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Le droit à l’égalité collective est une question de respect de la dignité du Réunionnais

La Réunion a droit à la dotation ferroviaire nécessaire au tram-train

Témoignages.re / 3 juin 2010

Dans un communiqué diffusé hier à la presse, l’Alliance donne son analyse de la situation après la décision prise par Didier Robert d’arrêter le chantier du tram-train. Ce choix va plomber pendant longtemps l’économie et l’aménagement du pays. Quant à ces motifs, ils ouvrent une nouveau front. Le versement d’une dotation ferroviaire, égale à la moitié de ce que l’État donne aux Corses au titre de la continuité territoriale, est une question de principe. Cela relève de l’égalité collective. Et comme lors de la bataille pour l’égalité sociale, il se trouve à La Réunion des élus qui font campagne pour que l’État ne respecte pas le principe de l’égalité. Didier Robert en fait partie. On lira ci-après ce communiqué de l’Alliance, avec des inter-titres de "Témoignages".

« Les Conseillers Régionaux du groupe de l’Alliance et des élus de l’ancienne majorité régionale, se sont réunis à Saint-Denis, afin d’examiner la situation découlant du refus du nouveau président de La Région de prolonger de 3 mois le délai d’expiration du contrat signé entre la Région et le groupement "Tram’Tiss" pour tenter de trouver une solution financière au projet de Tram-train. Le nouveau président de Région dit s’appuyer sur une lettre du Premier ministre François Fillon datée du 27 mai, lui signifiant son refus d’accorder à la Région Réunion la dotation ferroviaire, suite à une demande par lettre du 11 mai envoyée par Didier Robert (sic).

Qui peut être assez naïf pour croire un seul instant que cette demande était sincère, quand tout le monde sait que dès le 15 avril, la Région communiquait à la sortie de Matignon, sur le fait d’avoir obtenu, comme Didier Robert l’a souhaité auprès du Premier ministre, le retrait des crédits obtenus en 2007 pour le Tram-train, afin de les réaffecter au financement d’une nouvelle route du littoral à 6 voies et d’un réseau de bus ! Après cela, il est difficile de faire croire qu’on demande sincèrement une dotation ferroviaire.

« Décision lourde de conséquences »

Le président de la Région a pris donc la responsabilité de renoncer à la réalisation du tram-train et de remettre en cause le protocole de Matignon —négocié au profit de La Réunion par son prédécesseur — qui avait réservé des centaines de millions d’euros pour le financement du tram-train. L’abandon de ce projet par la nouvelle direction de la Région est une très mauvaise nouvelle pour La Réunion.

Le président de la Région a pris une décision lourde de conséquences. Or, s’il l’avait voulu, il aurait pu agir autrement.

Les choses sont simples. Au premier semestre 2005, les conclusions du rapport Klopfer (qui travaille depuis des années pour Bercy et les grandes collectivités par exemple) sont claires : la Région a la capacité financière de porter cet investissement et de faire face à une redevance de l’ordre de 81 millions d’euros, sous réserve de l’évolution de certains facteurs.

Or, de nombreux facteurs sont intervenus depuis cette date :

- coût final de la Route des Tamarins supérieur au coût prévisionnel dû notamment à l’inflation du cours des matières premières,

- transferts de compétences insuffisamment compensés,

- diminution des recettes fiscales dues à la crise économique et à des
évolutions législatives…

Les marges financières de la Région ont donc été sérieusement réduites. Ainsi, dans le cadre des discussions engagées entre l’État et la Région dans le prolongement du Protocole de Matignon pour le bouclage financier du projet, la Région sollicitait de l’État l’obtention de la dotation ferroviaire qui est attribuée à toutes les régions de Métropole ayant en charge le fonctionnement d’un train. Cette dotation ne serait versée à la Région qu’à partir de 2014, date prévue pour la mise en service du tram-train

« Classé parmi les projets du Plan de relance de l’État »

Lors de sa visite à La Réunion en octobre 2009, le Secrétaire d’État aux Transports, Dominique Bussereau, reconnaissait la légitimité de cette demande et s’y déclarait favorable sur le principe. Parallèlement, la Mission d’expertise économique et financière pilotée par la Trésorerie générale et commanditée par le Préfet au second semestre 2009, concluait à la nécessité d’une aide complémentaire pour assurer le bouclage financier. Ce sont les services de l’État qui reconnaissaient donc la justesse de l’argumentation de la Région constatant la réduction de ses marges de manœuvre financière SANS erreur de gestion.
D’ailleurs, le projet de tram-train a reçu des mains du ministre Patrick Devedjean le prix du Partenariat Public Privé et a été classé parmi les projets du Plan de relance de l’État.
Sur le plan des principes, La Réunion a droit à la dotation ferroviaire comme les autres régions métropolitaines.
Dans la lettre qu’il a adressée le 30 novembre 2009 au président Vergès, le Premier ministre François Fillon ne fermait alors pas la porte à l’octroi de cette dotation, mais il indiquait qu’il ne pouvait se prononcer dans un délai trop court sur cette demande, d’autant plus que cette solution nécessitait qu’une disposition législative soit votée.

« Décision qui pénalise La Réunion »

C’est la raison pour laquelle la Région avait sollicité et obtenu du groupement "Tram’Tiss" un délai supplémentaire de 6 mois, susceptible d’être reconduit, afin de consolider le financement du projet.

Or, répondant à Didier Robert qui n’a cessé de plaider pour la réaffectation des crédits prévus pour le tram-train au financement d’une route du littoral à 6 voies et d’un réseau de bus, le Premier ministre lui a indiqué très récemment que La Réunion n’aurait pas droit à la dotation ferroviaire ou à toute autre aide complémentaire pour le fonctionnement du tram-train. C’est une décision qui pénalise La Réunion.

« Une question de dignité »

Aujourd’hui, le problème est simple : alors que chaque année, la Région Corse dispose de 190 millions d’euros du gouvernement pour la continuité territoriale pour 307.000 habitants, en mettant en contrepartie zéro euro, et qu’à La Réunion, pour 8 millions d’euros "généreusement" donnés par l’État, la Région Réunion apporte en contrepartie 8 millions d’euros, il est symptomatique que certains élus locaux, au lieu de plaider la cause réunionnaise auprès de l’État, considèrent — comme du temps où la bataille pour l’égalité sociale était au centre des préoccupations des Réunionnais — qu’il ne faut pas demander avec force à l’État même pas la moitié de la dotation attribuée à la Corse pour la continuité territoriale, somme qui équivaut au montant de l’aide sollicitée pour le bouclage financier du projet tram-train.

Nous avons l’exacte position contraire. Il faut réclamer pour La Réunion une dotation ferroviaire au même titre que toutes les régions de Métropole : c’est une QUESTION DE DIGNITÉ ! IL EN VA DU PRINCIPE D’ÉGALITE COLLECTIVE ! Et le refus du projet, conjugué au retard que va prendre Didier Robert dans la réalisation de sa route littorale à 6 voies dont les études n’ont même pas commencé, sonne le glas pour les travailleurs et les entreprises dans le secteur du BTP pour de nombreux mois, et plombe pour longtemps un aménagement durable du territoire.

Si l’on est convaincu que La Réunion doit avoir un tram-train, qu’il n’y a pas à terme d’autre solution pour éviter le coma circulatoire, c’est une nouvelle bataille qui commence ».


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