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Le magicien OZE !

Témoignages.re / 7 décembre 2012

« Mes textes auront toujours des ratures »… En fait de ratures, les textes du rap réunionnais n’ont pas à rougir côté littérature. Un vent nouveau souffle sur le milieu, avec des postures révolutionnaires, des réflexions audacieuses et une salutaire force dans les mots qui nous oblige à quitter la torpeur dans laquelle les standards du ronronnement radiophonique avait fini par nous engluer. Les mots frappent. Les paroles claquent. Les idées fusent. Et la rythmique, toujours excellente, leur sert d’écrin. Avec peu de moyens et une bonne dose d’énergie et de génie, OZE et ses dalons démontrent que le talent n’a pas besoin des dorures de la reconnaissance institutionnelle pour exister au grand jour. En plein soleil. Avec eux, le ton est donné : « chaque titre est une arme » ! Leur combat : antikolonialis ! « Bleu blanc rouge lé pa mon san », chantent-ils.

La chanson engagée de l’océan Indien est une tradition qui a emprunté les chemins — pas toujours galizé mais souvent malizé — du maloya, du séga, du séga ravane, etc. Des différentes îles, les chants et les voix se sont mêlés pour dire la souffrance, la misère, la révolte, les injustices. Les luttes. Figure de proue de ce courant appelé « santé angazé », le Mauricien Siven Chinien disparu en 1994 incarne, avec son emblématique chanson « Solda Lalit Militan » — qui proclame : pa bizoin nou pèr pou vanzé — un esprit revendicatif puissant et considère la musique comme un « outil de combat ».

Deux décennies plus tard, la même détermination, la même force, se retrouvent à travers les productions du rappeur OZE et de ses dalons : Dassby, lexik, Ti bang, Socko, etc. A l’instar de Siven Chinien, ils considèrent leur art dans sa dimension militante et percutante et déclarent sans détours : « chaque titre est une arme ».

Très présents et actifs par l’intermédiaire des nouveaux médias, ils partagent leurs productions sur les réseaux sociaux et trouvent là une audience de fidèles connaisseurs. Leurs engagements sont multiples mais tous axés sur la nécessaire affirmation d’une « Réunion réunionnaise », décolonisée, comme par exemple lorsqu’ils lancent des débats autour de la langue créole.

La fierté kréol lé an déklin

Paroles, musiques, prises de vue, montages, clips… L’absence de grands moyens n’est pas un obstacle et devient même une posture qui garantit une liberté dans les prises de position. On se souvient d’ailleurs de la réaction fulgurante de Ti bang dans un rap en réponse au « créole KK » d’une député : « nou va kontinié koz nout kréol kk ! » Au delà de cette réponse, le rappeur interroge non sans poésie : « Kel pé néna kan in pèp lé dominé » ? Ancrés dans la réalité réunionnaise, les textes de ces rappeurs libres collent à l’actualité comme ils l’ont prouvé par exemple suite aux émeutes de février 2012. C’est cet esprit de liberté de paroles qui les caractérise, qui les différencie, qui les galvanise. Car, du politiquement correct, ils n’en ont rien à f… Ils dégainent leurs textes avec une certaine dose de provocation et le miroir qu’ils nous tendent est sans compromis ni concession. Exemple : « la fierté kréol lé an déklin ant sat i fé le zorèy é sat i rod fé lafrikin ». Leur univers est marqué par la dérive d’une société inégalitaire où la violence et la misère (Mi rap la mizèr…) sont le lot quotidien de bon nombre de Réunionnais. Ils dénoncent. Ils apostrophent. Mais ils savent aussi glisser de la douceur et de l’espoir dans leur art comme à travers le récent et émouvant clip : « pensées mélancoliques ». Une production particulièrement complète et réussie.

Une chose est certaine : les questions que nous posent ces artistes ne doivent pas rester sans réponses… « Eske moi lé noir, eske moi lé blan, eske moi lé batar, eské rouge est mon sang, eske nana la joie et la souffrance dans mon listoir, eske mi kosione sak la fé françois mussard ? »

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros


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