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Le gouvernement en perdition aggrave encore la crise

Paris n’a plus de politique pour l’Outre-mer

Manuel Marchal / 25 août 2011

Hier, le Premier ministre a présenté de nouvelles mesures d’austérité. À huit mois de la présidentielle, il confirme que le pouvoir central n’a plus de politique pour l’Outre-mer. En totale perdition, le gouvernement entraîne l’Outre-mer dans une crise encore plus grave.

Saisissant est le contraste entre les déclarations et les actes. C’est la marque de fabrique de ce gouvernement. Voici quatre ans, lors de la dernière présidentielle, le candidat victorieux avait subi un cuisant revers électoral dans l’Outre-mer, et en particulier à La Réunion où il n’a pas dépassé 40% des suffrages au deuxième tour. Ce résultat traduisait une profonde crise de confiance entre Nicolas Sarkozy et l’Outre-mer.
Quelques semaines après son arrivée à l’Elysée, le nouveau président avait déclaré avoir « bien noté le sens des résultats des élections en Outre-mer », et promis un engagement sans précédent du gouvernement.
En 2007 à La Réunion, les grands travaux étaient engagés. La production de logements s’établissait à environ 10.000 par an. Le BTP était le moteur de l’économie et à cette époque, les métiers n’étaient pas en lien avec le jardinage, mais avec la construction. Quant aux énergies renouvelables, le foisonnement des projets et les perspectives de création de milliers d’emplois faisaient de La Réunion un exemple dans le monde. Force est de constater que quatre ans plus tard, cet élan est brisé. Le gouvernement porte une lourde responsabilité dans cette situation. Sa faute, c’est de ne pas avoir de politique pour l’Outre-mer.

Détruire sans remplacer

La réalité est en effet loin des déclarations. Critiquée par toutes les personnes concernées, la LODEOM a inscrit dans la loi la régression économique de l’Outre-mer. Le dispositif qui permettait de construire 10.000 logements par an a été détruit. Pour ce qui concerne les énergies renouvelables, le gouvernement a tout d’abord cherché à contrer le développement des initiatives réunionnaises en imposant GERRI, avant de donner un coup d’arrêt à la géothermie, au photovoltaïque et à l’énergie thermique marine à partir du moment où l’UMP a pris le contrôle de la Région.
Quant aux grands travaux, ils ont aussi été stoppés. Le gouvernement s’étant engagé aux côtés de la Région à arrêter le chantier du tram-train et de repousser d’au moins quatre ans le chantier de la future route du littoral.
Au cours de ces 4 ans, tout a été démoli, et rien n’a remplacé ce qui a été cassé tout simplement parce que le gouvernement n’a pas de politique pour l’Outre-mer.

2011 n’est qu’un début

Les annonces d’hier sont le prolongement de cette absence de vision. En 2007, l’UMP créé les conditions de l’explosion du déficit. Elle décide en effet d’accorder d’importants cadeaux fiscaux à sa clientèle électorale. Conséquence : la dette de l’État explose.
Plutôt que de remettre en cause ces cadeaux, le gouvernement décide de diminuer les dépenses. Il annonce donc l’an dernier un plan d’austérité de trois ans pour ramener le déficit public au niveau de 2007. 2011 est la première année d’application de ce plan. À La Réunion, elle se traduit par des actes concrets avec des suppressions de postes dans l’Éducation nationale. Quelques jours après la rentrée, les manifestations de parents se multiplient, ils dénoncent les classes surchargées.
Mais ce plan ne permettra pas d’atteindre les objectifs fixés, le gouvernement décide donc d’autres mesures. Hier, le Premier ministre a donc annoncé une série de mesures visant à économiser 11 milliards d’euros pour l’année prochaine, des mesures qui seront reconduites jusqu’au retour à un hypothétique 3% de déficit public.
Pour l’Outre-mer, il est de nouveau question de réduire le soutien à l’investissement, avec un nouveau « coup de rabot sur les niches fiscales ». Ce que Paris présente comme des « niches fiscales » est en effet un moyen pour le secteur privé de compenser en partie le manque d’investissement du pouvoir central dans le développement de l’Outre-mer.
Il apparaît clairement que le gouvernement ne compte pas s’impliquer dans un plan de relance des investissements dans notre île.
Rien n’est prévu pour recréer des emplois dans notre île, ce qui signifie que l’austérité va encore s’accentuer. Manifestement, 2011 n’est que le début d’une série d’années de restriction sans précédent.
Les annonces du gouvernement ne laissent aucun espoir. Dans une situation sociale aussi tendue, fermer toute perspective de sortie de crise est extrêmement dangereux.

M.M.

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Cette courbe montre l’évolution du déficit public de la France. Elle s’oppose à la thèse du gouvernement selon laquelle la crise commencée en 2008 est la cause du déficit. Ce déficit a commencé à déraper avant que la crise ne débute, en passant de 2,7% à 3,4% en 2007. Et ce n’est pas cette crise qui est la seule responsable d’un quasi-triplement du déficit en trois ans.

Où est passé le « projet riche et ambitieux qui va exiger un engagement total de la part du gouvernement »  ?

Dans un discours prononcé le 13 juillet 2007 au secrétariat d’État à l’Outre-mer, Nicolas Sarkozy dévoilait sa stratégie. Quatre ans plus tard, la crise n’a fait que s’aggraver. Retour sur les promesses :

« Les difficultés économiques et sociales que nos compatriotes rencontrent outre-mer exigent de nous une implication constante et totale ». « J’ai bien noté le sens des résultats des élections en Outre-mer. Ils traduisent, probablement, une part d’inquiétude ».
« Je considère que les intérêts de l’Outre-mer seront probablement mieux pris en compte qu’ils ne l’ont jamais été » (…) « le Premier ministre et moi-même avons, pour l’Outre-mer, un projet riche et ambitieux qui va exiger un engagement total de la part du gouvernement ».
Trois axes de bataille : « le développement économique, la mise en place d’une réelle égalité des chances et le renforcement de la sécurité quotidienne de nos compatriotes ».


Qu’est devenue l’ « incontournable » « défiscalisation »  ?

Lors du débat sur le premier budget du plan d’austérité, François Baroin, ministre du Budget, avait dit que l’Outre-mer sera à l’écart des mesures d’austérité. D’après lui, « la défiscalisation est incontournable dans ces territoires ultra-marins où l’impact de la crise mondiale continue à se faire sentir et où la démographie reste dynamique ».
Aujourd’hui, la défiscalisation ne permet plus d’attirer les capitaux suffisants pour l’investissement, tout simplement parce que le gouvernement a mis en place des règles qui n’attirent plus les investissements dans l’Outre-mer.



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  • Si c’est cela leur plan pour sauver le déficit. Rendre les pauvres encore plus pauvres et les riches encore plus riches et le déficit encore plus grand. Dans ces mesures nous constatons que les pauvres vont participer encore à hauteur de 80 % dans le plan d’austérité alors que les riches seulement de 20 %(et encore se sont eux qui ont demandé d’être taxé). Avant ont dépouillait les riches sur les routes et dans les bois, de nos jours c’est sur la place publique que l’on dépouille les pauvres...

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