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Le ministre Chatel se moque des Réunionnais

Toujours plus d’obstacles pour les jeunes qui veulent enseigner dans leur pays

Manuel Marchal / 16 août 2010

Mercredi et jeudi, le ministre de l’Éducation vient assister à la rentrée scolaire dans notre pays. Au mois de novembre dernier, le Conseil interministériel sur l’Outre-mer avait proposé une série de mesures, dont la promotion du Réunionnais dans la fonction publique à La Réunion. Mais dans l’Éducation Nationale, il est de plus en plus difficile aux Réunionnais de travailler dans leur pays. Depuis cette année, certains sont même mutés en France avant d’être titularisés. Manifestement, le ministre Chatel se moque des Réunionnais.

« Plus d’égalité des chances, c’est un État local qui ressemble davantage à la diversité du territoire dont il a la charge. Ne nous voilons pas la face : la situation ne s’est pas améliorée, elle s’est dégradée, et quiconque a déjà assisté à une réunion en Préfecture Outre mer ne peut qu’être frappé par la réalité qui s’offre à son regard. Pour tout dire, on n’est pas très loin de la caricature. Il faut donc prendre des mesures résolues pour inverser la tendance. À l’heure de prendre des décisions, il n’est peut être pas incongru d’avoir, dans son entourage, des personnels de haut niveau qui vivent depuis longtemps sur le territoire en question... Je veux dire par là que connaître le territoire n’est pas forcément une preuve d’incompétence ». Ce sont les propos du président de la République le 6 novembre dernier lors du Conseil interministériel sur l’Outre-mer (CIOM). Ce CIOM clôturait une concertation intitulée “États-généraux de l’Outre-mer”, lancée au lendemain d’un mouvement social d’une rare intensité marqué par les luttes du COSPAR à La Réunion, et par plus de 40 jours de grève générale en Guadeloupe.

Des compétences égales

Pour préciser ses déclarations, le président de la République annonçait que des mesures vont être prises pour assurer la promotion des Réunionnais à tous les échelons dans la fonction publique à La Réunion.
Une concernait directement les fonctionnaires en catégorie A, c’est-à-dire les professeurs de l’Éducation Nationale : « je ne vois pas pourquoi des Ultramarins de catégorie A ne seraient pas affectés en plus grand nombre à des postes à responsabilité Outre mer. Je vous annonce donc la constitution d’un “vivier de talents ultramarins”, qui sera interministériel et aura pour vocation de proposer, à chaque fois qu’un poste Outre mer sera vacant, au moins un candidat ultramarin s’il en a les compétences (…) Il s’agit simplement, à compétence égale, de favoriser l’affectation des Ultramarins en Outre mer ».
Dans trois jours a lieu la première rentrée scolaire qui est censée mettre ces orientations en pratique. Mais le compte est loin d’y être.
En effet, suivant le raisonnement du chef de l’État, pour tous les postes vacants cette année dans l’Académie de La Réunion, la candidature d’au moins un Réunionnais aurait dû être examinée. Concernant la question de la compétence, celle des Réunionnais qui veulent enseigner dans leur pays est reconnue par le même concours que celui passé par tous les enseignants du second degré : le CAPES. Autrement dit, la compétence égale est établie, ce qui rend d’autant plus inexplicable l’envoi en France de professeurs certifiés réunionnais alors que dans le même temps, des personnels venus d’autres Académie sont affectés dans notre île pour occuper des postes qui sont vacants. À moins que pour l’administration, un Réunionnais ayant le CAPES soit moins compétent qu’un enseignant d’une autre Académie ayant eu le même concours ?

Demain rendez-vous à l’Université

Car si les orientations du Conseil interministériel de l’Outre-mer s’étaient appliquées à la rentrée, tous les Réunionnais qui voulaient rester enseigner dans leur pays auraient eu droit à la satisfaction de ce vœu, selon le principe de favoriser l’affectation des Ultramarins en Outre-mer « à compétence égale ».
Mais les faits ont montré que ce n’est pas le cas (voir encadré).
Demain, le recteur organise la séance d’accueil des enseignants qui arrivent d’ailleurs dans un amphithéâtre du Campus du Moufia. Le lendemain, c’est le ministre de l’Éducation qui arrive dans notre île. Voici donc deux rendez-vous très importants pour tous les jeunes Réunionnais diplômés à qui il est refusé le droit de travailler dans leur pays.

Manuel Marchal


Moins de place pour les Réunionnais à La Réunion

Tout le monde se souvient du mouvement des professeurs stagiaires réunionnais qui ont lutté pour être affecté à La Réunion à la rentrée. À plusieurs reprises, plusieurs ministres ont refusé de satisfaire à cette demande, s’abritant derrière le règlement. Un ministre a même tenté d’utiliser la situation des Réunionnais émigrés en France pour décrédibiliser l’action des jeunes en lutte.
Cela a été ensuite le tour des professeurs réunionnais affectés à titre provisoire à La Réunion qui à la dernière minute ont dû se mobiliser pour empêcher l’administration de les muter en France. Jusqu’à présent, l’affectation provisoire d’un Réunionnais à La Réunion lui garantissait une affectation définitive dans son pays.
Le dernier fait notable est la mutation en France dès le lendemain du concours de professeurs stagiaires. Jusqu’alors, l’année de stage des Réunionnais reçus au CAPES avait lieu à La Réunion. Maintenant, cela n’est plus systématique, et le jeune doit déménager à ces frais car il n’est pas encore titulaire. Est-ce là un moyen d’éviter la reproduction d’un mouvement social chez les nouveaux enseignants stagiaires ?


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