la base de l’égalité entre des élus Réunionnais et leurs équipes et le Gouvernement permettait au programme de développement de faire un pas décisif. Or, Michel Vergoz, leader socialiste à La Région, n’a dès le départ montré aucune considération pour cet investissement pourtant sans égal dans l’histoire de La Réunion.
Sous son influence, la plupart des conseillers socialistes ne prirent pas par au vote sur le Protocole lors de sa présentation à l’Assemblée régionale. Si cette attitude pouvait être qualifiée d’irresponsable à l’époque, elle devient franchement suicidaire dans la tourment de la crise économique, alors que de dans le monde entier, à droite comme à gauche, tous les programmes de reprise économiques se basent sur des grands travaux.
La campagne électorale révèle toute l’ampleur du paradoxe : alors qu’il formule des propositions qui ne pourront être mises en œuvre en cas de victoire, Michel Vergoz refuse l’application d’un accord déjà conclu dans le cadre d’une relation bilatérale de la région avec le Gouvernement.

Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé contre le partenariat institutionnel

Marqué par la personnalité de ses deux leaders — Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé —, le refus du partenariat institutionnel s’est exprimé de manière plus virulente à droite. La contradiction est d’autant plus forte qu’en s’attaquant au partenariat institutionnel, le maire du Tampon et l’ancien maire de Saint-André — respectivement député et sénateur UMP — attaquent leur propre Gouvernement. Plusieurs observateurs — dont "Témoignages" — ont fait remarquer à plusieurs reprises qu’à la suite du Conseil interministériel de l’Outremer (CIOM), du 6 novembre 2009, ceux qui étaient censés incarner la majorité présidentielle dans notre île avaient en fait redoublé d’agressivité envers les grands travaux, dont le Tram-train… alors même que ce grand projet Réunionnais, inscrit au protocole de Matignon, avait été validé à l’Élysée en leur présence par le Président de la République.
S’ils tirent à boulets rouges sur les projets réels — partenariat institutionnel, conclusions du CIOM, Tram-train — les représentants de la droite réunionnaise n’ont pas manqué en revanche de bricoler des « propositions » abracadabrantes. Le 13 décembre dernier, lors de la création de l’Union, Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé déclaraient à l’opinion réunionnaise que, s’ils refusaient les 2.200.000.000 d’euros déjà mis sur la table depuis l’accord Vergès-Villepin, c’était parce qu’ils auraient bientôt 3.000.000.000 d’euros sous la main. De quel chapeau sortiront ces milliards ? Nouveau mystère. La division de l’Union a entraîné la multiplication des fumisteries : entre Jean-Paul Virapoullé et Didier Robert, c’est à qui prometttra le plus de milliers de bus et de centaines de millions… sans qu’aucun moyen sérieux de financement n’ait été présenté.
À la démagogie du refus des grands projets fait écho celle des promesses sans fondement : cette pratique trahit un mépris souverain des citoyens réunionnais…qui trancheront le 14 mars prochain.

Geoffroy Géraud-Legros

[1(Imaz Press Réunion) - 23/02/2010



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  • raison et bon sens
    L’ALLIANCE, Naturellement La victoire de l’Alliance sera celle du bon sens et de la raison face à des récriminations d’enfants gâtés, voir mal élevés ! Y a t’il quelque chose de plus bête et de plus démago que le TGV de Défaut ? Elle ne manque pas d’air notre Jeanne d’Arc nationale qui se présente comme messagère de Dieu ! Les trépignements d’un Virapoullé font pitié... L’alliance porte deux projets de société : la Maison des civilsations n’est pas un bâtiment, mais est un ancrage de la société réunionnnaise dans ses profondeurs. Aucun développement n’est possible sans cet ancrage. Le choix ferroviaire est un choix de société, incontournable dans notre île... Les Réunionnais ne s’y tromperont pas

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